Thierry Odin, président de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Du 7 au 11 octobre, le Palais de Bondy accueille la 12e édition de Lyon Art Paper. Le salon consacré au dessin contemporain et aux œuvres sur papier réunit plus de 70 artistes, sélectionnés parmi 250 à 300 candidatures. Dessin, gravure, collage, volume : le papier y est décliné sous de nombreuses formes. Pour Thierry Odin, il s’agit aussi de défendre une expérience artistique à contre-courant de la consommation permanente d’images. À l’heure des smartphones et de l’intelligence artificielle, le président de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts assume cette dimension : "Le terme de résistance est certainement bien trouvé."
"Nos imaginaires sont colonisés, cannibalisés par l’IA"
Lyon Art Paper ne revendique pas de thème prédéfini. Le salon entend au contraire faire cohabiter différents courants artistiques, du figuratif à l’abstraction, avec des œuvres pouvant aussi aborder des questions politiques ou liées à l’actualité. Mais la place du papier prend une dimension particulière à l’heure où les images peuvent être produites instantanément grâce aux outils numériques et à l’IA. "Tout cela évolue très rapidement", observe Thierry Odin, qui estime que "nos imaginaires sont colonisés, cannibalisés par l’IA". Face à cette accélération, le salon propose une autre temporalité : celle du regard et de la rencontre avec une œuvre physique. "On va demander chaque année de se concentrer sur des petits bouts de papier, de s’arrêter sur une image en particulier sur laquelle on aurait un coup de cœur", explique-t-il. Une démarche qui peut sembler incongrue dans une époque dominée par le défilement incessant des images, mais qui permet selon lui de retrouver une relation différente à l'œuvre.
Philippe Louisgrand, invité d’honneur
Parmi les artistes présentés cette année, Thierry Odin met particulièrement en avant Philippe Louisgrand, invité d’honneur de cette 12e édition. Dessinateur, illustrateur et peintre, ancien professeur et directeur de l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne, il présentera notamment des œuvres réalisées spécialement pour le salon. "Ce qui est remarquable, c’est qu’il a tenu à exposer des œuvres plus que récentes puisqu’il a travaillé spécialement cet été pour le salon", souligne Thierry Odin. Le public pourra également rencontrer l’artiste durant l’événement, qui s’inscrit cette année dans le programme Résonance de la 18e Biennale d’art contemporain de Lyon.
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La retranscription complète de l'émission avec Thierry Odin :
Bonjour à tous, bienvenue dans l’émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, on va parler de culture, on va parler de dessins contemporains et d’œuvres sur papier, puisque du 7 au 11 octobre 2026, au Palais de Bondy, se tient la 12e édition du Lyon Art Paper. C’est un événement dédié aux pratiques graphiques sous toutes leurs formes.
Et pour en parler, nous recevons aujourd’hui Thierry Odin, qui est président de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts, qui organise l’événement. Bonjour Thierry Odin.
Bonjour Éloi, merci de m’avoir invité.
Merci d’être venu sur notre plateau. On va un peu rentrer dans le vif du sujet. Votre événement, Lyon Art Paper, 12e édition, reçoit plus de 73 artistes contemporains. D’abord, est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu’on peut voir au Lyon Art Paper ? Qu’est-ce qui est exposé ?
Donc, pour la 12e édition, il a été décidé il y a 12 ans de faire un salon autour du papier, donc Lyon Art Paper, et des œuvres autour du papier, donc bien évidemment principalement du dessin, de la gravure, mais aussi quelques artistes qui viennent pour proposer du papier, du volume, et puis également du collage, toutes les œuvres autour du papier.
Comment est-ce que vous avez choisi les artistes qui vont être exposés ? Est-ce qu’il y a une cohérence ? Comment est-ce que ça a été… Ils ont été sélectionnés ? Et puis aussi, on est à Lyon Capitale, est-ce qu’il y a des Lyonnais ou des artistes de la région ?
Alors, bien évidemment, il y a des Lyonnais, il y a des artistes de la région. Il y a un jury qui se réunit au printemps, un appel est lancé sur les réseaux au début de l’année. Ensuite, les artistes candidatent. On a environ entre 250 et 300 candidatures par an, pour, voilà, vous l’avez dit, une soixantaine, soixante-treize artistes en tout. Les artistes envoient leur candidature, le jury se réunit en avril et puis il y a donc des choix qui sont évidents : pour une trentaine d’artistes, c’est évident qu’il va falloir les inviter. Il n’y a pas forcément de thème prédéfini, mais ensuite le gros boulot du jury, qui se réunit pendant une grosse journée, c’est de donner la tonalité au salon et d’harmoniser la soixantaine, soixante-dizaine d’artistes autour de la première trentaine qui semble évidente.
Soit en diversifiant, soit, au contraire, en restant, on va dire, dans la foulée des trente premiers qui, eux, quand je dis trente, c’est…
Vous avez dit qu’il n’y a pas de thème. Effectivement, il n’y a pas de thème prédéfini, mais quelles sont les grandes questions qu’abordent les artistes ? Qu’est-ce qu’on vient y voir aussi ?
On a tous les courants de l’art, qui sont figuratifs, abstraits, bien évidemment, et puis ensuite, alors, effectivement, il peut y avoir des liens avec l’actualité, mais il peut y avoir des choses très politiques. D’autres voies sont possibles, donc on navigue vraiment dans tous les courants de l’histoire de l’art récent ou plus ancien.
C’est assez général, effectivement. Moi, j’ai une question peut-être plus de fond. Vous appelez Lyon Art Paper, vous défendez la place du papier, mais la question, c’est : que vaut le papier aussi à l’heure du virtuel, à l’heure de l’IA, où on est capable de produire des images, générer des films, voire même des jeux vidéo, voilà, en quelques clics, en quelques minutes maintenant ? Est-ce que, voilà, est-ce que vous êtes en résistance aussi, Lyon Art Paper ?
Alors, je ne vais pas faire le devin, c’est-à-dire que je serai capable de vous en dire plus d’ici quelques jours, à la fin du salon, si on a toujours autant de succès et autant de public. Le public était présent ces dernières années, mais on a vu effectivement ces derniers mois que la question de l’IA était très présente et que tout ça évolue très, très, très rapidement. Bien évidemment que nos imaginaires sont colonisés par cet élément, colonisés, cannibalisés par l’IA. Bien sûr qu’on se pose toutes ces questions et qui…
Alors, le terme de résistance est certainement bien trouvé, oui. Merci Éloi.
Il y a quand même aussi cet acte de défendre un format, une expérience, alors c’est peut-être plus ancien parce que, voilà, Internet n’est pas meilleur.
On travaille déjà avec un public qui a l’habitude de scroller, d’avoir dans sa poche, à travers son smartphone, accès à des milliers et des milliers d’images et on va, des milliers, des milliards d’images, et on va demander chaque année de se concentrer sur des petits bouts de papier, de s’arrêter sur une image en particulier sur laquelle on aurait un coup de cœur, que des collectionneurs, des collectionneuses puissent démarrer une collection sur des prix tout à fait accessibles. Ça paraît effectivement de plus en plus incongru. Et pourtant, cette image-là au mur sur laquelle on a eu un coup de cœur, elle n’aura jamais la même valeur que toutes ces images sur lesquelles on scrolle, qu’on a l’impression d’avoir vues, mais en fait qu’on ne regarde pas.
Est-ce que justement, vous aussi, vous avez un coup de cœur sur un artiste, une œuvre en particulier, de manière totalement subjective, on assume, qui, voilà, vous dites : celle-là, il ne faut pas la manquer ?
Je peux me mettre personne à dos, donc ça va être difficile. J’ai eu des tas de coups de cœur. Je vais revenir plus particulièrement sur notre invité d’honneur, Philippe Louisgrand.
Oui, vous pouvez le présenter ?
Philippe Louisgrand, oui, bien sûr. C’est un dessinateur, un croqueur hors pair, et qui a donc été prof, qui a été professeur, qui a démarré sa carrière à l’école de Saint-Étienne, professeur à l’école de Saint-Étienne, qui a été professeur à Lyon. Mais quand il a démarré à Saint-Étienne, il a été professeur auprès d’élèves qui ont tout de suite été intégrés au monde de l’art contemporain, Orlan, les Philippe Favier, etc. Et donc il a été le professeur de ces générations dorées qui sont pratiquement arrivées à New York sans presque passer par… Et ensuite, il a été professeur à Lyon, il a fini sa carrière directeur de l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne et surtout, il est toujours actif, bon pied, bon œil. Et ce qui est remarquable, c’est qu’il a tenu, ce qu’il va montrer lors du salon, c’est des œuvres plus que récentes puisqu’il a travaillé spécialement cet été pour le salon.
Très bien, et donc on pourra le rencontrer effectivement dans votre salon.
Bien évidemment, puisqu’il sera présent et il a à cœur d’être présent pour rencontrer effectivement les artistes présents et le public qui viendra à sa rencontre et à la rencontre des 70 artistes présents pour Lyon Art Paper.
Très bien, merci beaucoup Thierry Odin d’être venu sur notre plateau. Ce sera le mot de la fin. Quant à vous, donc, je vous le rappelle, du 7 au 11 octobre se tient au Palais de Bondy, c’est à côté de la gare Saint-Paul, sur les quais de Saône, la 12e édition de Lyon Art Paper : 73 artistes contemporains, tout le monde est le bienvenu. Vous pouvez aussi retrouver plus de détails sur l’actualité culturelle sur le site lyoncapitale.fr. Je vous dis à très bientôt.
