À l’approche du second tour, les équilibres restent fragiles : l’inconnue des reports de voix et de la mobilisation pourrait encore rebattre les cartes.
A moins de quatre jours du résultat définitif des élections municipales 2026, les calculettes sont de sortie pour estimer les potentiels reports de voix que Grégory Doucet et Jean-Michel Aulas pourraient récolter au second tour; dimanche 22 mars.
Coin vert, Grégory Doucet, maire sortant écologiste, tête de liste de l'Union de la gauche des écologistes, rejoint par LFI dans l'entre-deux tours. Il est arrivé en tête lors du premier scrutin, en recueillant 37,36 % des suffrages. Coin bleu, Jean-Michel Aulas, tributaire des partis de droite et du centre, longtemps premier des sondages, dont la côte de popularité s'est peu à peu dégradée. Il a obtenu 36,78 % des voix au premier tour.
Une question se pose encore. Pouvons-nous anticiper les résultats grâce aux reports de voix ? Quel choix pour les électeurs de Georges Képénékian (3,53 %) et de Nathalie Perrin-Gilbert (3,64 %) ? Quid du jeu des alliances ? L'union des écologistes avec LFI rebutera-t-elle les socialistes les plus modérés ? Comment se comporteront les 7,07% d'électeurs d' Alexandre Dupalais, le candidat UDR-RN, le député RN Sébastien Chenu ayant soufflé le chaud et le froid en évoquant "la nullité de Jean-Michel Aulas", tout en ne donnant aucune consigne de vote ?
Enfin, qu'en sera-t-il des 35,48 % abstentionnistes au premier tour. Dans l'émission de Lyon Capitale 6min chrono, l'ancien président de l'OL affirmait "qu’il y a beaucoup de réserves de voix, déjà, chez les abstentionnistes." De son côté, lors d'un déplacement boulevard des Etats-Unis ce jeudi, Grégory Doucet a également montré son souhait de mobiliser les électeurs qui ne se sont pas rendus dans les bureaux de vote dimanche dernier. "On doit mobiliser les abstentionnistes en rappelant qu'on réalise les politiques publiques au bénéfice des habitants."

Pour mieux comprendre les dessous du report des voix, Lyon Capitale a interrogé Daniel Navrot, politologue et directeur de la revue Prospective Rhône-Alpes Méditerranée. Au premier tour, l'écart de voix entre Grégory Doucet (76 318)
et Jean-Michel Aulas (75 134) était de 1 184 voix.
Avant de commencer à établir des conjonctures, de manière globale, comment évolue l'électorat du premier au second tour ?
Déjà, c'est important de rappeler qu'il évolue. Le corps électoral n'est pas identique, entre les deux tours de scrutin. On estime sa variation entre 5 et 15 %, ce qui traduit une marge d'erreur tout de même importante.
"Doucet pourrait atteindre les 109 000 voix, Aulas 90 000 voix, mais ce constat ne prend pas en compte les variations de l'électorat"
Si l'on fait une hypothèse, est ce que l'écart pourrait être important entre les deux candidats ?
Concrètement, si l'on ajoute la totalité des suffrages venus de la gauche, Grégory Doucet pourrait atteindre les 109 000 voix. Quand je parle de la gauche, cela comprend les voix obtenues par Grégory Doucet (37,36 %) au second tour, celles de la France Insoumise (10,41 %), la totalité des voix de Nathalie Perrin-Gilbert (3,64 %) et des listes plus minoritaires (1,20 %), ainsi qu'un tiers des bulletins en faveur de Georges Képénékian (1,18 %).
Côté Jean Michel Aulas, en plus des 36,78 % de suffrages obtenus au second tour, il pourrait obtenir deux tiers des voix de Georges Képénékian (2,35 %), ainsi que deux tiers de celles d'Alexandre Dupalais (4,71 %). Reste alors la grande inconnue, le tiers restant de l'électorat de Dupalais, noyau dur du RN, qui pourrait ne pas aller voter. Une combinaison qui permettrait au candidat Coeur lyonnais d'atteindre les 90 000 voix. Bien sûr, le constat que nous faisons là ne prend pas en compte les variations de l'électorat.
NdlR : 320 724 électeurs lyonnais sont inscrits sur les listes électorales.
Dans l'émission de Lyon Capitale, 6 minutes chrono, diffusée jeudi 19 mars, Jean-Michel Aulas affirmait "qu’il y (avait) beaucoup de réserves de voix chez les abstentionnistes". Est-ce vraiment le cas ?
Oui, les abstentionnistes sont en quelque sorte la clé du scrutin puisqu'on ne peut pas prévoir où iront leurs votes. Pourtant, il est important de préciser que le taux de participation a été plus élevé à Lyon qu'ailleurs (64,52 % selon la préfecture). Le réservoir abstentionniste n'est donc pas si important lorsque l'on compare avec d'autres villes.
"A priori, l'érosion des voix du maire sortant vers Jean-Michel Aulas sera minimale"
Et les alliances ? Est ce que la fusion technique des listes écologistes et de la France Insoumise pourrait pousser les électeurs à changer de fusil d'épaule ?
Il pourrait avoir en effet des électeurs de gauche modérée qui changent de camp, insatisfait de l'alliance qu'ont réalisé Grégory Doucet et Anaïs Belouassa Cherifi. Mais, a priori, l'érosion des voix du maire sortant vers Jean-Michel Aulas sera minimale, car la sociologie de la ville est plutôt favorable à une gauche d'affirmation. Cependant, les déclarations critiques de Sébastien Chenu à son égard pourraient en fait lui être bénéfique, puisque cela rassurerait l'aile modérée de la gauche. A l'approche de ce second tour, la clé pour Aulas c'est la variation du corps électoral.
Concrètement, une victoire de Jean-Michel Aulas est-elle encore possible ?
En tout cas, ce qui est certain, c'est qu'il ne part pas favori. S'il gagne dimanche, c'est une élection que l'on peut qualifier de miraculeuse. Je pense que le score sera serré, et que "JMA" va remonter de quelques voix, mais la victoire reste difficile.
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