À l'occasion des 43es championnats du monde de bridge, qui se déroulent à Lyon du 12 au 26 août, Lyon Capitale - partenaire média officiel - a rencontré le Villeurbannais François Combescure et son acolyte parisien Thomas Bessis, membres de l'équipe de France Open et champions d'Europe en titre. Pour eux, la France pourrait bien créer la surprise.
Lyon Capitale : Du 12 au 26 août, à Lyon, le bridge est sur le devant de la scène à l'occasion des championnats du monde. Pour autant, on ne peut pas dire qu'il s'agisse d'un jeu médiatique, à la différence du poker...
François Combescure : Déjà, au poker, la règle est très simple. Tout le monde la connaît aisément, donc le poker passe bien à la télévision. En plus, aujourd'hui, avec le nouveau poker, il y a des rebondissements aux derniers moments. Le poker est donc assez télégénique.
Le poker, tout le monde connaît les règles en cinq minutes. En revanche, pour le bridge, c’est une autre paire de manches...
Thomas Bessis : Au bridge, les règles sont assez simples au final mais pas aussi simples qu'au poker. À la TV, on explique ce qu'est une paire, un full, une quinte flush et le tour est joué. Au bridge, maîtriser les règles peut prendre beaucoup, beaucoup de temps, voire tout une vie.
François Combescure : Aujourd'hui, avec les nouvelles méthodes d'apprentissage, ça peut aller très vite. Sans être un très bon joueur, on peut s'amuser très rapidement.
Thomas Bessis : Je suis d'accord avec François, en cinq ou six leçons d'une heure, on peut commencer à s'amuser et jouer.
"Un joueur professionnel de bridge joue entre 150 et 200 jours par an"
Vous êtes tous les deux des professionnels du bridge, quel entraînement suivez-vous ?
Thomas Bessis : Disons que notre entraînement principal consiste à jouer. Quand on est professionnel de bridge, on joue entre 150 et 200 jours par an. Il y a des compétitions plus ou moins importantes. Celles qui sont un peu moins cotées sont celles où l'on se perfectionne. Après, tout au long de l'année, avec nos partenaires, on s'entraîne sur internet, en se voyant, on parle beaucoup, le dialogue étant primordial au bridge.
François Combescure : Mon entraînement est à peu près identique à celui de Thomas, bien que je joue moins que lui. Il faut bien se mettre en tête, contrairement à ce que les gens peuvent penser, que le bridge est un sport. Il faut arriver physiquement en forme, car il faut tenir deux semaines à un rythme important de jeu.
Sans compter la mémoire. En moyenne un joueur de bridge, lors de ces championnats du monde, doit mémoriser 30 000 carte au cours de l'épreuve...
François Combescure : Le bridge est un jeu de 52 cartes donc il faut à peu près savoir compter jusqu'à treize, car on a 13 cartes en main (rires)...
Thomas Bessis : On ne se rend pas compte de toutes ces cartes mémorisées car, au final, on joue et notre cerveau est habitué à faire cette gymnastique. Après, c'est tout à fait juste ce que dit François : pour ces championnats du monde, on va jouer pendant quinze jours à raison de sept heures par jour. Je peux vous dire que c'est terriblement usant physiquement, mais surtout nerveusement car il faut gérer la tension et le stress.
"Quand on fait un championnat de bridge de deux semaines, on peut perdre en moyenne entre trois et cinq kilos"
La Fédération Mondiale de bridge (WBF) est officiellement reconnue comme une association sportive par le Comité international olympique (CIO) depuis 1999. Pourtant, le bridge n'a toujours pas intégré les Jeux Olympiques. Quels arguments invoqueriez-vous pour qu'il figue un jour au programme des JO ?
François Combescure : Il y a un argument massue, c'est que le bridge est joué dans tous les pays du monde. Plus de 70 millions de personnes y jouent aux quatre coins de la planète. Or, l'idée générale qui préside aux JO, c'est quand même de prendre des sports universels...
Thomas Bessis : Le fait qu'on ait besoin d'une préparation physique, qu'on se batte contre des adversaires, qu'on doive apprendre de nos adversaires pour connaître leurs faiblesses et les utiliser, tout ça fait partie de la définition d'un sport. Après, dans le sens plus physique du terme, c'est peut-être un peu plus discutable. Cela dit, à titre personnel, quand je fais un championnat de bridge de deux semaines, je perds en moyenne entre trois et cinq kilos. On se dépense énormément.
François Combescure : Le bridge de compétition, c'est bien pour maigrir (rires). Plus sérieusement, la tension nerveuse est telle qu'on est toujours en alerte et, automatiquement, on dépense beaucoup d'énergie et beaucoup de calories. Le soir, on est vidé.
Ces prochains quinze jours, on imagine que vous n'allez pas manger des andouillettes ou de gras-double arrosés de beaujolais. Quel est votre régime ?
François Combescure : On fait très attention.
Thomas Bessis : Généralement, on se lève entre 8h30 et 9h car on joue à 11h00. Il faut au moins deux heures pour que le cerveau soit bien irrigué, bien en place pour pouvoir raisonner tout au long de l'après-midi. Quand la partie s’arrête, vers 19h30, on décompresse, on s'autorise parfois un verre de vin mais pas plus et, évidemment, on ne mange ni trop ni trop gras.
François Combescure : Il y a un champion italien qui est venu nous coacher, nous aider, et nous orienter sur quelques phases de notre système, de notre dialogue à deux. Il a entraîné l'équipe de France Open à Paris. Comme c'est un multi-champion du monde, ça a été un gros apport pour nous.
Thomas Bessis : Il est venu à de nombreuses reprises l'année dernière, entre février et juin, avant qu'on participe aux championnats d'Europe. On a sûrement un peu progressé à ses cotés, mais surtout il nous a permis d'arriver souder, en confiance. Ça nous a permis de créer une alchimie, ce qui est très important au bridge. L'esprit d'équipe est l'un des aspects primordiaux quand on participe à une compétition aussi longue. Son coaching nous a permis de remporter le championnat d'Europe l'année dernière.
"Pour ces championnats du monde, nous avons mis en place une stratégie de jeu"
Qui sont les équipes favorites lors de ces 43es championnats du monde de bridge ?
François Combescure : Ce sont plutôt les équipes américaines.
Et la France ?
Thomas Bessis : La France fait partie des favoris au même titre que sept ou huit autres équipes nationales. Les États-Unis ont la chance d'avoir deux équipes, c’est d'ailleurs le seul pays qui a droit à avoir plusieurs équipes, pour des raisons historiques. En tant que champion d'Europe en titre, nous avons notre carte à jouer. Mais il faudra un peu de chance, un peu de réussite et beaucoup de forme physique et mentale.
Avez-vous mis adopter une stratégie ?
Thomas Bessis : Nous n'avons pas forcément de stratégie générale mais une stratégie contre des équipes particulières, contre des paires qu'on connaît bien. Il faudra qu'on joue plus agressif contre certaines équipes, qu'on soit plus calme contre d'autres, avec un jeu plus traditionnel...
François Combescure : Et on sait qu'il y a des paires contre lesquelles on n'a pas de bon feeling, donc on essaiera de ne pas jouer contre elles. Au bridge, c’est très important de connaitre l'adversaire. Quand on le connait bien, on s'adapte. Il y a donc effectivement une sorte de stratégie du jeu.
En tant que représentant du pays hôte, ressentez-vous la pression ?
François Combescure : Moi, je le ressens d'autant plus que je suis Lyonnais. Il y a une très forte pression mais on l'oubliera quand on sera dans les salles de jeu.
Thomas Bessis : Oui, c'est évident qu'on a une grosse pression sur les épaules quand on représente son pays et quand on joue l'épreuve la plus prestigieuse du monde. Il va maintenant falloir transformer cette pression en énergie positive pour devenir champion du monde.