Sur la musique de Carlo Gesualdo, associant la puissance émotionnelle des corps au chant a cappella, le chorégraphe Amala Dianor et Les Arts Florissants créent un puissant dialogue entre deux esthétiques.
S’il est un artiste qui n’a pas peur de prendre des risques, c’est bien le franco-sénégalais Amala Dianor, chorégraphe issu du hip-hop alternatif, formé au contemporain et au classique, des techniques qu’il croise sans oublier ses racines africaines pour inventer une gestuelle hybride et se concentrer sur la recherche du mouvement brut, loin de contraintes esthétiques et spectaculaires.
Organique et virtuose, sa danse est celle de l’altérité portée par un désir de dialogue et de rencontres avec les autres, laissant apparaître un langage d’ouverture qui cherche le lien entre les différences. Ce fut le cas avec DUB, sa dernière pièce présentée à la Maison de la danse en 2024 où il réunissait les meilleurs danseurs urbains du monde entier sur fond d’une scénographie impressionnante créée par Grégoire Korganow et la musique électro d’Awir Leon jouée en live.
Programmé dans le cadre des Nuits de Fourvière, il vient nous surprendre à nouveau avec Gesualdo Passione, une création contemporaine sur la musique du compositeur napolitain Carlo Gesualdo (1566-1613), fruit d’une collaboration avec quatre danseurs et danseuses de sa compagnie et six chanteurs des Arts Florissants (ensemble musical baroque créé par William Christie) sous la direction musicale du Britannique Paul Agnew.
“L’image de Gesualdo, dit le chorégraphe pour évoquer le point de départ de la pièce, reste aujourd’hui indissociablement liée à l’événement tragique qui marqua sa biographie – le meurtre commandité de sa femme et de son amant. Mais si cette sanglante histoire de drame passionnel nous empêchait de percevoir quelle fut la passion véritable de Gesualdo : la foi ?”
C’est ainsi que l’ensemble des Arts Florissants emprunte au compositeur italien neuf extraits des Répons pour la Semaine sainte (publiés peu avant sa mort) qui racontent dans une polyphonie savante les derniers moments de la vie du Christ, l’intensité du sujet donnant lieu à l’une de ses musiques les plus belles et les plus fortes.
Créant un dialogue d’une grande expressivité entre les danseurs et les chanteurs, le chorégraphe explore les souffrances du Christ au travers de corps en tension, en quête d’épure et d’absolu, inlassablement traversés par les airs déchirants et les vibrations des voix, bouleversés par des gestes instinctifs qui exultent la douleur.
Puisant dans sa danse hybride qu’il met ici au service de corps à la fois fragiles et puissants, le chorégraphe, accompagné par la profondeur du travail de Paul Agnew, crée un pont tout en équilibre entre deux esthétiques différentes, une œuvre d’une grande modernité qui nous invite aussi à une méditation existentielle.
Gesualdo Passione - Amala Dianor et Les Arts Florissants – Du 17 au 19 juin à la Maison de la danse – Maisondeladanse.com
