Buridane lux
© Tim Douet

Musique : Lyon connaît la chanson

À l’occasion du festival Les Chants de mars (une semaine de concerts, à partir de samedi), tour d’horizon de la scène “chanson” lyonnaise. Avec des programmateurs et la chanteuse Buridane.

De gauche à droite et de haut en bas : Foé, Tim Dup, Chaton / Leïla Huissoud / Sarah Mikovski, Juliette Armanet, Amélie les Crayons et Klô Pelgag © Justin Giboreau / Jim Rosemberg / DR / Geoffrey Saint-Joanis / Elza Rakoto / Erwan Fichou & Théo Mercier / DR / Etienne Dufresne

© J.Giboreau/ J.Rosemberg / DR/ G.Saint-Joanis/ E.Rakoto/ Fichou&Mercier/ DR/ Dufresne
A l’affiche des Chants de mars 2018 : Foé / Tim Dup / Chaton – Leïla Huissoud – Sarah Mikovski / Juliette Armanet / Amélie les Crayons / Klô Pelgag.

En 1978, le journal Libération titrait “Lyon, capitale du rock”. Quarante ans plus tard, si la ville rock est devenue temple de l’électro (via l’héritage Jarring Effects et le boom induit par les Nuits sonores), la tradition chanson y est fermement ancrée, et surtout de nouveau en plein essor. Carmen Maria Vega, Buridane, Amélie-les-Crayons, Pomme… Rares sont les villes où le vivier chanson – genre parfois un peu vite considéré comme désuet, voire ringard – est aussi dense qu’à Lyon.

Un maillage idéal

“Historiquement, nous explique Lucas Roullet-Marchand, qui en 2014 a repris avec son complice Matthias Bouffay les rênes de la salle A Thou Bout d’Chant, il y a plusieurs villes considérées comme des villes “chanson”, comme Toulouse ou Lyon. Mais, à Toulouse, les lieux chanson sont souvent isolés, avec trois, quatre caf-conç’, pas plus. À Lyon, c’est autre chose.” La ville peut en effet compter sur un nombre plus important de caf-conç’, certes, de petits théâtres de 40, 50 places mais aussi des salles de plusieurs centaines de places. “Du Krazpek au Marché Gare, des Rancy au Radiant en passant par A Thou Bout d’Chant, ça donne beaucoup de possibilités de visibilité aux artistes”, confirme Jérôme Laupies, fondateur de Mediatone et programmateur de concerts de chanson française qui a toujours le souci de placer des artistes de la scène chanson lyonnaise dans un maximum de premières parties. Car un tel maillage est l’outil idéal pour faire vivre le vivier local, l’entretenir, le développer dans les meilleures dispositions, que ce soit à travers les résidences, comme celles que propose le Marché Gare, ou les scènes ouvertes et autres tremplins, autant d’étapes obligées pour s’accomplir et surtout faire ses gammes, acquérir de l’expérience.

Des efforts communs

La chanteuse Buridane © Tim Douet

© Tim Douet
Buridane.

Jérôme Laupies : “Une Pomme, une Buridane sont passées par toutes ces étapes jusqu’à leur signature sur des labels nationaux. Sans un coup de pouce des acteurs locaux au départ, c’est compliqué.” Ce que confirme Buridane, consciente que c’est ce qui lui a permis d’atteindre à un destin plus national par ricochet, notamment via le festival Changez d’air et le tourneur lyonnais Caravelle. Ce coup de pouce n’irait pas de soi si les différents acteurs locaux ne mettaient leurs efforts en commun pour créer une véritable synergie, comme le montre le dispositif d’accompagnement des artistes mis en place conjointement cette année par la salle Léo-Ferré, les Rancy et le Marché Gare. Pour Lucas Roullet-Marchand, “la compétition entre les salles serait une énorme erreur et on a la chance à Lyon que personne ne fasse cette erreur. Cela donne une portée plus importante à ce réseau chanson, avec des gens qui se connaissent et qui ont la volonté d’aller toujours plus loin. Chaque saison, quand on a quasiment fini notre programmation, on prend rendez-vous avec Lorette Vuillemard de la salle Léo-Ferré et Christine Azoulay de la salle des Rancy et on affine notre programmation ensemble, pour faire circuler les choses.” Une méthode qu’on a pu constater récemment lorsque, dans le cadre de French Connexion*, la Comédie-Odéon s’est alliée avec A Thou Bout d’Chant et un autre festival, les Chants de Mars.

* Voir Lyon Capitale n°772 (décembre 2017).

L’effervescence

Un temps fort de la saison que ces Chants de Mars, organisés par les Rancy mais où toutes les structures gravitant de près ou de loin dans le milieu de la chanson sont parties prenantes. Point de convergence artistique et esthétique de la scène chanson locale comme nationale, permettant, pour Lucas Roullet-Marchand, “de prendre conscience que la chanson fait partie des musiques actuelles”, les Chants de Mars sont un peu la vitrine de Noël (même si en mars) de la chanson dans l’agglomération. Mais aussi l’occasion, explique Jérôme Laupies, “de tisser des liens entre les acteurs locaux, ce qu’on n’a pas forcément l’occasion de faire le restant de l’année, de se connaître et de s’entraider, que ce soit via du prêt de matériel, de l’échange de communication, du hors-les-murs. De se rappeler qu’on peut et qu’on doit travailler main dans la main”. C’est également le cas des artistes et c’est aussi ce qui fait la force d’une “scène”. “Ce qui crée cette effervescence, d’après Lucas Roullet-Marchand, ce sont les rencontres. Quand les artistes sont ensemble, ils échangent, ils créent, ils parlent des autres dans leur entourage, sur les réseaux sociaux”, donnant l’impression d’une sorte de famille lyonnaise de la chanson française. “Il y a plus de solidarité qu’avant, confie Buridane, forte de sa décennie d’expérience. Les gens se regardent moins en chiens de faïence, en se disant qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde. On arrive dans un élan un peu nouveau.”

L’ouverture

Cet élan, elle l’assure, on le doit aussi beaucoup à la nouvelle direction prise par A Thou Bout d’Chant, dans le sens d’un dépoussiérage généreux du genre. “Lucas et Matthias sont en train de donner un vrai coup de jeune à cette salle, qui est quand même la scène phare de Lyon avec les Rancy et Léo-Ferré”, constate également Francis Richert, chargé du labo Musiques actuelles du conservatoire mais aussi président de Riddim Collision, programmateur au Groom et au festival Changez d’air dont il est le fondateur. “Grâce à eux, on se rend compte qu’il y a un vrai public pour la chanson, souligne-t-il. Tous constatent même qu’après un pic il y a dix ans, dont avait déjà fait partie Buridane, la production chanson lyonnaise avait connu un creux. Mais aussi que les choses repartent de plus belle “avec des chanteuses comme Sarah Mikovski, qui porte vraiment un beau projet, ou Melba”, avance Buridane de concert avec Lucas Roullet-Marchand. “À Changez d’air, nous dit Francis Richert, pendant un temps j’avais un peu abandonné la chanson. Depuis quatre, cinq ans, des artistes comme Albin de la Simone, Babx, Alex Beaupain, font que les jeunes s’y remettent. Du coup, Changez d’air refait de la chanson et même au conservatoire on a un vrai regain de cette esthétique.” Peut-être aussi parce que d’autres esthétiques s’ouvrent à la chanson. Du hip-hop, avec par exemple Blu Jaylah, un talent ardemment défendu par Lucas Roullet-Marchand, à la pop avec Kcidy. De plus en plus de groupes pop chantent en français, appuie Francis Richert. Mais la question est aussi : comment intéresser le public lyonnais féru de musique à la chanson ? Or je ne crois pas qu’il y ait autant de clivage que ça. Je m’en rends compte avec le Groom.” Une salle tournée vers l’électro et l’indie-pop, qui s’est mise au “français” avec Kcidy et entend bien continuer avec des artistes venus d’ailleurs comme Barbagallo et peut-être au printemps une figure de la chanson lyonnaise, Denis Rivet, dont le prochain album sort en février. Preuve que la chanson franco-lyonnaise gagne du terrain.

Les Chants de marsDu 17 au 24 mars dans toute la ville (et au-delà)
À venir : Pauline Croze + Sarah Mikovski (dans le cadre de French Connexion) Dimanche 29 avril à la Comédie-Odéon
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