Qui dit parentalité dit grandes joies, mais aussi grandes angoisses. Pourquoi est-on aussi stressé pour nos enfants ? En quoi notre anxiété leur est-elle préjudiciable ? Quelles sont les clés pour remettre un peu de sérénité dans notre quotidien de parent ?
Dès la naissance de son enfant, le parent s’inquiète. Est-ce qu’il respire bien ? Mange-t-il suffisamment ? Dort-il correctement ? L’entrée à l’école signe le début de nouvelles interrogations, notamment liées aux devoirs et à la socialisation… À l’adolescence, les sources d’angoisse se multiplient : fréquentations, hygiène de vie, temps d’écran, gestion du travail scolaire, orientation… Et même quand son enfant atteint l’âge adulte, le parent s’inquiète… encore et toujours.
Une inquiétude omniprésente
Élever un enfant n’est pas une mince affaire, et l’enjeu est de taille. Tous les parents souhaitent que leur enfant “pousse droit”, devienne quelqu’un de bien, soit heureux… Ce qui peut engendrer une vraie peur de mal faire, comme l’explique Solveig Foucher dans son livre Pourquoi votre ado vous déteste (parfois) (Mango éditions). “En résonance (…) avec notre propre enfance, notre propre éducation et nos inévitables échecs, la peur est double, car déjà nous savons. Nous savons que la mission est de taille et que la destinée demeure incertaine.” Le contexte actuel d’indécision économique et d’avènement de l’intelligence artificielle amène encore plus d’incertitudes. Pour y pallier et assurer un avenir à son enfant, le parent est dans l’hyper contrôle des moindres détails de son existence. “L’accélération de nos vies met tout le monde en stress”, constate Karine Josse, psychologue pour enfants et adolescents à Lyon. “Les emplois du temps débordent, laissant peu de place aux temps de pause pourtant si précieux. Les parents remplissent les semaines, les week-ends et les vacances de leurs enfants, voulant ce qu’il y a de mieux pour eux. Ils s’inquiètent du choix des langues, des activités extrascolaires, des fréquentations… Cette angoisse parentale peut créer chez l’enfant une anxiété de performance. Soumis à une pression importante renforcée par les exigences scolaires, il risque de s’épuiser pour répondre aux exigences de ses parents et apaiser leur anxiété.” “De par mon histoire personnelle, j’ai toujours eu peur du manque d’argent et du chômage, témoigne Cédric, père de deux enfants de 12 et 14 ans. J’ai bien conscience que cela influe sur la relation que j’ai avec mes enfants et les conseils que je leur donne. Chaque fois qu’ils font une activité, je me dis qu’il faut que ce soit bien pour leur CV. Vu leur âge, on parle déjà orientation, et j’ai du mal à écouter leurs motivations profondes, je veux absolument les aiguiller vers des filières porteuses. Je sens bien que je leur mets trop de pression mais c’est plus fort que moi.”
Un frein à l’autonomie
Mus par leur inquiétude, certains parents aident leur enfant à outrance, voire s’investissent à leur place notamment sur tout ce qui concerne la scolarité : devoirs, orientation, recherche de stage… Avec le risque de l’infantiliser et qu’il se désengage de ses responsabilités. “Un parent anxieux n’est pas assez sécurisant. Son anxiété empiète sur la vie de son enfant, explique Karine Josse. À trop s’immiscer, il dépossède l’enfant de sa capacité à être autonome. Il a du mal à le laisser se débrouiller, veut lui éviter des échecs… Alors qu’au-delà du résultat, c’est l’apprentissage qui est bénéfique pour l’enfant. Certains jeunes peuvent ainsi devenir perfectionnistes dans l’objectif de satisfaire un parent lui-même exigeant. Par peur de se lancer et de rater, ils se mettent à procrastiner.”
Un lien détérioré
L’enfant risque également d’avoir du mal à développer sa confiance en lui, puisque par nature, la confiance en soi s’acquiert en faisant ses expériences. Quand le parent est tout le temps sur son dos voire agit à sa place, il lui envoie le message implicite qu’il n’est pas digne de confiance. Sans compter que cet hyper contrôle risque à terme de détériorer la relation. Le jeune peut en vouloir à ses parents, devenir agressif même se mettre à mentir et faire semblant de répondre aux exigences parentales. A contrario, certains jeunes peuvent entrer dans une forme de passivité. Puisque leur parent s’investit à outrance dans leur vie, à quoi bon se mettre en mouvement ? Par ailleurs, on peut se demander : quelle image renvoie un parent angoissé à son enfant ? Les enfants apprenant par mimétisme, il y a fort à parier que des enfants de parents anxieux le deviendront à leur tour.
Respecter le rythme de l’enfant
“Le parent doit apprendre à calmer ses propres peurs, car elles rejaillissent sur son enfant, conseille la psychologue. Pour cela, il doit accepter de ne pas être dans la même temporalité, le laisser expérimenter, se tromper… L’enfant doit sentir que son parent est suffisamment solide pour qu’il prenne son envol.” Tout l’enjeu est de trouver un juste milieu. Laisser son enfant s’autonomiser en toute sérénité, c’est l’accompagner sans pour autant le responsabiliser à outrance. Connaître les stades de développement de l’enfant est utile pour ne pas s’inquiéter inutilement. Plus encore : tous les enfants n’évoluant pas au même rythme, on peut regarder s’il développe bien les compétences nécessaires pour être en phase avec son entourage et s’il n’est pas décalé par rapport à son environnement.
Le laisser faire ses expériences
Le parent doit apprendre à lâcher prise et accompagner son enfant vers l’autonomie dès le plus jeune âge. Plus l’enfant gagnera en maturité et développera son sens des responsabilités, plus le parent sera rassuré. Un cercle vertueux dont tout le monde sortira vainqueur. “Le parent doit traiter son enfant comme un individu capable, et lui donner des petites missions adaptées à son âge. Toutes les occasions sont bonnes à prendre pour le mettre dans le concret : préparer son sac de piscine ou son goûter, remplir et vider le lave-vaisselle, s’habiller tout seul, participer en cuisine… On l’accompagne, on le laisse faire à son rythme, on considère les erreurs comme une occasion de progresser. Instaurer des rituels est important. Cela permet au parent de tenir le cadre, et à l’enfant de se mettre en mouvement. C’est rassurant pour tout le monde”,illustre Karine Josse.
Apprendre à l’enfant à prendre soin de lui
Si le parent veut se rassurer et moins s’inquiéter pour son enfant, il doit lui apprendre à prendre soin de lui. Ainsi quand viendra le temps des prises de risques – nécessaires à l’émancipation de l’enfant –, celui-ci saura prendre les bonnes décisions. Il aura du discernement et ne se laissera pas influencer. Il fera ses expériences, sans se mettre en danger. “Je suis de nature inquiète, et j’appréhendais l’adolescence de mes enfants, explique Corinne, mère de trois enfants de 16, 18 et 21 ans. Je me suis dit qu’il fallait absolument que j’anticipe sinon je n’allais plus vivre ! Quand ils étaient plus petits et qu’ils avaient un problème, ils venaient souvent me voir. Et même si j’étais tentée de leur donner une solution toute faite, j’essayais de les faire cheminer pour qu’ils apprennent à se débrouiller par eux-mêmes. Plus ils grandissent et plus on aborde avec eux les situations délicates qu’ils peuvent être amenés à rencontrer – drogue, alcool, consentement… – pour qu’ils découvrent leurs valeurs et qu’ils aient la force, le moment voulu, de faire ce qui sera bien pour eux. C’est une manière de leur apprendre à se préserver et à se positionner, c’est primordial pour eux et très rassurant pour moi.”
Pour autant, certains signes peuvent déclencher une inquiétude légitime et attirer l’attention. “Lorsqu’un enfant n’arrive pas du tout à gérer ses émotions, qu’il est envahi par des peurs ou que son autonomie a du mal à s’installer, sa vie risque de devenir bien compliquée. Dans ce cas, il est mieux de se faire aider”, conclut la psychologue.
La gestion de la mort (des risques sur la vie)... pas évident hein ?
Hélas il n'y a pas de cours de philo dans toutes les écoles ni de cours de psycho.