Connue aussi sous le nom de phobie sociale, l’anxiété sociale est un trouble véritablement invalidant. À quel âge apparaît-il, et pourquoi ? Comment le reconnaître ? Quelle attitude adopter face à l’enfant qui en souffre ?
Si l’anxiété sociale peut se manifester dès l’âge de 6 ans, elle survient généralement au début de l’adolescence, période durant laquelle le milieu scolaire devient de plus en plus exigeant et impose parfois une grande pression. Petit à petit, le jeune se trouve empêché dans ses activités quotidiennes, que ce soit à l’école ou dans le cadre de ses loisirs, avec des répercussions préjudiciables sur son épanouissement personnel.
Une peur disproportionnée
“L’anxiété sociale est un trouble anxieux lié à la peur intense et disproportionnée de se retrouver dans une situation sociale, quelle qu’elle soit. L’enfant craint d’être observé, jugé, moqué, il pense en permanence à comment les autres le considèrent et l’évaluent. Il redoute de ne pas être à la hauteur et éprouve un sentiment de honte”, explique Nathalie Anton, psychologue, enseignante et autrice des livres 50 clés pour aider un ado stressé (éditions Eyrolles) et Adologie (éditions Hatier). Il faut bien distinguer la phobie sociale de la timidité. L’enfant timide n’est pas envahi de pensées négatives sur l’image qu’il renvoie. Il a juste besoin d’un temps d’observation avant de se lancer. De même que l’enfant introverti qui n’a pas de craintes particulières vis-à-vis d’autrui, mais qui aime naturellement être seul. L’anxiété sociale s’accompagne de toutes sortes de somatisations : maux de ventre et de tête, tremblements, transpiration, rougissements, palpitations… “Toutes ces réponses de l’organisme face au stress sont dérangeantes pour l’enfant, qui se met à avoir peur d’être vu en train de rougir, de trembler… ce qui contribue à alimenter davantage son stress.” Une peur en entraînant une autre, un véritable cercle vicieux s’installe, duquel l’enfant aura du mal à s’extirper sans aide extérieure.
La tentation de l’évitement
Toutes les situations dans lesquelles l’enfant anxieux se sent exposé vont être problématiques, et sa forte inhibition va l’amener à vouloir les éviter. Il redoute les anniversaires, les soirées, tous ces événements durant lesquels il va être amené à lier connaissance. Le simple fait d’engager une discussion, même à deux, peut suffire à le mettre en panique. Exprimer son point de vue ou ses besoins est souvent au-dessus de ses forces. Résultat : l’enfant est généralement très silencieux en classe, n’osant pas demander de l’aide, encore moins s’affirmer lors d’un travail de groupe. “Toute tâche que l’enfant doit accomplir devant les autres lui semble insurmontable : réciter une poésie, présenter un exposé, lire à voix haute, participer en classe, échanger en tête à tête avec son professeur… Il a même l’impression d’être observé dans ses habitudes quotidiennes et se sent ridicule quand il marche, se déplace pour aller aux toilettes, mange à la cantine, se change dans les vestiaires… Il peut ne plus vouloir aller en classe de peur qu’on lui parle, qu’on lui demande comment il va et qu’il réponde à côté. Il a le sentiment permanent d’être en échec”, souligne la psychologue.
Des causes multiples
L’hérédité joue un rôle dans la transmission de l’anxiété sociale. Ainsi, un enfant dont le parent en souffre a plus de risques que les autres de développer ce trouble. “Le contexte familial est important, ajoute Nathalie Anton. Un enfant qui subit des violences, des critiques permanentes peut développer une phobie sociale car il intériorise ces humiliations et se met à douter de sa valeur. Un enfant surprotégé aura du mal à développer correctement ses habiletés sociales et à aller vers les autres. Également, dans une famille où l’on attache beaucoup d’importance à la réputation et au jugement d’autrui, l’enfant sera plus enclin à développer ce trouble anxieux.” “Quand je suis entré au collège, mes parents se sont mis à me mettre la pression par rapport aux notes. Ils ont toujours été attachés à ce que l’on pouvait penser de nous, ils voulaient que l’on fasse bonne impression. Du coup j’avais le sentiment de ne jamais être à la hauteur et que l’on me jugeait mal tout le temps. Un jour, la professeure de maths m’a interrogé au tableau, et je suis tombé dans les pommes. On m’a fait des examens médicaux, évidemment il n’y avait rien, j’étais juste tétanisé à l’idée de me tromper. Mes parents n’ont jamais compris ça et c’est la directrice du collège qui m’a gentiment parlé et qui a essayé de me tranquilliser. Venant de sa part, cela m’a beaucoup aidé”, se souvient Jacques, 52 ans. En effet, l’école et les activités extrascolaires peuvent aussi déclencher des phobies sociales, car l’enfant est en situation d’être évalué et comparé, il peut se sentir dévalorisé et se mettre à redouter plus que tout le regard d’autrui. Ce qui ne manquera pas de se produire s’il est la cible de moqueries répétées, de discriminations ou encore de harcèlement.
Être à l’écoute
Il n’est pas toujours facile de repérer un enfant qui souffre d’anxiété sociale car il n’ose pas exprimer sa détresse. “Ces enfants-là passent généralement sous les radars. En classe, ils ne se font pas remarquer. Pendant les récréations, ils restent dans leur coin, vont se réfugier au CDI, aux toilettes…”, prévient la psychologue. En amont, il est important de renforcer l’estime de soi de son enfant en lui donnant de petites responsabilités, en soulignant ses forces et ses victoires. Si l’enfant exprime sa crainte vis-à-vis des autres, il ne faut pas banaliser, ni le stigmatiser, mais prendre du temps pour l’écouter et le rassurer. “Notre fille a commencé à être plus discrète voire renfermée à son entrée au collège, rapporte Marielle, mère de Valentine. Ses professeurs se plaignaient de son manque de participation, et avec son père, on se fâchait un peu en lui disant qu’il fallait qu’elle prenne la parole. Jusqu’au jour où elle a fondu en larmes en nous disant que c’était au-dessus de ses forces, qu’elle craignait de se tromper, de bégayer et de rougir devant toute la classe. On lui a proposé de se faire aider par un professeur de théâtre. Quelques séances ont suffi. Il l’a rassurée, lui a donné des techniques de gestion du stress, il lui a appris à bien poser sa voix, à se faire entendre… Cela a été très bénéfique, et on l’a même ressenti lors des discussions en famille, où elle s’exprimait beaucoup plus volontiers.”
Ne pas céder à l’évitement
L’enfant anxieux peut être très fort pour mettre au point des stratégies d’évitement. Cependant, le parent doit être vigilant et ne pas céder car cela l’empêche de développer ses capacités relationnelles, avec le risque qu’il se replie de plus en plus sur lui. “Le parent doit donner à son enfant des ressources pour lui permettre d’affronter progressivement sa peur, conseille Nathalie Anton. Il peut dans un premier temps lui demander de s’exposer en pensée à la situation qu’il redoute, en lui disant par exemple : ‘Imaginons que tu doives demander de l’aide en classe, comment pourrais-tu faire ?’ afin d’élaborer des stratégies à mettre en place. On essaie de fractionner les différentes peurs de l’enfant et de trouver des réponses avec lui. L’enfant redoute d’aller à une fête d’anniversaire car il ne veut pas se confronter aux autres et qu’il ne saura pas vers qui se tourner s’il se sent mal ? On peut lui proposer de le déposer un peu plus tôt, avant l’arrivée des autres invités, et de venir le chercher un peu avant la fin. On peut aussi prévenir un parent sur place ou lui dire qu’il peut nous téléphoner, au cas où ce soit trop compliqué pour lui.”
Apprendre à gérer ses émotions
Le parent aidera aussi son enfant à réguler ses émotions désagréables. Il peut lui apprendre de petits exercices de méditation de pleine conscience et de respiration, comme la cohérence cardiaque ou la respiration en carré. L’enfant apprend dans un premier temps à pratiquer ces exercices dans le calme, pour les refaire ensuite en situation. Quand l’émotion forte se manifeste, on peut conseiller à son enfant de focaliser son attention sur ce qu’il voit et les bruits autour de lui, et afin d’évacuer les pensées négatives et ne pas entrer dans une spirale de dévalorisation. “Il faut bien se dire qu’un enfant qui souffre d’anxiété sociale risque d’avoir du mal à s’en sortir tout seul. Avec le risque que la phobie sociale envahisse toutes les sphères de la vie du jeune, et qu’elle l’entraîne dans une dépression. Le parent ne doit en aucun cas banaliser cette situation et tout faire pour accompagner son enfant, quitte à recourir à l’aide d’un thérapeute”, conclut Nathalie Anton.