Jean-Charles Kohlhaas
Jean-Charles Kohlhaas

"Teol coûtait deux à trois fois moins cher que le métro E", se désole Jean-Charles Kohlhaas

Jean-Charles Kohlhaas, conseiller métropolitain écologiste, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Véronique Sarselli a tenu parole et annoncé l'abandon du projet de tramway express de l'ouest lyonnais (Teol) lancé par les écologistes lors du mandat précédent en alternative à la création d'une ligne E du métro. C'est justement cette option que la présidente LR de la Métropole de Lyon souhaite relancer. Jean-Charles Kohlhaas, ancien vice-président écologiste en charge des transports, considère toujours que Teol était une solution pragmatique : "Il coûtait deux à trois fois moins cher que le métro E, ce qui permettait de réaliser d’autres projets en même temps, sur une vingtaine d’années, plutôt que d’attendre cinquante ans pour en réaliser un autre".

Le conseiller métropolitain d'opposition étale aussi ses doutes sur la faisabilité de la ligne E du métro que va relancer la nouvelle majorité : "Il y a ensuite la question de l’autorisation de l’Autorité environnementale et du préfet. Pour TEOL, il nous a été dit : "Les émissions de gaz à effet de serre générées par votre tunnelier, qui va réaliser trois kilomètres de tunnel, sont trop élevées par rapport au report modal que vous obtenez". Nous étions partis sur 55 000 voyages par jour, entre 55 000 et 70 000. L’intérêt est là : si nous réalisons une ligne forte, c’est pour diminuer le nombre de voitures. Le métro E représente beaucoup plus de tunnels, sans davantage de voitures supprimées. L’Autorité environnementale ne pourra donc pas donner un avis favorable".

La retranscription intégrale de l'entretien avec Jean-Charles Kohlhaas

Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez « 6 minutes chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Jean-Charles Kohlhaas. Bonjour. Vous êtes conseiller métropolitain écologiste. Vous étiez notamment chargé des transports lors de la précédente mandature, lorsque les écologistes étaient à la barre. Il y a eu une alternance et, sans surprise, certains projets sont revus, voire abandonnés. C’est notamment le cas du tramway express de l’Ouest lyonnais, appelé TEOL, qui devait relier la presqu’île de Lyon à Tassin-la-Demi-Lune, en passant par le plateau du 5e arrondissement. Son arrivée devait se situer entre Confluence et Bellecour. Ce projet a été abandonné par Véronique Sarselli. C’est tout sauf une surprise : elle l’avait annoncé pendant la campagne, il n’y avait pas de suspense insoutenable. En quoi est-ce, pour vous, une erreur historique que viennent de commettre le Sytral et la droite en annulant ce projet ?

Lorsque nous sommes arrivés en 2020, il y avait un certain nombre de projets dans les cartons : des projets anciens de tramway, comme le T9 ou le T10, qui étaient là depuis vingt-cinq ans, et de nombreux projets de métro. Il y avait notamment le nouveau métro E, mais aussi les prolongements des métros A, D et B. Nous avons organisé une concertation, puisque l’ensemble représentait à peu près deux siècles d’investissement au rythme de Sytral Mobilités au cours des vingt-cinq dernières années. Nous avons organisé une concertation, essayé de trouver des solutions et d’établir des priorités. N’en réalisons-nous qu’un en abandonnant les autres ? Retenons-nous d’autres solutions plus simples ? Globalement, si les élus voulaient tous leur métro, les citoyens disaient : "Non, si nous pouvons trouver une solution moins coûteuse et satisfaire ainsi davantage de monde, c’est mieux". C’est de là qu’est né TEOL, qui existait déjà. Il avait simplement été mis au placard en 2018. Gérard Collomb préférait un métro. Mais un tramway partiellement enterré, ce que l’on appelle dans la plupart des pays un métro léger, avait été étudié : c’était faisable. Nous avons donc ressorti ce projet. Il coûtait deux à trois fois moins cher que le métro E, ce qui permettait de réaliser d’autres projets en même temps, sur une vingtaine d’années, plutôt que d’attendre cinquante ans pour en réaliser un autre.

Le problème de TEOL, et ce qui a été pointé notamment par Véronique Sarselli et ses soutiens, qui ont remporté les élections métropolitaines, c’est son emprise au sol, celle d’un tramway, à la différence d’un métro qui, sous terre, ne gêne pas la circulation routière. Ce qui était reproché à TEOL, c’était que vous empiétiez sur l’espace réservé aux voitures, notamment à Tassin-la-Demi-Lune.

En réalité, à force de discussions et d’études, nous empiétions très peu sur la voirie routière à Tassin. Nous empruntions uniquement une voie de circulation sur la rue de Ménival. Partout ailleurs, la circulation était maintenue à double sens. En revanche, l’enjeu est clairement là. Il ne l’est pas seulement pour nous, mais pour le pays tout entier. L’Autorité environnementale de l’État, qui donne un avis sur tous les grands projets, nous a dit à propos de TEOL : "Vous ne restreignez pas assez la voiture. Il n’y a donc pas assez de report modal et votre projet est limite en termes de coût environnemental". Si nous réalisons un métro, nous avons encore moins d’impact sur la circulation automobile et, par conséquent, un impact très négatif sur l’environnement, notamment en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Si nous voulons développer des lignes fortes de transport collectif, il faut d’abord une densité suffisante pour les justifier. Ensuite, il faut effectivement restreindre un peu la voiture pour que les gens prennent ces lignes fortes de transport collectif.

En termes de densité de population, votre projet était déjà à la limite selon l’Autorité environnementale, qui considérait que le bassin de vie était trop peu important pour un projet d’une telle ampleur. N’est-ce pas déjà une forme d’acharnement que de vouloir absolument amener un mode de transport plutôt massif dans ce secteur de l’agglomération, parce que c’était une promesse originelle de Gérard Collomb en 2014 ? Pourquoi tout le monde s’entête-t-il alors que la population n’est toujours pas suffisante pour justifier un tel investissement ? Pourquoi tout le monde s’entête-t-il à desservir cette zone ?

Il y a deux points de vue différents. Une ligne forte de transport collectif, qu’il s’agisse d’un métro, d’un métro léger, d’un tramway ou même d’un bus à haut niveau de service, nécessite effectivement une certaine densité autour de chaque station. C’est codifié. Aucune station du projet de métro ne correspond à la densité nécessaire pour réaliser un métro, ni maintenant ni dans vingt ans, selon les plans et les schémas d’investissement en matière d’urbanisme. En revanche, il peut y avoir des stations avec une densité un peu moins forte et d’autres avec une densité un peu plus forte. Le plateau du 5e arrondissement nécessite une ligne forte. Le problème de ce plateau, c’est que nous ne pouvons rien réaliser en aérien. Les rues sont tellement petites que c’est très complexe. D’où cette idée d’une partie enterrée sur le plateau du 5e arrondissement, pour ressortir à Ménival et être en aérien en amont et en aval. Il y avait aussi l’idée que nous aurions davantage de monde en desservant Confluence, Perrache, puis Jean-Macé, avec des connexions à toutes les autres lignes fortes, plutôt que seulement Bellecour, où il n’y a, somme toute, que la ligne A en connexion. Nous ne pouvons pas aller directement à la Part-Dieu par là.

Et la ligne D aussi.

Et la ligne D, tout à fait.

Ce n’est pas une petite ligne à Lyon.

Elle est un peu saturée, mais TEOL ou le métro E sont un peu en concurrence avec la ligne D. Lorsque l’on est à Tassin, la ligne D est tout près, à Gorge de Loup, à quelques centaines de mètres. Nous pouvons nous y rendre par différents modes de transport, notamment en bus. Je le fais régulièrement, assez rapidement. Il y avait donc peu d’intérêt à aller jusqu’à Bellecour pour ensuite prendre la ligne D. Nous avions davantage d’intérêt à prendre la ligne D dès le départ.

TEOL avait succédé au métro E. Le métro E revient en succédant à TEOL. Nous sommes un peu dans une boucle spatio-temporelle. Qu’est-ce qui vous fait dire que le métro E, tel que l’imagine Véronique Sarselli, ne verra jamais le jour ?

Plusieurs choses. D’abord, c’est une question de finances publiques. La majorité actuelle, qui était l’opposition d’hier, nous accusait d’aggraver fortement la dette du Sytral. La chambre régionale des comptes nous a remis un rapport, et l’audit que Mme Sarselli a commandé le dit aussi : nous avions prévu de doubler l’investissement du Sytral et d’arriver à la limite haute de ce qui est possible en matière d’endettement. Nous l’avions assumé, parce qu’il y avait des projets à mettre en œuvre. Avec le métro E, nous allons faire exploser cette limite et tenir un discours totalement inverse de celui qu’ont tenu Mme Sarselli et d’autres. Deuxième raison : si nous réalisons le métro E, qui coûtera entre 2,5 et 3 milliards d’euros, nous ne réaliserons rien d’autre pendant vingt ans. Cela signifie que les besoins des autres territoires, les autres lignes de tramway déjà plus ou moins lancées, comme le T8, par exemple, le plateau nord, l’ouest via la Duchère, ne bénéficieront d’aucun développement ni investissement. Pour moi, c’est une erreur majeure. Ensuite, la livraison de TEOL était prévue autour de 2032. Nous devions pouvoir respecter les délais. Un métro que l’on relance maintenant, c’est au mieux 2035, mais je n’y crois pas beaucoup : ce serait plutôt 2040. Les gens vont donc attendre encore plus longtemps. Il y a ensuite la question de l’autorisation de l’Autorité environnementale et du préfet. Pour TEOL, il nous a été dit : "Les émissions de gaz à effet de serre générées par votre tunnelier, qui va réaliser trois kilomètres de tunnel, sont trop élevées par rapport au report modal que vous obtenez". Nous étions partis sur 55 000 voyages par jour, entre 55 000 et 70 000. L’intérêt est là : si nous réalisons une ligne forte, c’est pour diminuer le nombre de voitures. Le métro E représente beaucoup plus de tunnels, sans davantage de voitures supprimées. L’Autorité environnementale ne pourra donc pas donner un avis favorable, à moins d’un changement de la loi. Je pense qu’aujourd’hui, au XXIe siècle, nous ne pouvons plus construire des projets qui émettent davantage de gaz à effet de serre qu’ils n’en font économiser.

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