La région Auvergne-Rhône-Alpes annonce désormais interdire les produits sud-américains de ses achats publics.
Au lendemain de la signature par l’Union européenne d’un accord de libre-échange avec quatre pays d’Amérique latine (Mercosur) la région Auvergne-Rhône-Alpes a annoncé, mardi, le boycott immédiat de tout produit issu du Mercosur dans ses commandes publiques. Une décision politique forte qui vise à "protéger ses agriculteurs et ses habitants face à un accord qui met
gravement à mal sa production et son modèle alimentaire".
La mesure, présentée par Laurent Wauquiez, conseiller spécial de la Région, concerne l’ensemble des achats de la collectivité ainsi que ceux réalisés par sa centrale d’achat au profit de près de 1 000 structures régionales, pour un montant annuel de 50 millions d’euros. Sont notamment visées les cantines scolaires et la restauration en EHPAD.
Un signal politique national
"Il n’y aura pas de viande et de produit du Mercosur dans nos cantines et dans nos restaurations en Auvergne-Rhône-Alpes", a déclaré Laurent Wauquiez, ajoutant que "quel que soit le destin du traité du Mercosur », ajoutant refuser "de prendre des produits qui viennent de ce territoire et qui ne respectent aucune règle".
Cette décision intervient alors que l’accord signé vendredi dernier entre l'Union européenne et le bloc commercial sud-américain (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) suscite une vive opposition en France. Les organisations agricoles dénoncent un traité qui mettrait en concurrence les producteurs européens avec des exploitations aux normes environnementales et sanitaires moins contraignantes.
"Il est inacceptable de voir cohabiter, dans les marchés de la Région, des produits français avec des productions venues de l’autre bout du monde et qui ne respectent aucune règle."
La Région Auvergne-Rhône-Alpesse présente comme "la première à protéger ses agriculteurs et ses habitants" face au Mercosur.
"Défendre les valeurs de la Région, c’est aussi assumer de défendre ce que l’on produit, rappelle un communiqué. Il est inacceptable de voir cohabiter, dans les marchés de la Région, des produits français avec des productions venues de l’autre bout du monde et qui ne respectent aucune règle. La Région défend son modèle agricole et ses productions locales depuis 2016. Tout d’abord en adoptant le premier budget agricole de toutes les Régions françaises, mais aussi en agissant pour le renouvellement des générations avec la dotation jeunes agriculteurs la plus importante de France.
Dans les lycées, cette stratégie de la Région Auvergne-Rhône-Alpes se traduit concrètement par un programme "anti-gaspillage", qui vise 80 % de produits régionaux dans les restaurants scolaires. Le boycott du Mercosur s’inscrit dans le prolongement de cet engagement en faveur des circuits courts et de la production locale.
Reste à savoir si d’autres régions françaises emboîteront le pas à Auvergne-Rhône-Alpes dans ce qui pourrait devenir un mouvement de résistance territoriale face à la politique commerciale européenne.
Mais rien n'est encore acté. Le traité de libre-échange a connu un énième rebondissement mercredi 21 janvier, les eurodéputés ayant voté en faveur d'une saisine de la Cour de justice de l'Union européenne au sujet du Mercosur. Cette décision, soutenue par les agriculteurs, pourrait retarder la validation du traité par le Parlement européen de près de deux ans.
