Le maire de Lyon sera-t-il un jour ministre ? Le remaniement étant évoqué, la question est de nouveau posée. L’intéressé, convaincu que sa voix pèsera beaucoup plus lourd après les municipales, espère toujours que soit enfin reconnu son “social-réformisme”. Ses opposants parlent plutôt de schizophrénie.
Bon enfant, l’opposition municipale lyonnaise s’interroge sur l’état de santé mental de Gérard Collomb. L’UMP et l’UDI se demandent ainsi si le maire de Lyon ne serait pas frappé de schizophrénie. “À Lyon, il dénonce le matraquage fiscal des entreprises et des particuliers, mais à Paris, au Sénat, il vote la loi de finances”, dénonce Michel Havard, le candidat UMP. Son collègue Emmanuel Hamelin a enfoncé le clou lors du dernier conseil municipal : “Vous annoncez une augmentation d’impôts aux Lyonnais en cas de réélection, et dans le même temps vous dites dans un grand quotidien national qu’il ne faut pas rajouter des impôts aux impôts.”
Le maire de Lyon, en la matière, ne se cache pas à l’heure du grand écart. Mi-octobre, il a participé au congrès du Medef et de la CGPME, qui s’est transformé en une attaque en règle des orientations fiscales du Gouvernement. Une manifestation que l’adjoint (Gaec) Yves Fournel a même qualifiée d’“opération médiatique contre le Gouvernement” et dont il a dénoncé le but : la recherche d’allègements fiscaux pour obtenir toujours plus de dividendes et une volonté de nuire au Code du travail... Manifestement, il y a au moins deux “lignes” dans le gouvernement Collomb !
Coincé entre son opposition et sa majorité, Gérard Collomb reste droit dans ses bottes. “Les chefs d’entreprise me perçoivent plutôt comme quelqu’un de têtu. Ils comprennent notre action”, nous confie le maire de Lyon. Avant d’expliquer la cohérence de ses positions contradictoires : “Je suis social-réformiste et mon but est bien compris par les chefs d’entreprise avec qui je discute. Ils savent bien que ma ligne peut être comprise par le public, puisque je suis réélu. Ils attendent de moi que j’entraîne un mouvement.”
Il sera incontournable après les municipales
En 2008, s’estimant injustement méprisé par les médias nationaux et par l’appareil du PS, Gérard Collomb était convaincu que sa victoire écrasante contre Dominique Perben allait le rendre beaucoup plus audible. Il l’a été, en effet, mais sans sembler peser sur les orientations du parti. Trop enfermé dans une posture de mouche du coche : le socialiste de terrain que les télés invitent pour dézinguer les éléphants, mais qu’on n’écoute plus lorsqu’il égrène ses solutions ou sort un livre-programme. Il n’avait d’ailleurs pas eu à refuser un ministère... Hollande ne lui en avait pas proposé.
Le maire est convaincu qu’une réélection facile dans un contexte difficile pour le PS – surtout si la gauche perd Paris – pourrait changer la donne. Et que le patronat lyonnais lui apportera son soutien pour cette raison : “Ce n’est pas mon vote au Sénat à l’instant T qui les intéresse mais ce que je peux faire si, à Lyon, nous faisons un bon score. À partir de ce moment, la perception que l’on peut avoir de ma position changera. Avant, je n’étais pas repéré, aujourd’hui les gens connaissent mes idées et au-delà de Lyon je sens une adhésion. On me dit : “Allez-y, monsieur Collomb.” L’après-municipales peut changer les choses. Je serai content si je peux faire prendre en compte mes idées et si je peux être une source d’inspiration.” Et de conclure, avec la gourmandise de celui qui espère enfin peser vraiment sur la scène nationale : “Je suis moins isolé, mais je veux essayer de faire mieux.”
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Cet article est extrait de Lyon Capitale n°727 (novembre 2013).
