Coupe drageoir et cuillère – Composition – Inv. L 72. (Allemagne supposée, Italie supposée, Espagne supposée), XVe-XVIe siècle. Argent doré et nacre. © Lyon MBA – Photo Alain Basset

Musée des Beaux-Arts de Lyon : découvrir l’art par l’odorat

Dans le cadre d’une semaine de l’accessibilité, le musée des Beaux-Arts de Lyon nous fait découvrir des œuvres à travers une balade olfactive intitulée Dans le sillage des senteurs.

Depuis de nombreuses années, le musée des Beaux-Arts développe des actions culturelles et pédagogiques pour mieux faire connaître, auprès de tous, les œuvres d’art par une approche multi-sensorielle avec le regard bien sûr mais aussi le toucher, l’ouïe et l’odorat. 

Engagé auprès des personnes en situation de handicap, leurs aidants et les soignants avec des rendez-vous réguliers, le musée propose notamment aux personnes non voyantes ou en déficience visuelle des balades olfactives grâce à un partenariat mené depuis 2012 avec la maison de création Givaudan, leader mondial de la conception de parfums, d’arômes et d’actifs cosmétiques, le musée ayant été le premier en France à avoir sollicité cette collaboration avec l’entreprise. 

Dans le cadre d’une semaine de l’accessibilité qu’il organise, tous les publics sont invités à découvrir un nouveau parcours appelé Dans le sillage des senteurs composé d’objets d’art et de peintures qui vont de la Grèce antique aux créations du XXe siècle, en passant par l’Art nouveau, recréant à l’aide de senteurs des univers évocateurs des œuvres : “Pour construire ce parcours, nous dit Claire Beyssac, médiatrice culturelle du musée, nous avons fait une sélection d’œuvres que nous avons proposées à trois parfumeurs de Givaudan – Fanny Bal, Shyamala Maisondieu et Nadège Le Garlantezec. Elles ont fait leur choix puis nous leur avons transmis des éléments historiques et artistiques qui nous semblaient importants dans la conception et pour la perception de l’œuvre auprès du public. Chacune ayant ajouté toute sa créativité en fonction de ses émotions. Cette collaboration est pour elles une source de plaisir qui implique d’avoir une réflexion fine sur l’œuvre et à nous cela permet d’explorer toujours une approche de l’œuvre autour du faire ressentir comme nous le faisons depuis longtemps avec nos ateliers et visites.”

Précisons-le, il ne s’agit pas ici de parfums mais d’accords olfactifs, des préalables à la création d’un véritable parfum qui serait réalisé dans un autre cadre. 

Ainsi, tenant à la main une bandelette imprégnée d’un mélange de senteurs, le visiteur découvre l’œuvre par l’odorat et non plus le regard. Le tout est fait dans un dialogue avec la médiatrice qui nous interpelle, laisse d’abord la place à l’expression de nos sensations et de nos émotions, nous expliquant par la suite les accords inventés en fonction de l’œuvre. 

On découvre ainsi une coupe drageoir et une cuillère créées au XVIe siècle, en argent doré et nacre, une spécialité de la région du Gujarat en Inde destinée à présenter des dragées lors de grandes occasions. 

Shyamala Maisondieu a ici créé des notes minérales, marines, associées à une note légèrement amandée, cherchant à évoquer également la matière nacre. 

Pour l’œuvre N°18-1963 Feu, une peinture d’Anna-Eva Bergman inspirée par les paysages norvégiens, Nadège Le Garlantezec a puisé dans le contraste entre le métal fixé sur la toile et la feuille d’or évoquant la profondeur mystique des icônes byzantines créant des notes d’encens, de résine et de baumes qui rencontrent ainsi le métal froid.

Camille Corot, Champ de blé dans le Morvan, 1842, huile sur toile © Lyon MBA - Photo Alain Basset

Le parfumeur : un interprète au service de l’œuvre et du visiteur

Parmi les créations olfactives marquantes que nous avons testées, il y a également celle conçue par Fanny Bal autour du tableau Champ de blé (1842) de Camille Corot – la vue d’une campagne paisible avec deux paysans occupés à faire les blés – peint dans le cadre de son travail autour du paysage. 

Lyonnaise d’origine, formée en chimie à la Doua (Villeurbanne) puis à l’Isipca à Versailles, créatrice notamment de L’Interdit et Irrésistible (Givenchy) et de Zéro (Comme des Garçons), elle s’est emparée de l’œuvre avec le souci, comme pour ses complices, de créer du lien : “J’ai essayé, nous dit-elle, de me positionner comme une interprète pour les personnes en déficience visuelle, qu’elles essaient de ressentir l’émotion que j’ai eue moi-même en voyant le tableau. J’ai été inspirée tout de suite en le voyant, c’était chaleureux et immédiatement lisible. Ensuite, j’ai créé un accord assez simple, assez addictif autour du blé et du foin, puis je l’ai contrasté avec des notes aromatiques comme le romarin pour apporter un côté réconfortant. Les couleurs du tableau sont assez chaudes avec du doré mais aussi du vert et le bleu du ciel, ce qui m’a permis d’ajouter la note de fraîcheur. Il y a une lumière qui l’éclaire et c’est cela que j’ai voulu retranscrire dans mes senteurs. Je travaille comme ça avec mes parfums, j’aime quand ils sont lisibles, qu’ils procurent de l’émotion. Cette collaboration avec le musée est pour nous parfumeurs un magnifique challenge, une bulle d’oxygène car on n’est pas dans une relation avec un client mais dans une liberté de créer qui nous ouvre à autre chose.”

À expérimenter durant la semaine de l’accessibilité !

Du 28 mars au 2 avril, le musée propose des visites olfactives et tactiles (les yeux bandés pour certaines) afin de ressentir les œuvres d’une autre manière, également La balade des sens, une visite en famille adaptée aux personnes avec autisme qui permet d’appréhender les œuvres au travers de sons, odeurs, matières et musique tandis que dans le réfectoire baroque le spectacle Les Remarquables révélera la créativité d’artistes professionnels porteurs de handicap. 

Une rencontre est prévue avec Alain Pouillet, peintre lyonnais et autiste Asperger autour d’un très beau film qui lui est consacré, dans lequel on apprend comment l’autisme a influencé son travail. 

N°18-1963 Feu, Anna-Eva Bergman © Anna-Eva Bergman / ADAGP, Paris, 2025. © Lyon MBA - Photo Martial Couderette

Un panel d’outils sera mis à disposition des visiteurs porteurs de handicap (mais aussi du grand public) permettant de visiter les collections en autonomie (application MBA autisme, visioguide en langue des signes française, livret de découverte du musée en français facile à lire et à comprendre, parcours audioclair, audiodescriptions des œuvres et plans tactiles, sac sensoriel…). 

Cet événement démontre comment par l’imagination et l’adaptation au handicap avec de nouveaux outils et approches pédagogiques, notre perception normalisée d’une œuvre d’art vole en éclats pour finalement se démultiplier et permettre à des êtres différents de se rejoindre autour de sa découverte.

Semaine de l’accessibilité – Du 28 mars au 2 avril au musée des Beaux-Arts de Lyon

Programme complet : mba-lyon.fr

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