Paul Bocuse
Paul Bocuse @Tim Douet

Le mot du mois : [Bocuse]

Après Marc Bloch, Paul Bocuse ? En proposant le chef lyonnais pour le Panthéon, Guillaume Gomez relance une question : la République célèbre-t-elle ses héros ou ses monuments ?

Le Panthéon n’a pas fini de digérer Marc Bloch que Guillaume Gomez, ancien chef des cuisines de l’Élysée, réclame déjà la prochaine entrée : Paul Bocuse ("L’idée a été émise publiquement la semaine dernière à Lyon par l’ancien chef de l’Élysée Guillaume Gomez, lors du festival Bien Manger" écrit Tribune de Lyon). On passerait ainsi de l’historien fusillé par les nazis à l’homme qui a inventé la soupe VGE. Des Rois thaumaturges à la volaille en vessie. Du héros de la Résistance au pape de la crème fraîche.

La vérité, c’est que Bocuse n’avait pas attendu le Panthéon pour être un monument. À Collonges-au-Mont-d’Or, 45 000 fidèles font chaque année leur pèlerinage gourmand. L’Auberge du Pont de Collonges est le temple de la grande cuisine française, un sanctuaire sensoriel où l’on célèbre le culte du plus grand chef de l’histoire. De son vivant, celui-ci faisait sa tournée des tables, en toque immaculée et liseré bleu-blanc-rouge, distribuant bons mots et photos souvenirs comme un chef d’État en visite officielle.

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Le fétichisme était tel que les maîtres d’hôtel étaient armés d’appareils photo : chaque convive repartait avec un tirage couleur, autographe du boss en prime. Sa notoriété ? Planétaire et cocardière. Le président allemand Walter Scheel a décrit un jour Lyon comme “la ville à côté de Bocuse”. Un cuisinier sénégalais lui avait écrit pour lui signaler qu’il avait ouvert un restaurant à son nom dans la brousse (“votre nom nous apporte beaucoup de clients”) et Bocuse de lui envoyer des cadeaux chaque année.

Monna Lisa, tour Eiffel et statue de la Liberté réunies en un seul tablier : Bocuse était déjà un patrimoine universel, une pinacothèque du goût, les beaux-arts de la cuisine tricolore. Panthéonisé ou pas, il avait d’ailleurs su mettre tout le monde à l’aise avec l’histoire de France bien avant cette proposition. À l’Élysée, face à Valéry Giscard d’Estaing ne sachant pas par quel bout attaquer sa soupe aux truffes, il avait lancé : “Cassez la croûte, monsieur le président !”

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