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L’usine Arkema à Pierre-Bénite © Antoine Merlet

Pollution aux perfluorés dans le Rhône : premiers objectifs de réduction atteints

La préfecture du Rhône annonce que les rejets dans l'eau des industriels de Daikin et Arkema sont "faibles et maîtrisés" et ont "fortement baissé". La pollution, elle, demeure.

C’est le sujet numéro 1 lorsqu’on évoque la pollution du Rhône aujourd’hui. Aussi appelés “polluants éternels”, les perfluorés (PFC) ou polyfluoroalkylés (PFAS) sont une famille de composés chimiques de synthèse regroupant plus de quatre mille sept cents molécules. Ces substances peuvent rester dans les sols plusieurs centaines d’années sans se dégrader totalement. Problème, ils favoriseraient les cancers chez l’homme et les défauts de défense immunitaire des enfants.

En mai 2022, le documentaire Vert de rage sur France 2 avait mis le feu aux poudres en révélant ses propres résultats d’analyse sur des prélèvements dans l’eau, le sol et le lait maternel, dépassant certains seuils de toxicité, autour d’usines de la Vallée de la chimie. Des découvertes qui ont poussé le maire de Pierre-Bénite à déposer plainte contre X, le 27 mai 2002, pour mise en danger de la vie d’autrui. Dans le viseur, les sites Arkema et Daikin sur sa commune. Pierre Clousier, le directeur de l’usine Arkema, avait alors déclaré “ne pas contester” avoir rejeté certains perfluorés, tout en nuançant : “On ne comprend pas parce qu’aujourd’hui, ces produits, on ne les utilise pas, on ne les produit pas. Nous sommes conformes à la réglementation.” De fait, la législation européenne ne devrait prendre effet qu’en 2026, bien que l’usine se soit engagée à arrêter l’emploi de perfluorés d’ici 2024.

En janvier dernier, la préfecture du Rhône informait avoir détecté la présence de perfluorés dans des œufs pondus sur le territoire de la Métropole de Lyon près de dix fois plus élevée que la normale. Ces résultats inquiétants provenaient de l’analyse d'œufs prélevés dans les poulaillers de particuliers à Pierre-Bénite et à Oullins. 

Plaintes à gogo contre X, Arkema et Daikin dans le viseur

Une class action des maires du Sud-Ouest lyonnais - à ce jour Givors, Grigny, St-Genis-Laval, Brignais, Oullins, Charly, Chasse-sur-Rhône, La Mulatière, Ternay, Irigny, Solaize, Vernaison, Pierre-Bénite - va "très probablement la forme d'une plainte contre X pour obtenir réparation des pollutions" explique Jérôme Moroge, maire de Pierre-Bénite, qui a été officieusement chargé de porter la contestation.

Une dizaine d'associations et 37 victimes de la pollution aux perfluorés ont déposé un référé pénal environnemental contre l'entreprise Arkema.

Les rejets de Daikin demeurent "faibles et maîtrisés" et ceux d'Arkema ont "fortement baissé

Vendredi 16 juin, le 7e comité de suivi avec les élus du territoire, dont la Métropole de Lyon et les communes concernées, a présenté les résultats des investigations et mesures prises par les différents services de l'Etat (Agence régionale de santé, direction régionale de l'environnement, de la protection de populations, de l'alimentation, etc).

Bilan : les rejets de Daikin demeurent "faibles et maîtrisés" et ceux d'Arkema ont "fortement baissé

La préfecture du Rhône indique également qu'une surveillance des rejets dans l'air canalisé a également été initiée, "avec à ce jour deux campagnes de mesures sur ceux produits par Arkema et sur Daikin". Les émissions ainsi mesurées sont "en corrélation avec les deux PFAS utilisés (présence de 6:2 FTS et PFHxA)". Les analyses sont en cours de consolidation. D'autres campagnes seront réalisées, chaque semestre sur les deux prochaines années, ainsi qu'une étude de dispersion.

Surveillance renforcée autour d'Arkema et Daikin

Fabienne Buccio, préfète du Rhône, annonce avoir également pris deux nouveaux arrêtés préfectoraux pour renforcer la surveillance de l'environnement autour des plateformes industrielels d'Arkema et Daikin. Celui concernant Arkema a été signé le 14 juin et celui de Daikin est en cours de finalisation.

84 % des résultats sont en-dessous des valeurs indicatives

A l’issue des deux campagnes d’analyses menées par la DRAAF (direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt), 56 prélèvements sur 13 communes et 9 types de légumes ont été réalisées. 84 % des résultats sont en-dessous des valeurs indicatives. Seuls 9 résultats sont légèrement au-dessus ( de 0,013 à 0,015 μg/kg pour une valeur indicative de 0,010 μg/kg).
Ces dépassements concernent des légumes feuilles (blettes, épinards, mâches, salades).

"De nouvelles investigations seront menées pour circonscrire l’origine et l’étendue de cette pollution, explique la préfecture du Rhône. Les opérations de prélèvement des œufs mises en œuvre avec les mairies concernées sont toujours en cours. Les résultats seront communiqués dès réception de la part des laboratoires. Pour mémoire, les prélèvements des œufs des 4 élevages professionnels sont tous conformes comme les prélèvements réalisés pour un élevage de bovins à Saint-Genis-Laval. Suite aux résultats des analyses des sédiments, la recommandation de ne pas consommer de poissons est étendue au lac Combe Gibert", un  petit plan d'eau de 1,75 hectares entre les communes d'Orlienas et de Taluyers

Une pollution aux perfluorés de longue date à Lyon

En 2011, des études avaient déjà été menées par l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail). Ces études avaient permis de dresser un premier bilan de la contamination de plusieurs compartiments du système aquatique par les PFAS, de l’extension spatiale de cette contamination (sans pour autant donner de "clé de compréhension de leur devenir").

En 2016, une étude concluait à un "accroissement notable des concentrations de plusieurs PFAS à l’aval de Lyon". Dans le contexte du Plan d'actions sur les PCB, des composés per- et polyfluorés avaient fait l'objet d'analyses dans la chair du poisson (dès fin 2011). La carotte de sédiments "(montrait) clairement l'impact du rejet d'une plateforme industrielle sur le niveau de contamination des sédiments et sur la composition du cortège de PFAS".
Une cartographie relevait un "bruit de fond anthropique" du Rhône et de la Saône. "La concentration de PFAS la plus élevée (50 à 100 fois la valeur du "bruit de fond") est constatée à Pierre Bénite à proximité d’une plateforme industrielle produisant des polymères fluorés ; elle est surtout liée à la présence de PFCA en concentrations très élevées".

Selon la Fédération départementale de pêche du Rhône, entre 2013 et 2015 ont été réalisées une dizaine de communications scientifiques."Plus vous serez nombreux,plus le nombre de plaignants sera élevé, explique Jean-Marc Hourse, avocat lyonnais spécialisé dans le contentieux commercial et environnemental aux communes réunies le 24 mars, et plus les chances de voir la plainte traitée et prise au sérieux par le Parquet sera grande".

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