Après Humus, Gaspard Kœnig poursuit son exploration romanesque des quatre éléments avec Aqua. Après la terre, l’eau. Humus était une réussite, Aqua l’est tout autant, sinon plus.
Il faut dire que l’on y retrouve les mêmes ingrédients, mélangés avec talent. Gaspard Kœnig part d’un thème écologique, ici l’eau (on attend impatiemment les romans qui devraient suivre sur l’air et le feu), qu’il met en scène dans la réalité quotidienne d’un village rural, à l’heure de bouleversements climatiques, bien réels mais aussi parfois exagérés voire fantasmés.
Nous sommes donc dans un petit bourg agricole normand dont les ressources en eau sont menacées.
Martin Jobard, enfant du pays devenu haut fonctionnaire à Paris, revenu pour briguer la mairie de la commune et moderniser le réseau d’eau potable, s’oppose à Maria, la joyeuse et idéaliste tenancière de l’épicerie solidaire, qui a écrit une thèse sur les communs et défend la source traditionnelle.
La lutte s’engage. Chacun défend ses intérêts autant que ses opinions. Gaspard Kœnig donne vie aussi bien à un vieux paysan persuadé que les engrais chimiques sont nécessaires qu’à une naturopathe bouddhiste, un éleveur mélancolique, une préfète amoureuse, un maire philosophe ou une hydrogéologue anticapitaliste. Soit une galerie de personnages plus vrais que nature auxquels on finit par s’attacher.
Gaspard Kœnig est une sorte de Gustave Flaubert d’aujourd’hui capable de faire vivre une petite communauté humaine avec un talent et un humour irrésistibles.
Aqua – Gaspard Kœnig, éditions l’Observatoire, 432 p., 23 €.