Des troupes Russes à Armyansk, en Crimée, ce vendredi 25 février. (Photo de STRINGER / AFP)

"Des missiles tombaient du ciel" : à Kharkiv en Ukraine, un Lyonnais raconte l'invasion russe

L'Ukraine a été frappée par une offensive russe, dans la nuit du 23 au 24 février. Kostiantyn Achkasov, un Lyonnais reparti en Ukraine depuis quelques jours pour récupérer sa mère hospitalisée à Kharkiv, où les bombardements ont fait rage, s'est réfugié avec ses proches dans la maison de son demi-frère. Dans l'attente de pouvoir revenir à Lyon, il nous fait le récit d'une nuit où le destin de son pays natal a basculé.

À Kharkiv, deuxième ville la plus peuplée d'Ukraine, le fracas des bombes russes a retenti dès l'aube. Ce jeudi 24 février, Kostiantyn Achkasov, porte-parole de l'association Lyon Ukraine, s'est réveillé avec la peur au ventre. "Là, on a senti que quelque chose se passait, puis soudainement tout est redevenu calme", raconte ce Lyonnais de 33 ans à Lyon Capitale. Cette nuit-là, les forces russes ont tiré des missiles vers plusieurs villes ukrainiennes, et notamment à Kharkiv, où réside la famille de Kostiantyn. Il a quitté la France pour son pays natal quelques jours auparavant, dans l'espoir de pouvoir ramener sa mère, hospitalisée dans le nord de la ville, à seulement trente kilomètres de la frontière russe. Il travaille normalement à Lyon comme chef de projet pour une entreprise américaine nommée Applied Materials, chargée de fabriquer des machines servant à la production de puces électroniques et d'écrans.


"On croisait des gens avec des sacs de secours, une grosse panique s'offrait à nos yeux. Il y avait énormément de militaires, des missiles tombaient du ciel ", Kostiantyn Achkasov


Kostia et sa mère sont toujours réfugiés à Kharkiv, la deuxième ville d'Ukraine. (Photo : Kostiantyn Achkasov)

"Ma mère m'a contacté en urgence, car elle devait se rendre à l'hôpital à Kharkiv. En sachant que la situation était déjà très préoccupante, mais que la guerre n'avait pas encore éclaté, je me suis dit "c'est maintenant ou jamais". Je suis donc parti en direction de l'Ukraine pour la récupérer", relate Kostiantyn, que ses proches surnomment "Kostia". "Au final, son état s'est stabilisé mais elle devait rester faire des observations", ajoute-t-il. Cela, c'était avant que, dans la nuit de mercredi à jeudi, Vladimir Poutine, n'apparaisse à la télévision russe à 5 h 30 du matin, heure de Moscou. À cet instant précis, impossible pour Kostia d'imaginer que son pays d'origine s'apprête à basculer dans la peur et l'effroi. Durant cette intervention télévisée, d'un peu moins d'une heure, le maître du Kremlin a annoncé "lancer une opération militaire spéciale visant à démilitariser et dénazifier l'Ukraine." Quelques instants après cette prise de parole, des frappes aériennes ont été aperçues dans tout le pays, à Kharkiv notamment, suivies de l'entrée des forces russes terrestres sur le territoire.


" On nous conseille surtout de rester chez nous, de ne pas prendre la route car beaucoup d'embouteillages se sont formés en direction de l'Ouest. Les gens fuient et les routes sont devenues impraticables", Kostiantyn Achkasov


En cas de bombardements, comme ceux aperçus du côté de Kharkiv jeudi, Kostia et ses proches ont prévu de se réfugier au sous sol via une trappe. ( Photo :Kostiantyn Achkasov)

Juste après les annonces et les bombardements, Kostia entreprend de se rendre au nord la ville où se situe l'hôpital de sa mère. "On croisait des gens avec des sacs de secours, une grosse panique s'offrait à nos yeux. Il y avait énormément de militaires, des missiles tombaient du ciel ", se souvient-il. Au même titre que ses proches, avec qui il réside au sud de Kharkiv le temps de pouvoir regagner la France, Kostia est habité par un sentiment étrange qui le tenaille. L'inquiétude de voir la guerre réellement éclater ne l'a jamais quitté, et pourtant, il refuse de croire que celle-ci a bien pénétré l'endroit où il a grandi. " Tout le monde espérait que ces annonces ne soient que des paroles en l'air. On avait peur bien sûr, mais je continuais de croire qu'il y avait plus de chances que cela ne se produise pas. Et quand on voit où on en est maintenant...".

Exode vers l'Ouest

Réfugié dans la maison de son demi-frère en compagnie de sa famille, le trentenaire titulaire d'un doctorat en physique plasma craint que de nouvelles bombes éclatent. Tout au long de la journée, la trappe menant au sous-sol est restée ouverte dans l'éventualité où il faille se mettre à l'abri rapidement. "Pendant un temps, on a pensé que la Russie allait opter pour la tactique du Blitzkrieg (Guerre éclair). Mais le plan a échoué, car les forces ukrainiennes ripostent". Les minutes défilent, la télé reste allumée en attendant la prochaine intervention du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui s'adresse à la Nation à plusieurs reprises pour faire un point sur l'évolution de la situation. "On nous conseille surtout de rester chez nous, de ne pas prendre la route, car beaucoup d'embouteillages se sont formés en direction de l'Ouest. Les gens fuient et les routes sont devenues impraticables. En plus les véhicules peuvent être dangereux si la situation dégénère. Ils sont explosifs, inflammables. Donc on préfère rester à l'abri" explique-t-il.

1 000 Français enregistrés par l'ambassade

Loin de la vie lyonnaise, Kostia multiplie les appels auprès des autorités françaises pour signaler sa présence sur le sol ukrainien. Au moment où il la contacte, l'ambassade lui fait savoir qu'il y a encore entre "100 et 200 Français" partageant sa situation. Comme annoncé par Emmanuel Macron lors de son allocution de jeudi, à peu près 1 000 français ont été enregistrés par l'ambassade en Ukraine et 60% de ceux qui vivent en Ukraine ont probablement quitté le pays. "Reste à trouver une solution pour les autres", commente Kostia, qui voit la crise entre la Russie et l'Ukraine se renforcer et s'aggraver à toute vitesse.


"C'est la plus grande armée d'Europe, une puissance nucléaire qu'il ne faut pas négliger. Pour moi, la Russie tente de lancer une troisième guerre mondiale, rien de plus. Une fois qu'ils auront pris Kiev, ils tenteront d'installer un nouveau gouvernement", Kostiantyn Achkasov


Pour Kostiantyn Achkasov et ses proches, les prochains jours s'annoncent rudes. "L'Ukraine résistera. Mais pas sans l'aide de la communauté internationale. La Russie, elle, ne se découragera pas non plus. Tant que l'Ouest (l'Occident) reste là sans rien faire, il y a peu de chances de voir la situation s'améliorer ici. Les sanctions économiques c'est bien, mais pour décourager un fou comme Poutine il faudra plus", juge-t-il, avant d'anticiper une prochaine escalade violente. "C'est la plus grande armée d'Europe, une puissance nucléaire qu'il ne faut pas négliger. Pour moi, la Russie tente de lancer une troisième guerre mondiale, rien de plus. Une fois qu'ils auront pris Kiev, ils tenteront d'installer un nouveau gouvernement", glisse-t-il. À l'heure où ces lignes sont écrites, une bataille est en cours à Kiev. Plusieurs missiles russes ont été tirés en direction de la capitale de l'Ukraine.

La base aérienne Chuhuiv, située à l'extérieure de Kharkiv, a été bombardée par les forces russes jeudi 24 février 2022. (Photo by Planet Labs PBC / AFP)

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