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Comptage de manifestants à Lyon : le grand écart entre police et syndicats

Manifestation du 23 mars @ Cheyenne Gabrelle

Le nombre de manifestants dans les rues à Lyon contre la réforme des retraites varie du simple au triple selon les chiffres donnés par les syndicats et ceux de la police.

Jeudi 6 avril, lors de l'acte 11 de la mobilisation contre réforme des retraites, 32 000 personnes ont battu le pavé lyonnais, selon les syndicats. Ils étaient presque deux fois moins, soit 13 000 personnes, selon la préfecture du Rhône.

Entre les organisateurs et les services de l'Etat, les décomptes de manifestants varient parfois du simple au triple. Ainsi, à Lyon, le rapport entre les chiffres du nombre de manifestants descendus dans la rue avancés par la préfecture du Rhône et les syndicats a même dépassé le chiffre de 2,5 lors des 5e, 7e, 8e et 9e journées de manifestations (16 février, 11 mars, 15 mars et 23 mars).

Les écarts perpétuels entre les chiffres des organisateurs et ceux de la police sont "une source de dérision qui participe de l'atmosphère actuelle de défiance à l'égard de la politique et de ses institutions" écrivait en mars 2015 une commission d'étude qui avait planché sur le comptage des manifestants (lire plus loin).

11 manifestations, 204 500 manifestants d'écarts

Sur les onze manifestations déclarées à Lyon (hors manifestations "sauvages", nocturnes) depuis le début de la mobilisation, le 19 janvier dernier, Lyon Capitale a totalisé 375 000 manifestants d'après les chiffres donnés par les organisateurs et 170 500 selon les statistiques rendues publiques par la préfecture du Rhône.

Selon les organisateurs, il y a donc 2,3 fois plus de manifestants que les chiffres annoncés par l'Etat. Inversement, la préfecture annonce 2,3 fois moins de manifestants que les organisateurs. 15 800

DateEtatSyndicats
19 janvier23 00038 000
31 janvier25 00045 000
7 février10 70030 000
11 février15 80035 000
16 février8 00020 000
7 mars25 00050 000
11 mars7 00018 000
15 mars8 50022 000
23 mars22 00055 000
28 mars12 50030 000
6 avril13 00032 000
Total170 500375 000
Chiffres Lyon Capitale d'après préfecture et organisateurs

Un hot point a été atteint le 7 février : les syndicats ont annoncé 30 000, manifestants, la police 10 700, soit un écart de 2,8 fois.

Divergences de méthodes de comptage

De telles différences proviendraient de la méthode de comptage. Selon le rapport de 2015 de la Commission de réflexion sur la mesure du nombre des participants aux manifestations de rue, les fonctionnaires de police, spécialement formés à cet exercice (pendant 6 mois), "établissent un ou deux points d’observation, avec à chaque fois deux fonctionnaires en charge du comptage et une caméra, à hauteur du premier ou du deuxième étage d’un immeuble, ce qui permet d’avoir la vue sur les rangs des manifestants qui peuvent être très larges et de tenir compte de ceux qui marchent sur les trottoirs."

Chacun des fonctionnaires agit indépendamment de son collègue, poursuit la commission. Le chiffre le plus élevé est adopté et parfois arrondi à un niveau légèrement supérieur et le directeur augmente ensuite le chiffre le plus élevé de l’ordre de 10% pour "faire bon poids" en tenant compte des approximations inévitables de tout comptage.

Le ministère de l'intérieur explique que "ces dispositifs sont établis dans des zones stratégiques, c'est-à-dire dans des portions « test » de chaussée dont les dimensions (largeur, longueur) sont connues et qui permettent ainsi d'établir un comptage opérationnel des manifestants, en fonction de la largeur de voie occupée, de leur densité (comptage effectué par groupe de 10 à 100 personnes) et de leur temps de passage sur les zones prédéfinies."

Un recomptage est réalisé le lendemain du rassemblement à partir du visionnage intégral des supports vidéo.

Quant aux syndicats et organisateurs, peu loquaces sur leurs méthodes de comptage, ce sont souvent des militants qui comptent une à une les lignes de manifestants qui défilent devant eux, en estimant approximativement le nombre de personnes qui les composent. Les estimations sont ensuite recoupées avec celles des autres organisations pour avoir un chiffre global.

Un rapport donne raison à la police

En 2014, la préfecture de police de Paris a mis en place un "comité des sages" a été chargé d' "éclaircir et expertiser les méthodes" de comptage ainsi que "faire des propositions afin d'améliorer (leur) exactitude".

Un an plus tard, la commission indépendante (composée deDominique Schnapper, professeure à l'EHESS et ancienne membre du Conseil constitutionnel, Pierre Muller, inspecteur général de l'Insee, et Daniel Gaxié, professeur de sciences politiques) a estimé que "la démarche (de la police), dans son principe, est validée", faisant quelques suggestions d'amélioration notamment le renoncement au "redressement" de 10% habituel. "Le redressement est destiné à répondre à l’avance à l’argument de la sous-estimation. Si l’on souhaite le garder pour tenir compte des approximations inévitables, il faudrait en tous cas le préciser."


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