Le concepteur de processeurs de Montbonnot-Saint-Martin, en Isère, a publié un semestre en forte hausse. Son action a aussitôt décroché. Pour comprendre ce paradoxe, il faut regarder ce que les marchés espéraient, et ce que l'entreprise construit vraiment.
La douche froide. Le 16 juillet au soir, l'entreprise iséroise annonçait une bonne nouvelle, un chiffre d'affaires semestriel de 8,5 millions d'euros en hausse de 58%. Pourtant le titre dévisse. 7,10 euros lundi 20 juillet à la mi-journée, 15% de moins qu'avant la publication.
Le paradoxe n'en est pas un. Une partie des acheteurs ne misait pas sur les comptes, mais sur un rachat. L'espagnol Openchip, partenaire de Kalray depuis mai 2025, dispose jusqu'au 31 juillet d'une option pour monter à 51% du capital. Le 16 juillet, la réponse est tombée entre les lignes : Openchip prendra environ 15%, pas davantage, et les deux entreprises resteront indépendantes. L'espoir d'une prime de rachat s'est dégonflé, sur un titre qui avait déjà perdu près de la moitié de sa valeur depuis son sommet. La croissance affichée, calculée sur un périmètre réduit, retombe d'ailleurs à 13% face aux comptes publiés l'an dernier.
Kalray se présente comme le seul européen sur les processeurs, face aux américains Nvidia et Marvell.
Vendre les plans plutôt que les puces
Reste l'essentiel : ce que Kalray est en train de devenir. Au printemps 2025, l'entreprise, née en 2008 dans le giron du CEA, frôlait la panne sèche, avec quelques semaines de trésorerie devant elle. Elle a alors tout changé. La branche qui commercialisait des solutions de stockage et pesait l'essentiel de ses revenus a été vendue pour conserver un seul savoir-faire : dessiner des architectures de processeurs, puis en louer les plans à ceux qui fabriquent. Le modèle est celui du britannique Arm, dont les schémas équipent la quasi-totalité des téléphones du monde.
Concevoir coûte moins cher que produire. Grâce à ce nouveau modèle, la marge de Kalray s'est envolée, passant de 51% à 93%. Ainsi, en 2025, l'activité courante de l'entreprise est devenue rentable pour la première fois. Si le bilan affiche encore une perte finale de 4,5 millions d'euros, c'est principalement pour solder le passé, entre le remboursement des anciennes dettes et les coûts liés à sa restructuration.
Toucher un loyer sur chaque puce vendue
Le nouveau modèle ne vise pas la multitude. « Ce que nous recherchons, ce sont de gros contrats stratégiques », expliquait Éric Baissus, président du directoire. Openchip fut le premier, avec 14 millions d'euros de licences et de prestations. Un deuxième client, un géant des infrastructures d'intelligence artificielle dont le nom reste secret, vient de signer : plus de 10 millions d'euros sur dix-huit mois, auxquels s'ajouteront des royalties sur chaque puce produite.
C'est là que loge l'espoir de long terme. Ces redevances tomberaient chaque année, sans effort commercial, une fois les usines lancées. Les comptes complets du semestre tomberont le 17 septembre. Les royalties, elles, n'arriveront que lorsque les puces des clients entreront en production. C'est lent pour la Bourse. C'est rapide pour une entreprise qui, il y a quinze mois, comptait ses semaines.
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