Cet habitant du quartier de Montchat (3e arr.) dénonce les squats et incivilités subis depuis 3 ans. (CM)

Squats, nuisances, saleté… : à Lyon, ces habitants de Montchat n’en peuvent plus

Depuis trois ans, les habitants du quartier de Montchat, dans le 3e arrondissement de Lyon, font face à un climat d’insécurité qui ne cesse de croître. Squats, cambriolages, intimidations, nuisances sonores… Une soixantaine de plaintes a été déposée, mais rien n’a été réglé à ce jour.

L’affaire remonte à 2023, plus précisément lorsque les travaux de prolongement du tramway T6 ont débuté. Les habitants du quartier de Montchat, dans le 3e arrondissement de Lyon, vivaient jusqu'alors une vie relativement paisible. Mais voilà, le 30 mai 2024, les forces de l’ordre évacuent un campement illégal installé route de Genas, à Villeurbanne, sur un terrain appartenant à la Métropole de Lyon, sur lequel se trouvaient 70 personnes. Depuis, les habitants de Montchat l’assurent : "On vit dans la peur permanente".

Plusieurs logements occupés illégalement

Quatre d’entre eux, résidant à l’intersection du Boulevard Pinel et du cours Richard-Vitton, décident de témoigner, malgré la peur des représailles, mais motivés par un ras-le-bol général. "Tous ces problèmes ont commencé lorsque le camp a été évacué avant les travaux", explique une riveraine. "On ne veut pointer personne du doigt, mais il y a des évidences qui ne trompent pas", ajoute-t-elle. Depuis désormais trois ans, les habitants du quartier sont confrontés à des nombreuses nuisances sonores, des agressions physiques et verbales, des menaces… Pire encore, certains ont subi des tentatives d’intrusion dans leur domicile.

Et d’autres n’ont malheureusement pas pu les empêcher. "Lorsque le prolongement du tramway a été accepté, des promoteurs immobiliers sont venus nous voir. Ils avaient des projets de rachat et forcément certaines personnes étaient intéressées. C’est lorsque certains logements se sont retrouvés vides que les intrusions et les squats ont commencé". Sur place, le bâtiment situé au croisement est, en effet, illégalement occupé, "depuis plusieurs mois sans que personne ne fasse rien", déplore encore Julien. Aujourd'hui, ils assurent que les 1er, 3, 91, 93 et 95 Cours Richard Vitton sont illégalement occupés. Alertée de la situation, la Ville de Lyon indique dans une réponse transmise à notre rédaction que "le bien concerné se situe sur un domaine strictement privé" et "appartient à une fratrie en indivision, qui a signé en octobre dernier une promesse de vente avec un promoteur. Celui-ci dispose d’un délai allant jusqu’à fin mars 2026 pour confirmer ou non l’acquisition". De ce fait, "les marges d’intervention directe de la Ville restent limitées", précise toujours la municipalité.

Squat Cours Richard Vitton (3e arr.) (CM)

Plusieurs dizaines de personnes, dont des enfants très jeunes, vivent ainsi dans ces logements délabrés et semblent semer la peur dans le quartier. "Certains enfants filment nos maisons, les ados nous surveillent depuis l’extérieur et d’autres nous intimident, nous mettent la pression. J’ai reçu des œufs sur ma façade", explique, désemparée, une dame qui souhaite garder l’anonymat.

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64 plaintes déposées depuis 3 ans

Les boutiques adjacentes ont également été vandalisées et squattées. Épuisée par la situation et complètement démunie, l’une des commerçantes a fait le choix de baisser son rideau. Mais "rien n’est fait", s’indigne encore Julien. À ce jour, 64 plaintes ont été déposées selon les riverains. "On se sent abandonnés et on a le sentiment que la poussière est mise sous le tapis", ajoute une autre habitante du quartier. Une pétition a par ailleurs été lancée par le propriétaire du restaurant Le Montchatois, situé en face du squat, et a déjà recueilli une centaine de signatures. Toujours selon la Ville de Lyon, le dossier serait bien suivi par un commissaire de justice, après une plainte déposée en 2023, mais "ne dispose pas d’éléments sur l’état d’avancement de la procédure judiciaire". Et d'ajouter : "Récemment, la police nationale est intervenue sur place, afin de procéder à l’identification des occupants".

Saletés dans le 3e arrondissement de Lyon. (CM)

À cela, s’ajoutent également les détritus et la saleté sur la voirie ou les dégradations de véhicules. Plusieurs témoins assurent que des déchets sont parfois restés plusieurs jours sans être ramassés, parmi lesquels se trouvaient des matelas, des détruits de nourriture ou encore des canettes de bière. Sur place, jeudi 22 janvier, les ordures ont toutefois été ramassées par les services de la Métropole de Lyon après le signalement d'un riverain sur la plateforme Toodego.

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Aucune évacuation possible sans jugement d’un huissier

Face à cette situation, les riverains dénoncent la "passivité" des pouvoirs publics tandis qu’ils vivent dans une "pression permanente". Malgré les multiples interventions des forces de l’ordre, "c’est un peu un jeu de ping-pong entre eux. Chacun se renvoie la responsabilité", déplore encore une habitante du quartier. "On nous a dit qu’après 30 plaintes, le sujet devait remonter jusqu’à la préfecture. Il y a 64 plaintes aujourd’hui et c’est silence radio", indique Julien. Il précise par ailleurs que trois courriers ont été envoyés aux services de l’État, restés, eux aussi, sans réponse. Contactée par Lyon Capitale, la préfecture du Rhône se défend et assure n’avoir "pas reçu de signalement pour les squats signalés". Et d’ajouter : "Les squats ne peuvent être évacués que dans le cadre de l'exécution d'un jugement. Si nous ne sommes pas saisis par huissier, le concours de la fonction publique ne peut pas être délivré".

Évoquée lors du partenariat de prévention et de sécurité (PPS) du 3e arrondissement il y a quelques jours, la situation est désormais surveillée de près par la collectivité. La Ville assure en effet que les forces de l'ordre vont "renforcer leur vigilance sur le secteur". De leur côté, les riverains restent mobilisés et tiennent à faire "entendre leur colère". "On ne lâchera rien tant qu’on n'aura pas retrouvé notre quartier", lâche enfin Julien.

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