Anthony Auffret, directeur de l'agence Ain-Loire-Rhône de l'ONF, revient sur l'état des massifs rhodaniens, les zones les plus sensibles et les adaptations déjà engagées pour préparer les forêts aux étés plus chauds de demain.
Alors que 600 feux de végétation ont été recensés dans le Rhône depuis le début de l'année 2026, en hausse de 43 % par rapport à l'année dernière, les forêts du département sont également touchées de plein fouet par des risques d'incendies à l'instar de celles de la Gironde et du Var. Une situation qui pousse les institutions à s'adapter. C'est le cas de l'Office national des forêts (ONF). Rôle au quotidien, situation des forêts rhodaniennes et inquiétudes pour l'avenir, Anthony Auffret, directeur de l'Agence Ain-Loire-Rhône de l'ONF depuis 2021, nous explique.
Lyon Capitale : Comment pourrait-on décrire la forêt rhodanienne ?
Anthony Auffret : Aujourd'hui, la forêt du Rhône représente 77 000 hectares. 50 % d'entre eux appartiennent au Département. Ce qui est important de souligner, c'est la faible part de forêt publique, qui s'élève à seulement 4 %. A titre de comparaison, 33 % de la forêt de l'Ain est publique.
Quel est le rôle de l'ONF sur ce territoire comprenant l'Ain, le Rhône, et la Loire ?
Je dirige actuellement une équipe de 86 personnes, 60 techniciens et 26 personnes de soutien. Nous pouvons également compter sur 35 ouvriers forestiers. Notre métier consiste à accompagner et conseiller les collectivités sur leur terrain forestier. Par exemple, nous pouvons les aider à aménager des points de vue, à créer des parcours d'informations, ou encore à étudier les endroits les plus propices pour installer des équipements. Nous travaillons également à la conservation et à la restauration d'une biodiversité riche et importante. Cela passe par un renouvellement et un entretien continu de ces forêts. En cette période de fortes chaleurs, notre rôle consiste également à mettre en place des patrouilles de surveillance et d'intervention. Nous apportons un complément aux pompiers mobilisés.
La situation a été difficile pour les forêts de Gironde, qu'en est-il pour le Rhône ?
Les forêts du Rhône ont beaucoup souffert sur la période 2017-2021 à cause d'une sécheresse intense, c'est à nouveau le cas cette année. Nous avons pu observer un dépérissement du sapin, surtout sur les versants exposés sud. La vigilance est aussi de mise sur les douglas et les chênes. Sur le sud de Lyon et le pyla rhodanien, la situation est plus difficile, car ces territoires sont traversés par un couloir de vent chaud, venu se rajouter à ce mois de juillet caniculaire. En revanche, le Beaujolais vert bénéficie d'une forte altitude. Il est donc peu sensible, et bien arrosé par les quelques précipitations. Nous faisons beaucoup plus attention aux territoires situés en basse altitude, mais dans l'ensemble du département, les massifs sont très résiliants. De manière générale, nous ne sommes pas inquiets, mais vigilants. Ces fortes températures nous permettent de savoir quelles parties du peuplement sont plus ou moins sensibles à la chaleur.
A court-terme, sur quels aspects allez vous porter votre attention ?
Dans quelques semaines, nous allons observer des traces de rougissement précoce, phénomène d'habitude automnal. Autre phénomène à vérifier, le dessèchement des feuilles, qui nous permettra d'évaluer l'ampleur des dégâts, même si ce n'est pas rédhibitoire. Un arbre peut perdre ses feuilles et les retrouver plus tard. Plus spécifiquement, nous allons examiner les pertes d'aiguilles des sapins.
Globalement, comment s'articule la gestion de ces feux de forêts ?
C'est un travail complémentaire, mené par la préfecture par l'intermédiaire du centre opérationnel de zone qui réunit plusieurs instances. Grâce à ce dispositif, nous pouvons anticiper les risques et lancer des patrouilles dans les zones où le danger est le plus important. De son côté, la préfecture peut prendre des arrêtés pour interdire les travaux forestiers, les feux d'artifice. Quand on sait que neuf feux sur dix proviennent de l'activité humaine, la prévention est aussi importante, et ce tout au long de l'année. Sur notre territoire, qui n'est pas sujet à des incendies de longue durée, beaucoup de gens ont tendance à minimiser les risques.
Comment imaginer l'avenir des forêts du Rhône, est-ce possible de tout prévoir ?
Bien sûr, il y a des choses que l'on peut prévoir. Les températures vont augmenter, on espère que les politiques publiques vont permettre de freiner cette hausse. On s'attend à vivre ces étés très chauds plus souvent, c'est certain. De ce fait, la mortalité des forêts sera plus importante, mais l'inconnu c'est la quantité d'eau. Si cette dernière est suffisante, alors le peuplement pourra résister à la chaleur. Selon les premières prévisions, nous ne devrions pas manquer de pluie, c'est plutôt rassurant. Nous pouvons également nous attendre à avoir un régime de précipitations méditerranéen, avec de gros orages pendant l'automne et l'hiver et des quantités d'eau très brutales.
Concrètement, comment s'adapter à ce potentiel changement ?
Nous allons introduire de nouvelles essences plus résistantes aux fortes chaleurs, comme le pin maritime, l'érable, ou le cèdre. On sait qu'on en aura besoin dans les années à venir. Nous voyons à très long-terme, des prévisions parlent de + 4 °C à Lyon en 2100. Et 2100 c'est demain pour un forestier. En somme, la clé c'est de varier les essences et de compter sur un renouvellement naturel. Le défi, c'est de ne pas être démunis face au changement climatique qui comporte beaucoup d'incertitudes.
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