Photo d’un incendie dans le Var lors de l’été 2021, sur lequel les pompiers du Rhône avaient été déployés en renfort. (Photo SDMIS)

Dans le Rhône, le risque de feux de forêt croît sous l’effet du réchauffement climatique

Sous l’effet du dérèglement climatique, qui accentue la canicule dans le Rhône, le département est désormais "très concerné par les feux de forêt". Le risque pourrait s’accentuer dans les années à venir en raison de la présence de nombreux pins résineux sur le territoire. Lieutenant-colonel des pompiers du Rhône, François Drobacheff livre son analyse sur le sujet à Lyon Capitale. 

Lundi 20 juin, 2 hectares de forêt sont partis en fumée à Cublize dans le Rhône. Une enquête permettra de déterminer les causes de cet incendie survenu alors que l’état de sécheresse est très avancé dans le département, notamment en raison de la sévère canicule qui frappe le Rhône depuis plusieurs jours. Ailleurs dans le département, à Arnas, Brignais, Chabanière, Chassieu, ou encore Mions et Toussieu les flammes ont détruit de la végétation et des récoltes en ce début de semaine. 

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Compte tenu de la vague de chaleur qui frappe le département, le risque d’incendie est actuellement très élevé dans le Rhône. Pour le moment les feux de forêt qui touchent le département sont loin d’être aussi violents que ceux auxquels sont confrontés chaque été nos voisins du sud, mais cela pourrait être amené dans les prochaines années. En 20 ans la situation a déjà beaucoup changé dans le département estime le lieutenant-colonel des pompiers du Rhône, François Drobacheff. "Dans le sud du département, vers Condrieu, Ampuis et même dans le sud de la Métropole on a presque le climat de la Drôme maintenant", relève ce spécialiste des feux de forêt. 

Une évolution qui pourrait, dans les années à venir, avoir de lourdes conséquences dans notre département où de nombreuses forêts sont peuplées de Douglas, des pins résineux très inflammables lorsqu’ils sèchent.

Conseiller technique feux de foret depuis 12 ans, François Drobacheff livre son analyse à Lyon Capitale sur le sujet.

Lyon Capitale. Est-ce qu’aujourd’hui on peut dire que le département du Rhône devient un terrain propice aux feux de forêt ? 

François Drobacheff. Oui tout à fait. Notre département est très concerné avec des épisodes de chaleur qui sont plus intenses que sur le rivage méditerranéen, du fait de notre situation géographique plus continentale. Je suis conseiller technique feux de foret depuis 12 ans dans le Rhône et nous voyons une évolution liée au réchauffement/dérèglement climatique. Les étés ne sont plus ceux d’il y a 15 ou 20 ans. Quand je suis arrivé en 1995, et même dans les années 2000, faire venir des canadairs dans le département du Rhône cela relevait de la science-fiction. Maintenant les bombardiers d’eau interviennent une à deux fois par an. Il y a quelques années ils étaient intervenus sur un incendie de 80 hectares à Beaujeu et plus récemment dans le massif du Pilat, à la limite entre le Rhône et la Loire. 


"Quand je suis arrivé en 1995, et même dans les années 2000, faire venir des canadairs dans le département du Rhône cela relevait de la science-fiction"


On a en tête les images des immenses feux de forêt du sud de la France…

Les vrais feux de forêt que connaît le Midi sont encore limités dans le Rhône, car jusqu’à présent nous n’avions pas d’épisodes aussi venteux et sec que dans le Var, mais cela se développe. Dès qu’il y a du vent, du nord ou du sud, l’effet de propagation est plus important. Dans le sud du département, vers Condrieu, Ampuis et même dans le sud de la Métropole le climat est presque celui de la Drôme maintenant, avec des vents forts comme à Montélimar ou Valence.

Ce que l’on a beaucoup ce mois-ci ce sont des feux de chaume, car les moissons ont quinze jours d’avance dans le sud du département et les sols sont très secs. Lorsqu’une moissonneuse batteuse tape sur des cailloux cela produit des étincelles ce qui peut provoquer des feux de chaume. 

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À quel moment le risque est le plus élevé ? 

En matière de lutte contre les feux de forêt, nous commençons à nous inquiéter lorsque la règle des 3/30 est atteinte. Moins de 30% d’humidité dans l’air, plus de 30 km/h de vent et plus de 30 degrés à l’ombre. C’est ce que l’on avait samedi [le 18 juin, NDLR] dans le Rhône, avec des rafales à plus de 50 km/h, un taux d’humidité de 15% et 38°c à l’ombre. Ce week-end [le 18 et le 19 juin, NDLR] nous sommes intervenus pour six feux de chaume, 60 hectares ont brûlé. C’est beaucoup pour cette période de l’année, nous sommes en avance d’un mois on va dire. 

Dans le Rhône, 1 200 pompiers sont formés aux feux de forêt. (Photo SDMIS)

Vous surveillez des zones en particulier près de Lyon ? 

Comme c’est un réchauffement global, des zones qui n’étaient pas concernées par les feux de forêt commencent à le devenir. On peut très bien avoir des feux dans les Monts du Lyonnais, autour du Mont Verdun… Quand on a des épisodes de canicule intenses, alliés à un taux d’idiométrie très faible avec beaucoup de vent en provenance du sud, même la vigne, qui est normalement pyroresistante et serre de barrière coupe-feu naturelle, s’assèche et peut brûler. 


"Nous avons énormément de forets de Douglas sur le Rhône vert et à moyen terme c’est quelque chose que nous regardons parce que nous ne sommes pas à l’abri de feux dans ces zones-là"


À moyen terme ce qui est inquiétant dans le Rhône c’est que nous avons des centaines, des milliers d’hectares de forêt de Douglas [une variété de sapin, NDLR], des résineux potentiellement plus inflammables que les autres arbres. Avec la résine c’est comme si vous allumiez une torche. Situés en altitude ils se trouvaient jusqu’à présent dans des forêts humides, mais elles le sont de moins en moins, on peut avoir des 30 degrés à Monsol par exemple. Nous n’avons pas de pins parasols ou des pins comme dans le Var mais nous avons du Douglas avec des villages au milieu.

 

Les pompiers du Rhône disposent de 30 camions feux de foret répartis dans 30 casernes différentes auxquels s’ajoutent 23 camions citernes. (Photo SDMIS)

Les services des pompiers du Rhône ont-ils été adaptés pour répondre à ces évolutions climatiques ? 

Nous avons commencé à vraiment nous former dans le Rhône en 2001, donc cela fait plus de 20 ans. Sur les 6 000 pompiers du département, 1 200 sont formés aux feux de forêt. Nous avons 30 camions feux de forêt répartis dans 30 casernes différentes auxquels s’ajoutent 23 camions-citernes.


"Si ça brûle de partout avec la sécheresse, il faudra partager les moyens avec les autres territoires"


Quand il y a de gros feux des canadairs peuvent aussi être déployés en 40 minutes dans le Rhône, s’ils sont déroutés de l’Ardèche ou de la Drôme. Il y a 7 ans nous avons créé une zone d’écopage sur la Saône, vers Dracé au nord de Belleville-sur-Saône. Elle permet aux canadairs de remplir leurs citernes sur la Saône. À deux ou quatre et ils peuvent faire 10 largages consécutifs chacun, ça permet d’écraser le feu, et nous on poursuit le travail au sol. 

Vous attendez-vous à des feux importants dans le Rhône cet été ? 

C’est toujours difficile à calibrer, mais si l’été continue sur cette lancée on va intervenir sur des feux, c’est certain. Avec 1 200 pompiers formés on est taillé pour, mais ce qui peut être compliqué c’est si ça brûle de partout avec la sécheresse, il faudra partager les moyens avec les autres territoires. 

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