Bérengère Bouvier, présidente de la Fédération des Promoteurs Immobiliers de la région, est l’invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Le marché du logement neuf dans la métropole de Lyon traverse une période particulièrement difficile. Après une année 2025 marquée par un plus bas historique, avec moins de 3 000 logements réservés, le début de l’année 2026 peine à inverser la tendance. "Nous avions fait un bilan fin 2025 d’une année extrêmement difficile, avec un plus bas historique enregistré", rappelle Bérengère Bouvier. Si le mois de janvier a enregistré une chute de 39 % des réservations par rapport à l’an dernier, février amorce une légère amélioration, portant le recul à -17 % sur les deux premiers mois. Une situation jugée homogène sur l’ensemble du territoire, sans véritable zone de résistance.
Un espoir porté par le dispositif Jeanbrun
Dans ce contexte, les professionnels du secteur misent sur le nouveau dispositif Jeanbrun pour relancer l’investissement locatif. Ce mécanisme, qui succède au Pinel, pourrait séduire de nouveaux investisseurs, même s’il reste complexe. "Nous voyons les premières réservations en 2026 de ces investisseurs qui vont utiliser ce dispositif Jeanbrun", explique la présidente de la FPI. Ouvert à tous les territoires, y compris les zones moins tendues, il permettrait de proposer des opérations attractives, notamment sur des petits logements. Mais Bérengère Bouvier insiste : "C’est un dispositif assez technique", nécessitant un accompagnement personnalisé pour chaque investisseur.
Des objectifs ambitieux face à une production en berne
Au-delà des mesures incitatives, la question de la relance de la construction reste centrale. Les professionnels appellent à accélérer la délivrance des permis de construire pour répondre à une demande toujours forte. "Il y a urgence à le faire, tant les besoins sont nombreux", souligne Bérengère Bouvier. Alors que certains responsables politiques évoquent un objectif de 7 500 logements neufs par an, la marche semble encore haute. "Déjà, si nous arrivions dès 2026 à atteindre 4 500 à 5 000 logements, nous serions très satisfaits", tempère-t-elle, rappelant l’ampleur du ralentissement actuel.
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La retranscription de l'émission avec Bérangère Bouvier :
Bonjour à tous, bienvenue dans votre émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction Lyon Capitale. Aujourd'hui, on va parler de logements neufs et de construction avec Bérengère Bouvier, qui est la présidente de la Fédération des Promoteurs Immobiliers de la région. Bonjour Bérengère Bouvier.
Bonjour Éloi.
Merci d'être venue sur notre plateau. On va rentrer un peu dans le vif du sujet. Comment se porte le marché du logement neuf, en cette rentrée 2026 ? Comment commence l'année ?
Donc, nous avions fait un bilan fin 2025 d'une année extrêmement difficile, avec un plus bas historique enregistré, avec sur la métropole de Lyon et ses extérieurs moins de 3 000 logements réservés, ce qui n'avait jamais été atteint. Ce début 2026 avance, sur le mois de janvier, avec un très mauvais mois de janvier. On a eu un écart par rapport à janvier 2025, environ -39 % de réservations. Là, je parle uniquement des réservations en logement familial vendu à l’unité, donc sans les blocs. Puis le mois de février a été meilleur. On est arrivé sur un cumul janvier-février à -17 % de réservations entre 2025 et 2026. Et on espère que mars sera encore meilleur. On a notamment, mais on va peut-être en reparler, la montée en puissance du dispositif Jeanbrun, ce statut du bailleur privé que nous n’avions pas l’année dernière.
Et que vous demandiez depuis de longues années, la FPI militait pour la mise en place de ce dispositif. On va en parler. Juste avant de rentrer dans ce genre de détails, ces tendances sont-elles homogènes sur la métropole de Lyon ou est-ce qu'il y a des territoires plus dynamiques que d'autres ? On a tendance à dire qu’avant, les extérieurs de la métropole étaient un peu plus vivants, avec effectivement plus de ventes et de constructions. Est-ce encore le cas aujourd'hui ?
Alors, on a plutôt un paysage assez homogène entre la métropole et ses extérieurs, entre la ville-centre, Lyon-Villeurbanne, le reste de la métropole et les extérieurs. Cette tendance baissière par rapport à 2025 sur ce début de premier trimestre est là, de façon assez homogène, quels que soient les territoires.
On va passer directement à la question du dispositif Jeanbrun, puisque vous en avez parlé. On le rappelle, le dispositif Pinel a disparu il y a maintenant plus d’un an. Ce dispositif Jeanbrun, c’est le statut du bailleur privé, un dispositif incitatif pour investir dans le neuf. Sentez-vous un retour des investisseurs particuliers, qui ne représentaient plus grand-chose en 2025 ? Est-ce que pour mars et pour 2026, cela peut être la solution pour relancer le marché du neuf sur la métropole de Lyon ?
Oui, c’est un dispositif, vous l’avez dit, que la FPI soutenait et portait énormément, puisqu’en effet les investisseurs, particulièrement sur la métropole de Lyon et ses extérieurs, sont tombés à un plus bas historique, avec 11 % des réservations pour la métropole de Lyon en 2025 et 14 % sur les extérieurs. Ce dispositif Jeanbrun est intéressant à plusieurs titres. Il est déjà applicable sur tous les territoires, et pas uniquement sur les territoires éligibles au dispositif Pinel, donc tous les secteurs, qu’ils soient en zone A et B1, très tendus, mais aussi les secteurs B2 et C. Ce dispositif est éligible sur l’ensemble des territoires.
Donc c’est intéressant.
Donc c’est intéressant et surtout, ce dispositif est un peu plus technique que ce que l’on pouvait connaître avec le Pinel. Il est nécessaire que chaque client, chaque prospect ou chaque personne intéressée par cet investissement dans l’immobilier neuf aille voir son conseiller en patrimoine, sa banque ou les promoteurs, qui sont là pour les conseiller et les accompagner, et surtout pour trouver le logement qui répond le mieux à leur motivation et à leur besoin, que ce soit en matière de défiscalisation ou d’investissement patrimonial, en fonction aussi des efforts d’épargne qu’ils sont prêts à faire. Nous voyons les premières réservations en 2026 de ces investisseurs qui vont utiliser ce dispositif Jeanbrun. Nous en avons à peu près sur tous les territoires, essentiellement quand même en zones A et B1, avec des typologies de logements plutôt petites, principalement destinées aux investisseurs, avec des enveloppes pouvant aller jusqu’à 285 000 euros maximum. Dans cette fourchette de prix, nous avons des simulations très attractives pour les investisseurs et nous mesurons aujourd’hui les premières réservations. Néanmoins, c’est un dispositif assez technique.
Oui, il faut faire du sur-mesure pour chaque cas, chaque situation. On a parlé des mesures incitatives, il y a aussi la question des permis de construire. Il y a une nouvelle équipe métropolitaine, les élections municipales sont passées par là. Pendant la campagne, vous aviez rédigé une lettre ouverte aux candidats pour relancer la production de logements neufs, avec neuf propositions. Avez-vous eu des retours sur cette lettre, maintenant que les candidats sont élus ?
Nous avons eu la chance de rencontrer un certain nombre de candidats sur la ville de Lyon, sur la ville de Villeurbanne et sur la métropole. Nous avons donc eu l’occasion d’expliquer ces neuf propositions. Certaines concernent les permis de construire, notamment la simplification et l’efficacité dans la délivrance des autorisations, mais aussi l’instruction plus rapide des permis. Nous avons pu échanger, et je pense que tout le monde avait en tête cette nécessité, dès le premier jour de mandat, de se dire que signer des permis de construire est vraiment nécessaire. Il y a urgence à le faire, tant les besoins sont nombreux, quels que soient les territoires et les habitants concernés : familles, logement locatif libre, logement locatif intermédiaire, accession à la propriété.
Tout le monde est donc bien lucide sur le fait qu’il faut relancer. Une dernière question avant de conclure : Jean-Michel Aulas, aujourd’hui premier vice-président de la métropole de Lyon, estimait en campagne qu’il fallait 7 500 logements neufs par an dans la métropole. Pour vous, est-ce un objectif réaliste ? Nous, en tant que journalistes, nous trouvons qu’il semble très élevé par rapport aux chiffres des années précédentes. Comment le voyez-vous ?
Ces chiffres ont existé sur la métropole de Lyon. Il faut revenir aux années 2017-2018 pour atteindre ces niveaux de production de logements neufs familiaux, en bloc et à l’unité. Si on ajoute les résidences étudiantes ou les résidences pour personnes âgées, on peut atteindre ces chiffres. Néanmoins, comme je le disais, nous avons fait 3 000 logements en 2025. La moyenne médiane est plutôt de 4 500 à 5 000 logements. Déjà, si nous arrivions dès 2026 à atteindre ce niveau, nous serions très satisfaits. Ensuite, les 8 000 logements sont à mettre en perspective avec les besoins, qui sont effectivement à ce niveau.
Très bien, ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup Bérengère Bouvier d’avoir été avec nous sur notre plateau. Quant à vous, merci d’avoir suivi cette émission. Plus de détails sur l’actualité de l’immobilier lyonnais sur le site www.lyoncapitale.fr. À très bientôt.
