Une rivalité exacerbée lors des derbys entre les deux clubs © MAXPPP
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Derby : Saint-Étienne vs Lyon, cinquante nuances de conflits

Les hommes passent, la tension reste. Le 21 janvier 2022, à 21h, aura lieu le 124e derby. Qu’elle soit réelle ou fantasmée, cette mésentente dépasse pourtant le simple terrain de football. Lyon Capitale vous raconte les enjeux de la rivalité légendaire opposant les Lyonnais et les Stéphanois.

Attention, sujet sensible ! Que vous soyez d’une ville ou de l’autre, impossible de passer à côté de cette tension douce qui traverse les générations et les secteurs d’activité : la rivalité entre Saint-Étienne et Lyon. Quels sont les termes ? La Loire et le Rhône. Le Chaudron et le Parc OL. Le parler gaga et les gones. Les râpées et les bugnes. Les rubans et la soie. Voilà pour les faits. Lyon la bourgeoise et Saint-Étienne l’ouvrière. Voilà pour le mythe et l’imaginaire, car la réalité est bien plus complexe qu’une simple opposition. Les deux villes avancent aussi en complémentarité.

Le football, catalyseur des tensions

Aujourd’hui, la rivalité existe d’abord sur la pelouse. “Ce duel sportif remonte aux années 30. Quand l’OL n’existait pas, c’était encore le Lyon Olympique de Villeurbanne, explique Pascal Charroin, maître de conférences Staps à l’université de Saint-Étienne, dès le début, en 1936, il y a eu des violences : les dirigeants lyonnais sont partis avec la caisse sans partager avec l’ASSE, l’arbitre a été molesté et ça s’était globalement très mal passé”, explique le chercheur. Des échauffourées et la construction d’un mythe. Roland Colonge, historien de l’OL, décrit : “Dans les années 1950, Saint-Étienne gagne souvent contre le jeune OL, et jusqu’à la fin des années 80.”

"Dès le début, en 1936, il y a eu des violences : les dirigeants lyonnais sont partis avec la caisse sans partager avec l’ASSE"

C’est la fameuse épopée des Verts, qui remportent huit titres de champions de France en treize saisons et une place en finale de la Ligue des champions, en 1976. La revanche “du petit sur le grand” à rebours de l’Histoire. C’est l’époque où Saint-Étienne commence à perdre des habitants, subissant de plein fouet la vague de désindustrialisation, là où Lyon résiste mieux. La ville joue donc son orgueil dans le stade… et gagne. À tel point que Roger Rocher, alors président de l’ASSE, réactualise la fameuse formule : “En football, Saint-Étienne sera toujours la capitale et Lyon sa banlieue.” Aujourd’hui encore, le palmarès de Saint-Étienne dépasse celui de Lyon, avec 10 championnats de France contre 7 pour l’OL. Ce dernier s’est bien rattrapé depuis puisqu’il mène au nombre de victoires contre son rival sur les 123 rencontres officielles. Résultats : 148 buts des Verts et 157 buts de l’OL. Difficile de départager clairement les deux clubs sur ce terrain.

Le danger du “derbysme”

Néanmoins, au-delà de la lutte sportive, la compétition tourne aussi parfois au vinaigre quand les antagonismes sont trop forts. “Je ne gare plus ma voiture dans le centre-ville de Lyon les soirs de match sinon elle se fait rayer à cause de son immatriculation”, signale Jérémie, attablé aux Poteaux Carrés, place Jean-Jaurès à Saint-Étienne. À Lyon, on se rappelle cette soirée de février 2020 où des accrochages violents ont eu lieu à Cordeliers après une descente de supporteurs interdits de match. Plusieurs finirent à l’hôpital. Conséquence, depuis 2013, les supporteurs des deux équipes ne sont pas toujours autorisés à se déplacer lors des derbys. À la préfecture, les services sont sur leurs gardes : “Ce sont toujours des soirées compliquées pour nous.” Il est loin le temps où les supporteurs se chambraient tout en partageant la même tribune.

Le derbysme, c’est comme le racisme, ou l’homophobie, ça devrait être un délit et non une qualité.

Roland Colonge, aussi supporteur de l’OL depuis 1960, s’énerve : “Les ultras me révulsent, ça devient n’importe quoi, c’était plus sympa avant.” Pascal Charroin enfonce le clou : “Le derbysme, c’est comme le racisme, ou l’homophobie, ça devrait être un délit et non une qualité.” L’universitaire est sans appel : “Le football, entre les deux villes, cristallise les rivalités identitaires, politiques et économiques. Je ne crois pas à son rôle pacificateur. Il n’y a d’ailleurs rien de plus ennuyeux qu’un match amical.” Des progrès ont tout de même eu lieu à côté du sport. Thierry Gardon, le président du tribunal de commerce de Lyon qui a ses attaches familiales près de Saint-Étienne, précise : “Il y a quelques décennies, ne pas avoir d’origines lyonnaises aurait – peut-être – été un handicap, aujourd’hui, ça n’a plus de conséquence. J’imagine que Jean-Michel Aulas n’aurait pas de défiance à traiter avec moi malgré mes origines.

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