Gaetan de Sainte-Marie, vice-président de la CPME du Rhône
Gaetan de Sainte-Marie, vice-président de la CPME du Rhône

"On est sur la corde raide" se désole Gaëtan de Sainte-Marie

Gaëtan de Sainte-Marie, vice-président de la CPME du Rhône, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

"Une espèce de crise lente, insidieuse, qui s'insère dans l'économie française, qui, petit à petit, est en train de gangrener toutes nos entreprises et qui percute de plein fouet nos TPE, nos PME, nos ETI."

Invité de l’émission 6 minutes chrono de Lyon Capitale, Gaëtan de Sainte-Marie, vice-président de la CPME du Rhône, et secrétaire nationale de la même confédération, dresse un constat alarmant de la situation économique des entreprises locales. Dans un contexte national et international instable, les TPE et PME lyonnaises subissent de plein fouet une crise qu’il qualifie de "lente et insidieuse".

Une situation qui se traduit par une hausse significative des défaillances : "C’est 70 000 dossiers de faillite sur les douze derniers mois, et à Lyon +25 % de procédures collectives en novembre 2025."

Lire aussi : A Lyon, "les entreprises en défaillance ont moins d'impact sur l'emploi" déclare Bruno Da Silva, président du Tribunal des affaires économiques de Lyon,

Une activité en net recul à Lyon

Si la baisse d’activité est modérée à l’échelle nationale (-0,3 % au troisième trimestre 2025), elle est bien plus marquée dans la métropole lyonnaise, avec un recul de -3 %. Pour Gaëtan de Sainte-Marie, cette différence s’explique notamment par l’effondrement de la consommation et les difficultés d’accès au centre-ville.

"La consommation des Français est en chute libre", explique-t-il. "Et aujourd’hui, c’est extrêmement compliqué d’aller dans le centre de Lyon pour aller se restaurer ou faire ses achats. Nos commerçants, nos hôteliers, nos restaurateurs voient leur chiffre d’affaires baisser et sont exsangues."

À cela s’ajoute une pression fiscale locale élevée : "On est dans les villes de France où la CFE (cotisation foncière des ehtreprises) est la plus élevée, où le versement mobilité est le plus élevé. Les entreprises sont toutes dans une situation très tendue."

Investissements gelés et climat de défiance

Face à ce contexte, de nombreux chefs d’entreprise se voient contraints de revoir leurs projets. "Nous sommes obligés de reporter ou d’annuler nos investissements, nos recrutements", confie Gaëtan de Sainte-Marie. "On a mangé tout le gras qu’il pouvait y avoir et aujourd’hui on est vraiment sur la corde raide."

Selon lui, la crise économique est aggravée par l’instabilité politique et budgétaire : "C’est un cirque à l’Assemblée nationale depuis des mois. Personne n’a confiance, et l’économie, c’est d’abord de la confiance." Résultat : "Les Français gardent leur argent dans leur bas de laine."

Un besoin de visibilité et de cap

Malgré ce tableau sombre, le vice-président de la CPME du Rhône souligne le dynamisme toujours présent dans le tissu entrepreneurial. "Il y a une créativité, des entrepreneurs qui ont envie de continuer, des équipes soudées qui travaillent à fond."

Mais ce qui manque, selon lui, c’est avant tout de la visibilité. "Ce qui nous manque, c’est un cap. On nous change les règles en permanence, on nous impose de l’administratif en permanence. L’Europe a vraiment du travail à faire là-dessus."

Son message est clair : pour relancer l’économie, il faut restaurer la confiance et la lisibilité des politiques publiques. "Il faut rendre à nouveau la France désirable pour entreprendre, dans un cadre qui soit dynamique."

Mercosur : une concurrence jugée déséquilibrée

Interrogé sur l’accord Mercosur, récemment adopté*, Gaëtan de Sainte-Marie reconnaît un potentiel d’ouverture de marchés, mais alerte sur les conditions de concurrence.

* Mais rien n'est encore acté. Le traité de libre-échange a connu un énième rebondissement mercredi 21 janvier, les eurodéputés ayant voté en faveur d'une saisine de la Cour de justice de l'Union européenne au sujet du Mercosur. Cette décision, soutenue par les agriculteurs, pourrait retarder la validation du traité par le Parlement européen de près de deux ans.

"On met en compétition nos entreprises européennes avec des entreprises non européennes qui n’ont pas les mêmes règles", déplore-t-il. "Quand vous faites une course à pied, si certains courent avec des boulets aux pieds et qu’à la fin vous avez le même classement pour tout le monde, il y a un problème."

Pour la CPME du Rhône, l’enjeu est donc moins l’ouverture commerciale que l’équité des règles du jeu, afin de ne pas fragiliser davantage un tissu économique déjà sous tension.

Lire aussi : Auvergne-Rhône-Alpes boycotte les produits du Mercosur

Quelques chiffres clés du Baromètre des TPE
issus des dernières vagues d’enquête Ifop Fiducial

Moral et climat des affaires
84 % des dirigeants de très petites entreprises (TPE) sont pessimistes quant au climat général des affaires. Une augmentation de 1% par rapport au 4e trimestre 2025.

Confiance envers le gouvernement
87% des dirigeants n'ont pas confiance dans le gouvernement. En baisse de 1% par rapport au 4e trimestre 2025

Difficultés financières et embauches
- 41 % des TPE déclarent rencontrer des difficultés financières (+3% par rapport au 4e trimestre 2025).
- 8 % des dirigeants de TPE ont embauché du personnel ou prévoient de le faire
- 6% des dirigeants de TPE ont supprimé un ou plusieurs postes ou prévoient del e faire

Elections municipales
- 55% des patrons de TPE déplorent un manque d eprise en compte des préoccupations des TPE
- pour 44% des dirigeants de TPE, la fiscalité et les impôts locaux seront un enjeu déterminant de leur vote aux élections municipales 2026


La retranscription intégrale de l'entretien avec Gaëtan de Sainte-Marie

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui Gaëtan de Sainte-Marie. Bonjour. Gaëtan de Sainte-Marie, vous êtes vice-président de la CPME du Rhône. Il y a un contexte national et un contexte international quand même très compliqué. On est toujours dans le vote du budget 2026. Au niveau international, on voit ce qui se passe, il y a des conflits un peu de partout, c’est quand même très tendu. Le président national de la CPME, Amir Reza Tofighi, évoquait il n’y a pas longtemps une exaspération des chefs d’entreprise qui était à son comble, et même une révolte. Il parlait de révolte. Il craignait une révolte des entrepreneurs. Est-ce que vous partagez ce constat alarmant ?

Totalement. J’ai envie de vous dire : quel gâchis. Quel gâchis, parce que ça fait maintenant peut-être deux ans qu’une espèce de crise lente, insidieuse, s’insère dans l’économie française, qui petit à petit est en train de gangrener toutes nos entreprises et finalement qui percute de plein fouet nos TPE, nos PME, nos ETI. Les chiffres là-dessus, vous les connaissez : c’est 70 000 dossiers de faillite sur les douze derniers mois. C’est à Lyon +25 % de procédures collectives au mois de novembre 2025. Et donc, on est dans nos entreprises face à une situation qui est vraiment très tendue. Je dirais qu’on a mangé tout le gras qu’il pouvait éventuellement y avoir et qu’aujourd’hui on est vraiment sur la corde raide. Et je vois dans les entreprises aujourd’hui des entreprises qui souffrent, des collaborateurs qui souffrent. Nous, on est obligés, en tant que chefs d’entreprise, de reporter ou d’annuler nos investissements, nos recrutements. Et tout ça parce qu’on se tire des balles dans le pied, parce qu’on est incapables de prendre des décisions, parce qu’on est incapables d’avoir un cap. Et vraiment, c’est insupportable.

C’est sûr que le cap, on ne l’a pas du tout. Aujourd’hui, les PME, de manière générale, mais là on est quand même à Lyon, donc on va parler à l’échelle locale : est-ce que les PME du Rhône peuvent encore contribuer à l’effort budgétaire sans mettre en péril leur survie ?

Non. Je vais vous donner un chiffre sur le troisième trimestre 2025. La baisse d’activité sur les TPE-PME en France a été de -0,3. À Lyon, elle a été de -3. Pourquoi ? C’est assez simple. Vous regardez l’hyper-centre de Lyon, on a vite fait le tour. Vous allez voir les commerçants, les restaurateurs, les hôteliers. La consommation des Français est en chute libre. Pourquoi ? Parce qu’au niveau national, vous l’avez dit, et au niveau international, c’est le bazar. Au niveau national, on est incapables de prendre des décisions. C’est un cirque à l’Assemblée nationale depuis des mois et des mois. Donc, personne n’a confiance, et on sait que l’économie, c’est d’abord de la confiance. Déjà, les Français, l’argent qu’ils pourraient avoir, ils le gardent, ils le gardent dans leur bas de laine. Deuxièmement, si on est sur Lyon, aujourd’hui c’est extrêmement compliqué d’aller dans le centre de Lyon pour aller se restaurer, pour aller voir un commerce, etc. Donc on voit bien nos commerçants, nos hôteliers, nos restaurateurs qui ont leur chiffre d’affaires qui baisse et qui sont exsangues. Quand en plus vous pensez que les charges au niveau local sont très élevées, puisqu’on est dans les villes de France où la CFE est la plus élevée, où le versement mobilité est le plus élevé, vous avez une situation où les entreprises sont toutes dans une situation très tendue.

Oui, donc finalement, les entreprises du Rhône vivent cette période d’incertitude budgétaire et politique très, très mal. C’est quoi finalement leurs attentes vis-à-vis du gouvernement ?

Oui, c’est ça en fait le pire, c’est que finalement, moi quand je me promène à travers la France ou à travers Lyon avec mon entreprise, il y a un dynamisme dans nos entreprises. Il y a une créativité, il y a des entrepreneurs qui ont envie de continuer à entreprendre, il y a des équipes qui sont extrêmement soudées et qui travaillent à fond. Donc en fait, ce qui manque, c’est de la visibilité, c’est un cap, c’est qu’on arrête de nous changer les règles en permanence, qu’on arrête de nous imposer de l’administratif en permanence. L’Europe a vraiment du travail à faire là-dessus. En fait, ce qui nous manque, c’est de rendre à nouveau notre France désirable, que nos entrepreneurs aient le désir d’entreprendre dans un cadre qui soit dynamique.

Vous n’êtes pas sûr qu’on soit en période pré-électorale, mais il y a des candidats qui se présentent à Lyon. Il y a un cap sur lequel vous vous êtes le plus aligné, en tout cas qui parle plus aux entreprises que d’autres ?

Vous savez, nous à la CPME, notre parti c’est l’entreprise. Donc nous, on sait très bien ce dont on a besoin : on a besoin d’un cap, on a besoin d’avoir une dynamique collective au niveau de notre territoire. Donc nous, on va rencontrer l’ensemble des candidats, on va écouter l’ensemble des candidats, et après chaque chef d’entreprise fera son choix. Mais en tous les cas, on sera là pour faire des propositions et pour être très attentifs aux propositions qui seront faites.

J’avais quand même une dernière question sur l’accord Mercosur qui vient d’être voté. Je voulais savoir rapidement quels sont les grands gagnants et les grands perdants au final. Alors il faudrait plus que ça pour en faire une synthèse.

Je crois que le côté positif, c’est que ça ouvre de nouveaux marchés à un certain nombre d’entreprises sur le Mercosur. Ce qui est le plus inquiétant là-dessus, c’est qu’aujourd’hui en France, en Europe, on a trop souvent tendance à mettre en compétition nos entreprises françaises ou européennes avec des entreprises non européennes qui n’ont pas les mêmes règles. Et donc quand vous faites une course à pied, si certains courent avec des boulets aux pieds et qu’à la fin vous avez le même classement pour tout le monde, il y a un problème. En fait, le problème c’est surtout celui-là.

Ce sera le dernier mot. Merci Gaëtan de Sainte-Marie d’être venu sur le plateau de 7 minutes chrono. Et puis évidemment, pour plus d’informations : www.lyoncapitale.fr. À très bientôt, au revoir.

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