Ses échangeurs refroidissent des radars, des frégates et l'accélérateur du CERN. Installée dans un village iserois de 1 700 habitants, D.A.T.E. vient d'annoncer son projet d'introduction en Bourse.
Un permis de construire déposé, un chantier programmé pour 2027, cinq millions d'euros à réunir. Le 30 juillet 2026, la société D.A.T.E. a annoncé son projet d'introduction en Bourse sur Euronext Growth. Ce marché parisien est destiné aux petites et moyennes entreprises. Les conditions d'accès y sont allégées, notamment en matière d'historique comptable et de volume de titres mis en vente. L'opération reste suspendue au visa de l'Autorité des marchés financiers (AMF).
L'entreprise est installée à La Motte-d'Aveillans, sur le plateau matheysin, et emploie trente-trois personnes. Elle fabrique des échangeurs thermiques. Ces équipements transfèrent la chaleur d'un fluide vers un autre, afin de refroidir ou de réchauffer un système. Rien de spectaculaire en apparence. Ses pièces équipent pourtant des frégates, des radars et des avions de combat.
D.A.T.E. appartient à la base industrielle et technologique de défense. Elle adhère par ailleurs aux trois groupements du secteur, naval, terrestre et aérospatial. Thales est aujourd'hui son premier client, dans le cadre d'un accord signé en 2023 pour dix ans. La société fournit en outre des échangeurs cryogéniques au CERN. Le projet HiLumi y refroidit ses aimants jusqu'à 1,9 kelvin, soit près du zéro absolu.

Une maison de 1979 réveillée en 2022
L'histoire ne commence pourtant pas dans la défense. En 1979, cinq ingénieurs fondent D.A.T.E. pour fabriquer des caloducs. Ces tubes scellés contiennent un fluide qui s'évapore du côté chaud, puis se condense du côté froid. La chaleur circule ainsi sans pompe ni pièce mobile. Le premier débouché est la plasturgie : refroidir plus vite un moule d'injection, c'est produire davantage de pièces par heure.
La diversification suit ensuite les commandes. Alstom fait appel à l'entreprise en 1981, pour refroidir de l'électronique de puissance. Thales et Leonardo suivent au milieu des années 1980, sur des équipements de radar. Le CERN arrive en 1986, avec des échangeurs cryogéniques à plaques. Puis le CEA en 1988, sur un programme de fusion nucléaire. La société vit alors sans bruit, à l'échelle d'un atelier de village.
Philippe Bottu la reprend en octobre 2022. Il en détient désormais 95,2% via sa holding familiale Dopamine. L'effectif a plus que doublé depuis : quinze salariés à la reprise, trente-trois aujourd'hui.
Les comptes publiés à l'occasion de l'opération donnent la mesure de l'entreprise. Le chiffre d'affaires a atteint 3,81 millions d'euros en 2025, contre 3,55 millions un an plus tôt. Soit une hausse de 7,3%. Le résultat net s'établit à 647 000 euros, en progression de 33%.
La rentabilité, elle, est solide. La marge d'EBITDA atteint 23,5%. Cet indicateur mesure ce que dégage l'activité courante, une fois payés les achats, les salaires et les charges d'exploitation, mais avant amortissements et impôts.
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Ce que la Bourse doit combler
Reste le nerf de l'affaire. Le nouveau site doit doubler la capacité de production, avec une première tranche prévue dès 2027. Son coût est évalué à cinq millions d'euros.
Or, D.A.T.E. affiche 2,2 millions d'euros de fonds propres. L'entreprise disposait de 613 000 euros de trésorerie fin 2025. Autrement dit, le chantier dépasse sa surface financière. La Bourse doit combler cet écart, aux côtés du listing sponsor Portzamparc, filiale de BNP Paribas.
La société vise 5 à 6 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2026, puis plus de 35 millions en 2030. Elle s'appuie sur un portefeuille commercial annoncé à plus de 80 millions d'euros sur cinq ans. L'entreprise en juge 29% sécurisés. Soit 3% de commandes fermes, et 26% de marchés attribués ou de prévisions clients. « Notre portefeuille commercial représente plus de 20 ans de chiffre d'affaires », affirmait Philippe Bottu le 30 juillet.
L'ancrage local, lui, est revendiqué. L'entreprise déclare 23 embauches en contrat à durée indéterminée sur trois ans. Elle indique aussi que 72% de ses salariés vivent sur le secteur, et 57% de ses fournisseurs en région.
Le calendrier dépend désormais de l'AMF et de l'état du marché. Une question demeure pour la Matheysine : le plateau saura-t-il fournir les soudeurs et les chaudronniers qu'exigera l'usine.
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