Tiffany Joncour
Tiffany Joncour

"Lyon rattrape Marseille en matière de trafic et de criminalité", dénonce Tiffany Joncour (RN)

Tiffany Joncour, députée Rassemblement national de l'Est lyonnais et conseillère métropolitaine, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Après l'incendie criminel de Décines-Charpieu qui a coûté la vie à trois personnes, la députée RN de la 13e circonscription du Rhône monte au créneau. "Les habitants vivent dans la peur. Les élus locaux alertent depuis des mois, voire des années", déplore Tiffany Joncour, qui a interpellé le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez à l'Assemblée nationale. Sans résultat probant selon elle : "les réponses ne sont pas là."

Pour la députée RN, le diagnostic est clair : "il manque environ 300 à 400 policiers dans le Rhône". Avec le RN, elle plaide pour l'abaissement de la majorité pénale à 16 ans et des courtes peines effectives. "Chaque délit doit entraîner une peine effective", martèle-t-elle.

La retranscription intégrale de l'entretien avec Tiffany Joncour

Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Tiffany Joncour. Vous êtes députée du Rassemblement national de la 13e circonscription du Rhône, souvent appelée celle de l’Est lyonnais. Nous allons justement parler de ce territoire, au cœur de l’actualité locale et nationale ces derniers jours, avec les événements tragiques de Décines-Charpieu : cet incendie criminel qui a coûté la vie à trois personnes, sur fond très probable de narcotrafic. Vous avez posé une question au gouvernement à ce sujet. Avez-vous l’impression que l’État a pris le problème à bras-le-corps ?

Ayons d’abord une pensée pour les victimes et leurs familles. Ce problème n’est pas nouveau. Il est aujourd’hui devenu national parce qu’il y a eu des morts, mais il est récurrent dans l’Est lyonnais. On peut parler de Décines, mais aussi de Meyzieu où, il y a un an, des tirs de kalachnikov avaient eu lieu dans le quartier du Mathiolan, connu pour le narcotrafic. Les habitants vivent dans la peur. Les élus locaux alertent depuis des mois, voire des années. J’ai posé une question au gouvernement à Monsieur Nunez. Les réponses ne sont pas là. Il y a un an, une loi contre le narcotrafic a été votée à l’Assemblée nationale, notamment grâce aux voix du Rassemblement national, mais elle n’allait pas assez loin. Il n’y a pas aujourd’hui de réponse pénale suffisamment forte. Nous avions proposé des mesures supplémentaires qui n’ont pas été retenues.

Dans un an auront lieu des élections. Votre parti est donné favori dans les sondages. Si vous arriviez au pouvoir, comment régleriez-vous cette question ?

Il faut d’abord davantage de forces de police. Le problème ne vient pas de leur efficacité, mais du manque de moyens. Dans le Rhône, il manque environ 300 à 400 policiers, ainsi que des enquêteurs et des agents sur le terrain. Il faut également des places de prison. Nous voulons que les personnes condamnées purgent réellement leur peine. Nous sommes opposés aux aménagements de peine systématiques. Aujourd’hui, il faut un casier judiciaire très chargé pour aller en prison. Nous sommes favorables aux courtes peines. On constate que les personnes impliquées sont de plus en plus jeunes. Nous proposons l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans. Chaque délit doit entraîner une peine effective. Il faut un changement de doctrine avec une réponse pénale forte.

On entend souvent que certaines organisations criminelles continuent d’opérer depuis la prison. Celle-ci ne semble donc pas être une solution suffisante.

Il faut couper tous les moyens de communication en prison. Les agents pénitentiaires constatent de nombreux liens avec l’extérieur. Il y a un travail à mener dans les établissements pénitentiaires. Il faut augmenter les places de prison et faire en sorte que celles-ci ne soient pas perçues comme des lieux confortables. Lorsqu’on est incarcéré, on a une dette envers la société. Il est inacceptable que des téléphones circulent et que des actions puissent être organisées depuis la prison.

La progression du narcotrafic dans l’Est lyonnais vous surprend-elle, notamment à Décines ?

Non, car ces points de deal sont connus. Le travail des policiers, qui est remarquable, perturbe les réseaux et provoque des tensions entre trafiquants, avec des guerres de territoire.

Vous pensez que ces violences sont liées au travail des forces de l’ordre ou aux rivalités entre trafiquants ?

Aux deux. Le narcotrafic se développe fortement. Les derniers chiffres montrent que Lyon rattrape Marseille en matière de trafic et de criminalité associée. Lyon devient une plateforme, mais les moyens ne sont pas suffisants pour enrayer ce phénomène. On observe des dommages collatéraux, comme cette femme blessée par balle récemment à Décines alors qu’elle rentrait chez elle avec ses enfants. Ces situations ne sont plus acceptables. Les quartiers concernés sont désormais au cœur de conflits territoriaux et d’un trafic en expansion. Il faut des moyens beaucoup plus importants.

Vous n’avez pas évoqué le rôle des consommateurs. De nombreuses lois visent à démanteler les réseaux, avec une efficacité parfois discutée. Ne faut-il pas agir aussi sur la demande ?

Vous avez raison. Les consommateurs ne viennent pas uniquement de Décines ou de Meyzieu. Le narcotrafic est un phénomène global.La réponse doit être multiple : répression, action pénitentiaire et lutte contre la consommation. Mais tout cela nécessite davantage d’effectifs. Aujourd’hui, les forces de l’ordre ne peuvent pas assumer toutes ces missions avec les moyens actuels.

Pour augmenter ces moyens, dans un contexte budgétaire contraint, où trouver l’argent ?

Nous proposons des économies à chaque examen budgétaire. Il y a la contribution nette à l’Union européenne, qui ne cesse d’augmenter et que nous souhaitons réduire. Nous réaliserons également des économies sur l’immigration, notamment sur l’aide médicale d’État.

Cela ne permettra pas de financer des milliers de postes de policiers.

Nous pensons pouvoir dégager des marges importantes grâce à ces mesures, ainsi qu’en renforçant la lutte contre la fraude. Avec une volonté politique, il est possible de faire des économies significatives.

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