Grégory Doucet ce vendredi 27 mars 2026 lors du conseil municipal d’installation. (©OLIVIER CHASSIGNOLE/ AFP)

Grégory Doucet : "À Lyon, le bien-être est ma seule boussole"

En marge du sommet One Health Summit, le maire de Lyon Grégory Doucet a accordé un entretien exclusif à Lyon Capitale afin d’y évoquer sa vision et ses ambitions en matière de santé globale, après avoir lancé un appel à une alliance entre les villes du monde. 

Lyon Capitale : C'est une fierté pour vous d'accueillir le sommet international One Health Summit ?

Grégory Doucet : C'est exactement ça. Lyon inspire le monde avec l'accueil de ce sommet. En 2022, avec les expériences de gestion de la pandémie de Covid-19, nous avons lancé avec 25 villes l'appel "Healthy Cities Healthy Citizens" aux dirigeants du monde afin de mieux reconnaître, mieux intégrer, le travail des villes dans les politiques publiques de santé parce qu’elles sont idéalement placées pour agir et constater l'imbrication qu'il y a entre la santé humaine, animale et environnementale. Un projet européen est né de cette initiative, dont Lyon était le leader. Neuf villes européennes s’étaient engagées à partager leurs expériences afin de démontrer que l’approche "une seule santé" peut se développer dans tout type de politiques publiques. Accueillir ce sommet à Lyon est donc une reconnaissance de la cohérence de cet engagement.

Le président Emmanuel Macron a parlé d'un "sommet d'actions", qu’attendez-vous concrètement ?

L'action d'un maire est d'abord locale, mais les organisations internationales engagées en matière de santé savent qu’une action isolée, sans mise en relation avec d'autres acteurs, sans recherche de cohérence entre les différents échelons du territoire, ne peut pas porter ses fruits de façon pertinente. C’est en ce sens que je porte ce plaidoyer pour la création d'une alliance entre les villes engagées dans l'approche "une seule santé" afin de fédérer des villes, pas seulement au niveau local ou national, mais au niveau international, pour qu'elles puissent engager des projets. Et pour cela, nous avons besoin de financements, je pense en priorité à l'échelon européen qui est pour moi le plus pertinent, pour soutenir des actions en faveur de la santé mondiale.

"Accueillir ce sommet à Lyon est une reconnaissance de la cohérence de cet engagement"

Est-ce aussi une façon pour vous d’appeler les différents acteurs à s’implanter davantage à Lyon ?

Assurément. Nous avons la chance d'avoir un écosystème extrêmement riche à Lyon. Mon souhait est que Lyon continue d’être une ville phare de la santé globale et qu’elle soit capable de la déployer dans ses politiques territoriales avec la Métropole de Lyon, la Région Auvergne-Rhône-Alpes et l’État. Nous allons avoir besoin d’acteurs publics et privés pour continuer d'aller dans ce sens-là. Et ils sont déjà nombreux à avoir intégré cette approche dans leur fonctionnement.

Votre vision de la santé globale a-t-elle évolué après six ans passés à la tête de Lyon ?

Nous avons fait la démonstration au cours du mandat précédent que l’on pouvait déployer cette approche dans toutes les politiques publiques. Dans la petite enfance, cela a consisté à faire disparaître des crèches municipales toutes les substances considérées comme des perturbateurs endocriniens ayant des effets sur le développement hormonal des tout-petits ainsi que des substances plastiques, d’instaurer du 100 % bio… Mais nous pourrions aussi parler des mobilités. Transformer l’espace public pour faciliter la marche et l’usage du vélo, c’est d’abord un intérêt de santé. Cela réduit le nombre d'accidents cardio-vasculaires, le risque d'hypertension ou d'obésité. Cela réduit aussi les polluants atmosphériques. À travers des actions très concrètes, nous rendons les environnements favorables à la santé dès le plus jeune âge. Je comprends que certains veulent y voir autre chose, mais la santé est ma première préoccupation. Notre action durant le précédent mandat a permis des gains très importants en matière de santé et je sais que cette capacité à transformer la ville aussi intensément est une source d'inspiration pour le monde.

Durant la campagne, vous avez porté plusieurs propositions telles que la création d’une mutuelle municipale et de 10 maisons de santé. Comment allez-vous les financer ?

Pour ce qui concerne la mutuelle, c’est d’abord une négociation avec un organisme mutualiste qui va nous permettre de la mettre en place. Beaucoup de gens renoncent à s’offrir une mutuelle parce qu'ils n'en ont pas les moyens, et nous savons à quel point cela est essentiel d'en avoir une. Ensuite, je peux déjà vous dire que l’engagement des 10 maisons de santé sera tenu. Permettre aux professionnels de s’implanter dans différents territoires, de combiner plusieurs spécialités dans un même centre, et faire de la prévention est une priorité pour l’exécutif.

"Je crois que la santé des habitants de cette métropole ne peut pas être sacrifiée à l'aune de petits jeux d'appareils partisans"

La santé globale, c’est aussi l'aménagement urbain. Vous avez porté avec Bruno Bernard, l’ancien président de la Métropole de Lyon, le projet Rive Droite du Rhône. Le début des travaux a été arrêté par la nouvelle présidente, Véronique Sarselli. Quels sont vos leviers pour la faire revenir sur sa décision ?

Le sommet One Health Summit donne le ton. Si Lyon veut continuer d'inspirer le monde, elle doit continuer à démontrer sa capacité à se transformer et de maintenir le cap du bien-être physique, mental et social qui est la définition de la santé par l’OMS. Le projet Rive Droite, ce sont des transformations urbaines, un aménagement des mobilités, de nouveaux espaces végétalisés… C’est aussi, et d’abord, un projet de santé des Lyonnais, mais aussi des Grands Lyonnais. Je ne doute pas une seconde de la sincérité de l'engagement de Véronique Sarselli en matière de santé et je pense qu’elle peut, en dehors des considérations partisanes, voir que c’est aussi un projet de santé. Je peux tout à fait entendre qu’elle ait choisi de suspendre les travaux pour des raisons de calendrier politique, mais je crois que la santé des habitants de cette métropole ne peut pas être sacrifiée à l'aune de petits jeux d'appareils partisans. Chacun devra prendre ses responsabilités.

J’imagine que ce sont des arguments que vous lui avez déjà soumis lors de votre première rencontre.

Non. Et pour une raison simple, elle n’avait pas encore eu de présentation du projet par les équipes techniques de la Métropole. Nous avons donc convenu de ne pas aller plus loin dans la discussion afin qu’elle prenne la mesure de l’impact du projet en matière de santé. Je ne doute pas qu’elle soit convaincue de l’importance de mener à bien, et rapidement, ce projet. La santé n'attend pas, bien que l’on m’ait souvent reproché d’aller trop vite, ou trop intensément, dans la transformation de la ville. Je l’assume. Le bien-être est ma seule boussole.

Vous n’avez pas peur d’être dans une impasse avec la Métropole de Lyon ?

Je ne crois pas que la Ville de Lyon sera dans l’impasse. Renoncer à améliorer la santé des habitants mettrait la Métropole de Lyon dans l'impasse. On ne peut pas prétendre défendre l’intérêt général et sacrifier la santé des habitants. Cela n’a pas de sens. Je pense, au contraire, que le sens de l’intérêt général de Véronique Sarselli la conduira à reconsidérer certaines résistances qu’elle peut avoir aujourd’hui.

"Il ne faut pas simplement se donner des ambitions sur le papier, il faut les traduire en acte"

Lors du conseil municipal d’installation, Jean-Michel Aulas a déclaré que les Lyonnais vous avaient placé "sous tutelle." Comment comptez-vous vous adresser à cette grande partie des électeurs qui n’ont pas voté pour vous ?

C’était déjà le cas en 2020. Être maire, ce n’est jamais s’adresser à un seul camp. Les politiques que je porte servent d’abord l’intérêt général, et l’effort d’explications est nécessaire. Il est aussi important de poser des diagnostics clairs. La transformation de la Presqu’île, exemple très concret, contribue à améliorer la qualité de l’air et le cadre de vie, ce dernier étant lui-même favorable aux commerces de proximité. J’essaie de conjuguer tout cela. Je sais que cela a pu être difficile, mais depuis la fin des travaux, les résultats sont là. Ceux qui voudraient les opposer, en considérant que la transformation des mobilités ou que la nature en ville seraient contre-productifs pour les commerces, sont sur un modèle dépassé.

A lire aussi : Emmanuel Macron attendu à Lyon pour un sommet sur la santé et l'environnement

Vous accueillez le président Emmanuel Macron ce mardi, où en sont les discussions avec l’État ?

Mon plaidoyer est bien sûr à destination de l’État français, mais c’est d’abord l’ensemble des États et des organisations mondiales que nous ciblons. Ce qui m’importe avec cette initiative d’alliance, c’est de montrer que ce que nous pouvons faire à Lyon peut servir au reste du monde et inversement. Il ne faut pas simplement se donner des ambitions sur le papier, il faut les traduire en acte. La baisse du budget du Fonds vert a été une très mauvaise nouvelle. Si j’en crois les mots d’Eléonore Caroit (Ministre déléguée chargée des Partenariats internationaux : Ndlr), la France veut se donner la vocation d’être le pays leader en matière de santé globale. J’attends désormais des engagements très concrets.

Lyon appelle les villes du monde à s’unir pour la santé globale
En marge du Sommet One Health, le maire Grégory Doucet a lancé un plaidoyer international pour fédérer les métropoles autour de l’alliance "One Health Cities". L’objectif : donner aux collectivités davantage de moyens financiers et politiques pour agir face aux défis sanitaires et environnementaux. "Investir dans One Health, c’est protéger les plus fragiles", a-t-il insisté, appelant à faire des villes des laboratoires d’innovation au service de la santé globale.

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