(Crédit : Martin Gaboriau)

Pénurie de carburant à Lyon : la raffinerie de Feyzin réquisitionnée, la grève reconduite

Ce lundi 17 octobre, le gouvernement a annoncé la réquisition de la raffinerie de Feyzin pour alimenter les stations-service, alors que la grève vient d’y être reconduite par la CGT.

La grève se poursuit ce lundi matin à la raffinerie de Feyzin où les exportations de carburants sont encore bloquées par les grévistes. "On est à 100% de grévistes ce matin", confirmait à Lyon Capitale Pedro Aflonso, le délégué syndical de la CGT, quelques minutes avant l’annonce de la réquisition du site à partir de 14 heures ce lundi 17 octobre. Une mesure qui doit permettre d’alimenter les stations d'Auvergne-Rhône-Alpes et de Bourgogne-Franche-Comté. 


"Ils essayent de casser la grève pour alimenter les stations-service. C’est une entrave au droit de grève, le travail obligatoire c’était une autre époque", Pedro Alfonso, délégué syndical CGT


7 personnes réquisitionnées à Feyzin

Interrogé par Lyon Capitale juste avant que l’annonce ne tombe, Pedro Aflonso avait encore le mince espoir que le gouvernement n’en arrive pas à cette mesure, que la Première ministre avait laissé planer dimanche soir sur TF1. "Selon nous les réquisitions sont une entrave au droit de grève constitutionnel", nous confiait le délégué syndical, en précisant qu’un rassemblement était prévu ce mardi à 13h30 devant la préfecture du Rhône "pour justement dire au préfet et au géant TotalÉnergie de ne pas employer la force et les réquisitions". La réponse de l’État aura finalement était plus rapide.

Selon nos informations, la réquisition concernera sept personnes au dépôt de Feyzin. "C’est juste ce qu’il faut pour relancer un minimum d’expéditions et réapprovisionner les stations-service des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté", laisse-t-on entendre du côté de la préfecture du Rhône, où l'arrêté installant cette réquisition vient d'être pris. Ce matin près de 40% des stations-services des deux régions étaient touchées par des pénuries, après un week-end où les approvisionnent se sont fait encore plus rare.

"Casser la grève pour alimenter les stations"

"Nous le faisons pour les Français, nous ne le faisons pas contre les grévistes, elles (les réquisitions) sont absolument nécessaires pour que les gens puissent continuer d'aller au travail et subvenir à leurs besoins basiques", a justifié lundi Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition énergétique, lors d'une visite matinale sur le port de Gennevilliers en Ile-de-France, destinée à vérifier le ravitaillement en cours des camions-citernes dans un dépôt alimenté par la raffinerie de Port-Jérôme-sur-Seine en Normandie.


"(Les réquisitions) sont absolument nécessaires pour que les gens puissent continuer d'aller au travail et subvenir à leurs besoins basiques", Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition énergétique


"Ils essayent de casser la grève pour alimenter les stations-service. C’est une entrave au droit de grève, insiste Pedro Alfonso, le travail obligatoire c’était une autre époque". Peu avant 9h30, selon le délégué syndical, les salariés n’avaient "reçu aucune information officielle de la part" de leur direction. "On a seulement vu passer l’information dans les médias", explique M. Alfonso. Après le dépôt de Mardyck, dans les Flandres, sera donc le second du groupe TotalÉnergies à être réquisitionné.

Le mouvement de grève reconduit ce matin

Ce lundi matin, à 6 heures, les grévistes y avaient reconduit leur mouvement en prévision de l’appel à la grève générale prévu ce mardi 18 octobre. L’accord sur des augmentations salariales conclu dans la nuit de jeudi à vendredi avec deux syndicats majoritaires de TotalEnergies, la CFDT et la CFE-CGC n’avait pas eu d’effet sur la mobilisation des grévistes de la CGT à la raffinerie de Feyzin, à l’instar des employés des quatre autres sites mobilisés en France. "La direction a déjà largement communiqué sur l'accord, elle ne semble pas prête à revenir à la table des négociations", a dit lundi à l'AFP M. Sellini.

Cet accord que la CGT rejette pour le moment prévoit une "enveloppe" globale de hausse des salaires de 7%, dont 5% d'augmentation pour les ouvriers et techniciens et 3,5 % pour les cadres, plus une part individuelle qui pourra différer selon les personnes. Il prévoit, en outre, une prime d'un mois de salaire, avec un plancher de 3 000 euros et un plafond de 6 000 euros.


"D’habitude, il y a 250 camions jours, mais ils arrivent à en faire sortir seulement une dizaine par jours quand ils arrivent à magouiller avec les intérims", Pedro Alfonso, délégué syndical CGT


À Feyzin comme à Donges, La Mède ou encore à Flandres, les grévistes, eux, revendiquent toujours une augmentation de 10% correspondant à "l'inflation plus le partage" des bénéfices engrangés par l'entreprise pétrolière, à savoir 5,7 milliards de dollars pour le seul deuxième trimestre (5,8 milliards d’euros).

Dans l’attente d’une issue au conflit social en cours, la grande majorité des camions transportant du carburant pour ravitailler les stations-service de l’agglomération lyonnaise ne sortaient toujours pas ce matin. Interrogé sur le nombre de camions ayant pu quitter la raffinerie avant 9 heures ce lundi matin, Pedro Alfonso assurait en avoir compté seulement 5. "D’habitude, il y a 250 camions jours, mais ils arrivent à en faire sortir seulement une dizaine par jours quand ils arrivent à magouiller avec les intérims. Ça n’a pas trop d’influence sur les choses". La réquisition annoncée pour 14 heures devrait avoir un impact tout autre.

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