Daniel Navrot, politiste et directeur de la revue Prospective Rhône-Alpes Méditerranée, analyse les résultats des élections municipales dans 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Daniel Navrot, politiste et directeur de la revue Prospective Rhône-Alpes Méditerranée, analyse sur le plateau de 6 minutes chrono, les résultats du second tour des élections municipales et métropolitaines. "Lyon est une ville de gauche, sociologiquement de gauche, et elle l’est de plus en plus. C’est une ville très jeune, avec 40 % des emplois occupés par des cadres parmi les résidents lyonnais, et une population âgée très faible. On a donc un profil marqué, avec une forte présence étudiante sur l’ensemble de la métropole, près de 200 000 étudiants. Sur la ville de Lyon, ils pèsent énormément. Par exemple, dans le seul 7e arrondissement, on compte 15 000 étudiants résidents. Tous ces facteurs sociologiques font de Lyon une ville de gauche", détaille-t-il.
Il constate toutefois que Jean-Michel Aulas dans l'entre-deux tours a réussi une impressionnante progression en nombre de voix : "Marteler l’« alliance de la honte » a certainement contribué à mobiliser une partie de son électorat qui ne s’était pas exprimé au premier tour. Mais c’est surtout le score décevant du premier tour qui a provoqué une mobilisation. Son électorat a pris conscience que la gauche était en passe de l’emporter, alors qu’il était convaincu d’une victoire. La mobilisation est donc liée à cette prise de conscience après le premier tour".
Daniel Navrot livre aussi son regard sur la nouvelle ère qui s'ouvre ce jeudi avec l'installation d'une majorité de droite et du centre à la Métropole de Lyon : "il n’y aura pas de blocage, car la majorité absolue est clairement détenue par le bloc central à la métropole. En revanche, il y aura des frictions sur certains sujets entre la ville de Lyon et la métropole, mais aussi avec Villeurbanne. Sur les grands dossiers, urbanisme, logement, mobilités, c’est la métropole qui aura la main. Les municipalités tenteront d’influencer ou d’adoucir certaines décisions. Il n’y aura pas de blocage, mais des tensions".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Daniel Navrot
Bonjour à tous et bienvenue, vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction Lyon Capitale, et aujourd’hui nous accueillons Daniel Navrot. Vous êtes politiste, directeur de la revue Prospective Rhône-Alpes Méditerranée. Nous allons revenir avec vous sur les élections municipales et métropolitaines de ce dimanche 22 mars. On va commencer par probablement le fait le plus important et le plus commenté : la réélection presque surprise, au vu des sondages tout au long de la campagne, de Grégory Doucet. De quoi est-elle le nom cette victoire ? Est-ce qu’elle montre que Lyon est une ville de gauche ou est-ce que Lyon est une ville qui adhère aux politiques menées par les exécutifs écologistes durant le mandat précédent ?
C’est médiatiquement l’élément le plus important. Sur le fond, l’élément le plus important, c’est la métropole. Lyon est une ville de gauche, sociologiquement de gauche, et elle l’est de plus en plus. C’est une ville très jeune, avec 40 % des emplois occupés par des cadres parmi les résidents lyonnais, et une population âgée très faible. On a donc un profil marqué, avec une forte présence étudiante sur l’ensemble de la métropole, près de 200 000 étudiants. Sur la ville de Lyon, ils pèsent énormément. Par exemple, dans le seul 7e arrondissement, on compte 15 000 étudiants résidents. Tous ces facteurs sociologiques font de Lyon une ville de gauche, et elle le reste aujourd’hui, avec toutefois un score de second tour extrêmement serré.
Jean-Michel Aulas rate son pari d’assez peu. Comment expliquer qu’il finisse aussi près, avec environ 2 800 voix d’écart, alors que les dynamiques semblaient favoriser largement Grégory Doucet et qu’il avait peu de réserves de voix ?
Marteler l’« alliance de la honte » a certainement contribué à mobiliser une partie de son électorat qui ne s’était pas exprimé au premier tour. Mais c’est surtout le score décevant du premier tour qui a provoqué une mobilisation. Son électorat a pris conscience que la gauche était en passe de l’emporter, alors qu’il était convaincu d’une victoire. La mobilisation est donc liée à cette prise de conscience après le premier tour. Il progresse de 36 % en voix et de 12 points en pourcentage, ce qui est très impressionnant. Mais cela n’a pas suffi. Lyon reste une ville de gauche.
De gauche, mais cela aurait-il pu être un socialiste, un écologiste, un communiste ou un insoumis ?
Non, cela n’aurait pas pu être un communiste ou un insoumis. Cela aurait pu être un socialiste, mais les socialistes sont aujourd’hui très affaiblis à Lyon intra-muros.
L’union de la gauche de Grégory Doucet avec la France insoumise a été au cœur de l’entre-deux-tours. Peut-on dire si elle a fonctionné, si elle a rebuté certains électeurs, si Grégory Doucet a gagné grâce à cela ou malgré cela ?
L’union de la gauche a fonctionné. La progression en voix de Grégory Doucet au second tour correspond globalement au total des voix des listes insoumises et de la liste conduite par Nathalie Perrin-Gilbert au premier tour. Les choses sont toujours plus complexes, mais dans les grandes masses, on observe un vote d’union de la gauche au second tour, sans dépassement significatif.
Une vague bleue a déferlé sur la métropole. Est-ce lié à la sociologie ou à un rejet massif des écologistes, notamment sur la question de la voiture ?
Les deux. On observe une confirmation de la « ceinture bleue » autour de Lyon, déjà présente en 2020. À l’époque, la métropole avait basculé à gauche parce que le bloc central était divisé. Aujourd’hui, ce bloc central droite-centre est uni, ce qui a permis de conquérir la majorité des circonscriptions, avec 92 sièges sur 150.
Cela implique une situation inédite : la métropole et la ville de Lyon ne sont plus alignées politiquement. Peut-on imaginer une métropole bloquée pendant six ans ?
Non, il n’y aura pas de blocage, car la majorité absolue est clairement détenue par le bloc central à la métropole. En revanche, il y aura des frictions sur certains sujets entre la ville de Lyon et la métropole, mais aussi avec Villeurbanne. Sur les grands dossiers, urbanisme, logement, mobilités, c’est la métropole qui aura la main. Les municipalités tenteront d’influencer ou d’adoucir certaines décisions. Il n’y aura pas de blocage, mais des tensions.
