Ancêtre direct du piano actuel, le pianoforte fit sensation dès son apparition au XVIIIe siècle, inspirant nombre d’interprètes compositeurs dont un jeune adolescent du nom de Wolfgang Amadeus Mozart…
Clavecin, orgue, violon : le très jeune Mozart n’avait pas encore posé ses doigts sur un piano qu’il pratiquait déjà plusieurs instruments et composait ses premières œuvres pour clavier (le clavecin en l’occurrence).
Ça n’est qu’un peu plus tard par l’entremise de Johann Christian Bach, fils cadet de J.-S. Bach dont il fait la rencontre, que le jeune prodige découvre le pianoforte.
Contrairement au clavecin ou à l’orgue qui ne possèdent pas de dynamique, cet ancêtre direct du piano moderne dont les premiers prototypes se répandent au début du XVIIIe siècle permet, par sa facture, de nuancer en intensité le son directement par la frappe des touches.
Là où, avec le clavecin, le fait d’appuyer sur une touche déclenchait un mécanisme qui voyait un petit onglet en plume pincer la corde pour la mettre en résonance, un tout nouveau système à base de marteaux venant heurter les cordes autorise la nuance selon qu’on appuie plus ou moins fort sur les touches. Il devient alors possible de jouer progressivement de la nuance piano (doucement) à la nuance forte (fort) d’où le nom donné au pianoforte.
Tout un horizon s’ouvre alors à l’interprète… et aux compositeurs qui exploiteront aussitôt les nouvelles possibilités offertes par ce clavier sensible dans leurs œuvres.
À l’époque, la facture de ces instruments n’est pas standardisée et en constante évolution, de nombreux spécimens apparaissent en Europe avec des sonorités parfois éloignées les unes des autres selon le modèle et le facteur.
Depuis la grande vague qui débute dans les années 1960 et voit certains interprètes opter pour “l’interprétation historiquement informée” sur instruments d’époque, le pianoforte, longtemps abandonné au profit du piano moderne, refait surface.
Des facteurs modernes en élaborent des copies en prenant modèle sur les exemplaires historiques, des interprètes (souvent clavecinistes) s’en emparent et redonnent vie aux œuvres de Mozart, Haydn, puis Beethoven ou Schubert par cet éclairage nouveau (bien qu’inspiré par les pratiques du XVIIIe siècle).
Superstaier
Parmi ces claviéristes intrépides, Andreas Staier se distingue depuis quatre décennies par sa liberté de ton et une personnalité ébouriffante.
À l’aise aussi bien au clavecin qu’au pianoforte, sans compter la direction d’orchestre, l’Allemand nous a concocté un programme autour de Mozart et quelques-uns de ses proches prédécesseurs.
L’occasion rêvée de découvrir deux merveilleuses Symphonies pour orchestre du grand Carl Philipp Emanuel Bach, deuxième fils survivant de J.-S. Bach et véritable “passeur” entre un baroque tardif “rococo” et un préclassicisme de haute volée.
Staier interprétera également le Concerto pour clavecin et cordes en fa mineur du Tchèque Jiří Antonín Benda, contemporain de C.P.E. Bach et également membre de l’École de Berlin.
Mozart au pianoforte, enfin – puisque c’est le thème du mois d’avril à l’Auditorium !
En solo tout d’abord avec l’Adagio pour piano en si mineur, KV 540 puis accompagné de l’Orchestre national de Lyon dans le Concerto pour piano n° 17, en sol majeur, KV 453.
À noter que ce cycle Mozart, proposé par l’Auditorium, fait écho au 270e anniversaire de la naissance du compositeur et que les instruments à claviers seront bien représentés puisque la veille à la salle Molière, les solistes de l’ONL interpréteront quelques Quatuors avec piano composés par Wolfgang mais également son fils Franz Xaver et que le 24 avril, c’est l’orgue qui, toujours avec Mozart et sous la houlette de Jonathan Scott, sera à l’honneur.
Au menu des réjouissances, le public lyonnais aura également droit aux trois dernières Symphonies et à un Don Giovanni en version de concert avec Nikolaj Szeps-Znaider à la baguette ainsi qu’à un récital de musique de chambre autour du Quatuor à cordes n° 19, surnommé “Dissonances” en compagnie du quatuor Belcea.
Andreas Staier – Mercredi 22 avril à 20 h
Mozart Forever – Du 15 au 28 avril à l’Auditorium et à la salle Molière – www.auditorium-lyon.com
