Claire Iselin, directrice de Lugdunum - Musée et Théâtres romains, est l’invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
À l’occasion de la Nuit européenne des musées, organisée ce samedi 23 mai, Lugdunum - Musée et Théâtres romains proposera une programmation gratuite mêlant théâtre, dessin, céramique et créations participatives. Une soirée pensée autour de l’exposition temporaire "C’est canon ! L’art chez les Romains", qui prendra fin le 7 juin. "C’est un thème très riche, puisqu’on peut exploiter différentes pratiques artistiques et pouvoir les rendre les plus accessibles possible", explique Claire Iselin, la directrice du musée. Parmi les animations prévues : une déambulation théâtrale de la compagnie des Petites Dames, des ateliers de gravure ou encore des créations de céramiques antiques avec l’artiste lyonnaise Elpom. Les visiteurs pourront également s’initier au dessin d’après modèle vivant avec l’artiste Théoshu.
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Des projets scolaires autour de l’art antique et du numérique
La soirée sera aussi l’occasion de présenter plusieurs projets d’éducation artistique et culturelle menés avec des collégiens et lycéens de la métropole lyonnaise. Une classe du collège Lamartine à Villeurbanne travaillera notamment autour du personnage de Vénus dans un contexte urbain contemporain, tandis qu’un autre projet, baptisé « Terre de Glitchs », explorera les liens entre intelligence artificielle et création artistique. "L’idée, c’est de faire dialoguer les pratiques numériques, notamment l’intelligence artificielle, avec les pratiques artistiques traditionnelles", souligne Claire Iselin. La directrice de Lugdunum estime par ailleurs que les musées doivent s’emparer de ces nouveaux outils tout en gardant une réflexion éthique : "Plutôt que d’avoir peur de cet outil, il faut savoir s’en servir. Mais il ne faut pas non plus perdre notre âme et notre intelligence face à ces questions nouvelles."
Plus de détails dans la vidéo :
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La retranscription complète de l'émission avec Claire Iselin :
Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission « 6 minutes chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, on va parler culture à l'occasion de la Nuit européenne des musées, qui se tient ce samedi 23 mai. Nous allons parler plus particulièrement de Lugdunum – Musée et Théâtres romains avec Claire Iselin, qui en est la directrice, qui en est la directrice. Bonjour Claire Iselin.
On vous reçoit parce que vous avez une programmation particulièrement riche pour cette soirée. Il se passe beaucoup de choses : il y a du théâtre, du dessin, les visiteurs vont pouvoir mettre la main à la pâte. Je ne vais pas tout dévoiler, vous allez justement nous le présenter.
Quels sont les grands événements de la programmation à retenir ? Côté ateliers, qu'est-ce qu'il ne faut pas louper ?
Cette programmation, on a choisi de la faire en lien avec notre exposition temporaire qui s'intitule « C’est canon ! L’art chez les Romains », qui se termine le 7 juin. C’est une soirée gratuite avec beaucoup d’animations. Nous sommes partis de la question de la création artistique, à la fois passée et moderne.
On a d’abord une représentation théâtrale avec la compagnie des Petites Dames. Les statues du musée prennent vie à travers des comédiens. C’est l’occasion aussi de reparler des grandes figures mythologiques de l’époque.
Puis nous allons avoir différents ateliers créatifs et participatifs, de gravure avec un médiateur culturel par exemple, mais aussi avec des artistes.
Par exemple, de la céramique avec l’artiste lyonnaise Elpom, avec l’occasion de recréer des céramiques antiques.
Les visiteurs pourront eux-mêmes faire cela ?
Oui, ils vont pouvoir les réaliser. À la fin, on les exposera sur une grande table, comme un banquet romain.
Puis on pourra aussi dessiner avec l’artiste Théoshu. Si vous vous souvenez, c’est un artiste qui était venu travailler pour l’exposition « Bricus Maximus », tout en Lego, et qui avait illustré ce petit personnage, ce légionnaire Bricus. Il va inciter les visiteurs à dessiner d’après modèle vivant.
Alors concrètement, ça va être une sorte de cours avec lui où les visiteurs pourront aussi dessiner, laisser libre cours à leur créativité, c’est ça ?
Oui, ce sont des modèles qui vont s’inspirer des œuvres antiques et qui vont inciter les visiteurs, avec l’aide de l’artiste, à dessiner d’après modèle.
J’allais aussi vous demander pourquoi avoir mis au cœur de votre programmation cette exposition temporaire qui prend fin. C’est un peu l’apothéose de « C’est canon ! L’art chez les Romains », puisque c’est la fin de l’exposition. Là, vous développez au maximum tout ce qu’il est possible de faire autour de l’art, c’est cela ?
Oui, c’est pour fêter la fin de cette exposition qui se terminera très prochainement. C’est un thème très riche, puisqu’on peut exploiter différentes pratiques artistiques et pouvoir les rendre les plus accessibles possible.
Je conseille de venir à partir de l’âge de 8 à 10 ans.
Voilà, j’allais vous le demander.
Et je précise aussi que cela se tient de 19 heures à minuit et que c’est complètement gratuit.
C’est important de le rappeler : toute la soirée est libre. Les familles peuvent venir avec des enfants à partir de 7 ans à peu près. Peut-être que les plus petits sont autorisés, mais ils ne s’y retrouveront pas forcément.
J’aimerais qu’on parle aussi de deux autres projets qui se tiennent lors de cette soirée. Ce sont des projets d’éducation artistique et culturelle, avec des travaux de collégiens et de lycéens. Est-ce que vous pouvez nous en dire un mot, nous dire ce qui va être présenté et comment vous avez travaillé avec eux ?
Ce qu’on appelle les projets d’éducation artistique et culturelle, ce sont des projets qu’on mène à l’échelle d’une année scolaire avec des classes de collège et de lycée. Cela se fait en général avec l’enseignant, un médiateur culturel du musée et un artiste.
Nous allons exposer, pour la Nuit des musées, le travail de ces élèves. C’est pour cela qu’on choisit cette occasion.
Il y aura une classe de quatrième du collège Lamartine, à Villeurbanne, qui travaille avec l’artiste villeurbannais Louis Clément, qui travaille au Pôle Pixel et qui a réalisé pour nous toute une installation permettant de relooker, en quelque sorte, le personnage mythologique de Vénus et de l’exposer dans un contexte urbain.
Les élèves vont travailler sur cette question de la création artistique en contexte urbain, du lien entre l’art et la société, et vont présenter ces travaux. Ils vont aussi faire un peu de médiation culturelle, une sorte de guide autour d’une statue représentant un boxeur, qu’on appelle le pugiliste dans l’Antiquité romaine.
Très bien.
Et une deuxième proposition.
Voilà, qui est très originale aussi, qui s’appelle « Terre de Glitch », c’est cela ? Est-ce que vous pouvez nous expliquer ? Cela parle d’intelligence artificielle, d’Antiquité… Qu’est-ce que cela signifie ?
Oui, c’est avec une classe du lycée Jean-Paul-Sartre à Bron.
Le glitch, c’est ce qu’on appelle l’erreur numérique. C’est une sorte d’erreur qui, en général, a tendance à trouver une solution assez rapidement et peut même s’auto-réparer sans intervention humaine.
L’idée, c’est de faire dialoguer les pratiques numériques, notamment l’intelligence artificielle, avec les pratiques artistiques traditionnelles.
Avec l’artiste céramiste Elpom, on va se nourrir de cet outil pour montrer qu’on peut à la fois s’en inspirer, mais aussi garder notre indépendance et notre richesse d’intelligence humaine, et produire des objets inspirés notamment de la céramique, mais aussi du dessin et de la photographie, à travers ces technologies.
L’IA, justement, est-ce que c’est un outil qui va probablement être de plus en plus utilisé par les musées ? Cela me fait penser à cela aussi. Vous êtes un musée spécialisé sur la période antique : est-ce que l’IA fait son entrée dans les musées actuellement, aussi chez vous ?
Lugdunum – Musée et Théâtres romains est un musée d’histoire, un musée de société. Il interagit donc bien sûr avec des problématiques actuelles, même si nous parlons d’une histoire vieille de 2 000 ans mais qui reste d’actualité.
Bien sûr, nous interagissons avec cette question de l’intelligence artificielle. Une réflexion est menée au sein du musée, mais aussi de la Métropole de Lyon, puisque le musée lui appartient, quant à l’usage de cette intelligence artificielle.
Il s’agit à la fois de définir une déontologie, des modes de pratique, et d’en tirer le meilleur. C’est-à-dire garder ce qui fait de nous des êtres humains capables de réfléchir et de produire encore de nombreuses créations artistiques, tout en se nourrissant d’une intelligence qui peut nous accompagner dans certaines tâches.
Je pense par exemple à une céramique, que l’on trouve souvent en fouilles et en mille morceaux, qui peut être reconstituée plus facilement avec l’intelligence artificielle qu’avec uniquement l’archéologue, la colle et les petits morceaux à agencer les uns avec les autres.
Cette réflexion est menée parce que, plutôt que d’avoir peur de cet outil, il faut savoir s’en servir. Mais il ne faut pas non plus perdre notre âme et notre intelligence face à ces questions nouvelles.
Et choisir les compétences à sanctuariser, effectivement.
On arrive à la fin de l’émission. Juste en quelques mots, parce qu’on déborde vraiment : qu’aimeriez-vous que les visiteurs retiennent de cette soirée ?
Déjà, qu’ils passent un bon moment.
C’est un musée qui est accessible au plus grand nombre. Nous travaillons beaucoup sur cette question de la programmation.
Vous venez à tous les âges possibles, vous vous amusez, et en même temps, s’amuser, c’est souvent apprendre sans nécessairement s’en rendre compte.
Donc si nous pouvons créer du lien autour de ces thématiques de l’art chez les Romains et de l’activité artistique de nos jours, ce sera super. Nous serons ravis de vous accueillir dans ces circonstances-là.
Merci beaucoup d’être venue sur notre plateau.
On le rappelle : la Nuit européenne des musées se tient ce samedi 23 mai, de 19 heures à minuit, à Lugdunum – Musée et Théâtres romains, à partir de 7 ans environ. C’est gratuit.
C’est au 17 rue Cléberg, dans le 5e arrondissement de Lyon, sur la colline de Fourvière.
Je vous dis à très bientôt.