Lyon : face au grand froid hivernal, la difficulté d'hébergement des sans-abris

À l'approche de l'hiver et des températures négatives, les sans-abris font face à une nouvelle vague de froid à Lyon. Un collectif appelle les pouvoirs publics à "prendre leur responsabilité".

8 décembre, Fête des Lumières entre Rhône et Saône. Alors que les Lyonnais se pressent dans les rues pour découvrir les illuminations, les sans-abris sont cette année encore, confrontées au froid hivernal qui s'abat à cette période de l'année. Selon les chiffres de l'Entreprise des Possibles, près de 3 000 personnes seraient sans logement dans la métropole de Lyon. Autre chiffre inquiétant : la Maison de la Veille Sociale du Rhône recenserait 9 000 personnes en attente d'un hébergement, selon nos informations. À l'échelle nationale, la Fondation Abbé Pierre recense 300 000 personnes sans domicile fixe. Un chiffre qui a doublé depuis 2012. À  Lyon, plusieurs collectifs s'insurgent de cette situation et du manque de moyens attribué par les collectivités.

400 places d'hébergement libérées : "pas suffisant", selon un collectif

Jérôme [le prénom a été modifié] est membre du collectif "Urgence Plan Froid Lyon" crée début novembre. "Les températures commençaient à baisser et on se rendait compte qu'aucun moyen d'hébergement pour les sans-abris n'avait été donné", explique Jérôme, qui garantit que le collectif "est purement informel". Urgence Plan Froid Lyon regroupe des travailleurs du social, des étudiants et "tous les citoyens qui se sentent concernés" et qui souhaitent que "la métropole de Lyon, la ville de Lyon et la préfecture doivent prendre leur responsabilité".

"A l'hôtel, où nous avons été hébergés pendant trois mois, il y a eu des bagarres et donc nous avons été virés" explique un sans-abri.

Fin novembre, la préfecture du Rhône tenait une conférence de presse dans laquelle elle annonçait une ouverture de 400 places d'hébergements. "Pas suffisant", selon Jérôme qui rappelle que "3000 personnes sont sans abri à Lyon". Ce dernier ajoute : "les autorités compétentes donnent une priorité aux couples stables avec enfant de moins d'un mois. Premièrement, je ne sais pas comment ils vont pour définir ce qu'est un couple stable... Et deuxièmement, ils sont obligés de payer l'hôtel aux sans-abris qui aurait un nourrisson de moins d'un mois. C'est le cadre légal qui veut cela. Mais après un mois, ils sont laissés à la rue", ajoute Jérôme qui assure avoir eu vent de témoignages de sans-abris "expulsés au bout de 29 jours" car "l'enfant avait plus d'un mois".

Rompre avec la gestion "au thermomètre"

Pourtant, depuis 2014, la capacité d'accueil en hébergement à Lyon n'a jamais été aussi importante. Comme le témoigne le tableau-ci dessous, le nombre de logements au sein du parc pérenne total entre 2014 et 2021 a augmenté de 155 %.

En témoigne le tableau transmis par la préfecture, l'évolution de la capacité d'accueil en hébergement dans le département a largement augmenté. Au total, c'est près de 107 % de places en plus entre 2014 et 2021. ©Préfecture du Rhône

Dans les nouvelles grandes mesures prises cette année, la préfecture du Rhône a également décidé de rompre avec la gestion au thermomètre. Désormais, le nombre de places du parc d'hébergement pérenne devrait être dorénavant sensiblement identique, saison hivernale comprise. Ainsi, le parc pérenne total ouvert toute l'année en 2021 dans le Rhône est de 7 897 places ouvertes. Un nombre plus important qu'en 2020 sur la totalité de l'année (6 557 places) mais inférieure lorsque est additionné le parc hivernal de la même période (8009 places).

La question des squats

À la difficulté de trouver un logement décent, s'ajoute la délicate question des squats, installés parfois en pleine ville. "Je ne pense pas que l'expulsion soit une solution" fustige Jérôme. Effectivement, mi-septembre, le squat de Feyzin installé dans l'ancienne école Georges Brassens, était évacué. En tout, ce sont 65 personnes était expulsées du sud de la métropole de Lyon.

Lire aussi : Métropole de Lyon : les expulsés du squat de Feyzin s'installent dans un immeuble à Vaise

SDF
@ Robin Favier - Image d'illustration

Cependant, une solution avait bel et bien été proposée par la préfecture du Rhône. À Feyzin, "48 personnes dont 21 mineurs" avaient été mises à l'abri "dans un centre d’hébergement d’urgence géré par l’Armée du Salut ; 3 personnes vont être hébergées dans le cadre du dispositif d’aide au retour volontaire, et 14 personnes ont refusé la proposition de mise à l’abri dans le cadre du dispositif d’aide au retour volontaire", avait indiqué l'organisme d'Etat, dans un communiqué.

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"La solution qui est trouvée en ce moment, c'est d'investir les écoles comme le fait le collectif Jamais sans Toit. Cela permet à la fois d'abriter ces gens, tout en alertant les pouvoirs publics [...], ça marche plutôt bien", se réjouit Jérôme. "Cependant, ça reste des squats ou des logements informels", ajoute-t-il.

Les demandeurs d'asile, expulsés du squat de Feyzin, ont investi un immeuble rue de Bourgogne à Lyon 9e. Photo : Marie Allenou

Plan grand froid

Dans sa conférence de presse de fin novembre, la préfecture avait également annoncé que la veille sociale allait être renforcée et que des dispositifs spécifiques allaient être mis en place dès cet hiver, malgré l'harmonisation des capacités d'hébergement. Les maraudes auxquelles participe notamment le collectif Urgence Plan Froid Lyon sont renforcées.

Autre mesure annoncée il y a quelques semaines : l'ouverture d'un gymnase accueillant jusqu'à 160 personnes, sur instruction du Préfet. "Le souci avec dette disposition, c'est qu'il faut que le plan Grand froid soit activé. Heureusement que l'on peut mettre a minima à disposition des gymnases lorsqu'il fait -10 degrés la nuit" dénonce Jérôme qui aimerait que ces gymnases soient disponibles "même quand il fait -5 degrés la nuit".

Le membre du collectif conclut finalement : "la crise sanitaire n'a fait qu'augmenter la précarité, et le nombre de personnes à la rue". Effectivement, le Secours populaire français alerte depuis septembre sur l'accélération de la précarisation des Français, liée à la crise sanitaire. Selon l'enquête menée par l'association, 30 % des Français ne peuvent pas se procurer une alimentation saine pour faire trois repas par jour.

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