Spill 1, 2026, linogravure, 120×160 cm, vélin d’Arches © URDLA éditeur & imprimeur

Exposition à l'URDLA : L’or noir et monochrome de Frédéric Cordier

L’URDLA expose les paysages urbains et industriels de Frédéric Cordier, des œuvres gravées sur linoléum qui jouent d’effets d’optique fascinants. À ne pas rater !

Centre d’art atypique, dédié à l’estampe contemporaine, l’URDLA à Villeurbanne regroupe des ateliers d’impression (lithographie, taille douce, taille d’épargne, typographie), une galerie d’exposition, une maison d’édition et accueille régulièrement des artistes en résidence qui viennent pratiquer l’estampe originale. 

Depuis 2017, il accompagne l’artiste graveur Frédéric Cordier, imprimant une ou deux œuvres par an et propose avec Drill Baby ! une rétrospective composée de vingt linogravures, dix en noir et blanc, déclinées chacune en couleur dans des tirages en grand format (120 cm x 160 cm). 

Canado-suisse né à Montréal en 1985, diplômé d’un master à l’Écal, l’université d’art et design de Lausanne en Suisse, Cordier s’intéresse à l’architecture industrielle et aux réseaux urbains traitant d’abord ces sujets via le dessin et le stylo Rotring pour ensuite se former, à l’URDLA, à la linographie (gravure sur linoléum). 

Ses œuvres sont inspirées de photographies d’observation de paysages urbains et de sites industriels monumentaux – autoroutes, plateformes pétrolières, mégapoles saturées de lumière et de pollution, de voitures ou d’usines gigantesques – principalement ceux d’Amérique du Nord (Canada, États-Unis) explorant leur transformation due à l’activité humaine et leur impact sur le vivant.

Des paysages architecturaux à la fois réels et improbables

L’artiste revendique un art non pas militant mais qui témoigne et interpelle au travers d’une approche esthétique surprenante – car le laid ici devient beau – travaillant l’espace, la nature et les édifices avec des formes graphiques qui jouent sur des lignes, des pointillés, des tirets comme sur le contraste entre le plein et le vide, le noir et le blanc, les rythmes, les sinuosités, le souci du détail et la répétition des motifs à outrance tandis que les couleurs, vert, bleu, orange reflètent celles utilisées dans l’industrie. 

Spill 2, 2026, linogravure, 120x160 cm, vélin d’Arches © URDLA éditeur & imprimeur

Le tout est réalisé avec une pratique multiple : il compose d’abord son dessin sur ordinateur (en vectoriel) qu’il grave ensuite manuellement sur du linoléum, évidant les parties qui apparaîtront en blanc sur l’impression finale, allant jusqu’à inventer des outils pour y parvenir. 

La gravure est par la suite imprimée sur une presse Voirin à l’URDLA construite à la fin du XIXe siècle, révélant ainsi des œuvres qui font écho à a mécanisation du monde tout en étant ancrées dans la tradition ancienne de la taille d’épargne. 

Swim 2, 2022, linogravure, 120x160 cm, vélin d’Arches © URDLA éditeur & imprimeur

Et les images proposées sont fascinantes car par ce travail sur les formes et les effets d’optique qui laissent apparaître aussi les volumes et les mouvements de l’eau (impressionnants dans l’œuvre Spill 1), elles déstabilisent le visiteur qui reçoit de plein fouet la réalité d’un capitalisme destructeur tout en étant embarqué dans des paysages architecturaux improbables qui relèvent autant du dessin chimérique que de jeux de construction propres à l’univers de l’enfance.

Drill Baby ! - Frédéric Cordier – Jusqu’au 4 juillet à l’URDLA (Villeurbanne, métro Flachet) –  urdla.com

À noter qu’en résonance à l’URDLA, le musée Jenisch-Vevey en Suisse accueille également les gravures de Frédéric Cordier avec Mécanique du paysage jusqu’au 16 août.

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