Jacco Gardner
© Nick Helderman

Concert : Jacco (Gardner) au pays des merveilles

Derrière le miroir de la réalité contemporaine, le jeune Néerlandais Jacco Gardner s’est bâti un monde psychédélique dont il restitue la beauté musicale à l’égal de ses pairs d’il y a près d’un demi-siècle. Il est ce mardi 28 janvier au Marché-Gare.

Quand on parle de rock ou de pop, la Hollande n’est pas à proprement parler le premier pays auquel on pense. Les États-Unis, oui, la Grande-Bretagne évidemment, la Suède (3e exportateur de musiques de jeunes), le Canada, l’Islande, petit miracle pop, la France forcément et même la Belgique nourrissent probablement 99 % de notre consommation en la matière.

On a ainsi tendance à oublier que les Pays-Bas ont donné au monde des groupes comme les Nits ou The Ex (oui, bon, un peu moins connu que les Jackson 5, celle-là on vous la laisse volontiers). Et dernièrement, donc, le bon Jacco Gardner, dont au départ il ne nous est même pas venu à l’esprit qu’il soit néerlandais.

Le type, avec son prénom bizarre, était forcément né quelque part dans le triangle d’or Londres-Manchester-Liverpool. Qui plus est, il y a fort longtemps, puisque sa musique donnait la nette impression de tomber dans notre jardin directement depuis la fin des années 1960. Plus précisément à l’heure du psychédélisme triomphant, avant que tout ne parte méchamment en sucette et que les psychédéliques justement ne se mettent à ramper en bavant. Disons la période 1967-1971, allant de Sgt. Pepper (Beatles), The Piper at the Gates of Dawn, See Emily Play (Pink Floyd), Something Else (Kinks) – tous sortis en 1967 – jusqu’au dézingage cérébral du floydien Syd Barrett (visiblement l’idole de Gardner) après ses deux albums solo en 1970.

Cabinet de curiosités

C’est sur ce court laps de temps béni et uniquement sur lui que se concentre Jacco Gardner. Mais il n’est en rien un contemporain de tous ces mythes. Jacco a un petit quart de siècle et a donc grandi à Amsterdam. Mais il fait comme si ce n’était pas le cas, en créant juste l’impression à travers une musique qui donne envie de manger des champignons avec Alice, d’avoir accès au stock national de produits dopants de l’autre pays (euh, en fait le principal) du fumage.

Il n’empêche qu’il y a dans son bien nommé Cabinet of Curiosities, sorti l’an dernier, quelque chose de captivant qui a comme saisi l’essence de cet âge d’or, l’a enfermé dans l’une de ces bulles pleines de fumée que l’on voit parfois former par des artistes de rue. Sans qu’à aucun moment le jeune homme ne singe ses aînés. Cette musique l’habite profondément : dans sa tête il entend des flûtes et des nappes de claviers vintage, des harmonies vocales en écho, et il fait ce que ces voix lui disent de faire. Si bien que, comme on le sous-entendait en invoquant Carroll, il y a quelque chose là-dedans de magique qui fait de Jacco Gardner moins un Hollandais qu’un habitant du Pays des Merveilles. Un pays que la réalité ne peut briser.

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Jacco Gardner. Mardi 28 janvier à 20h30, au Marché-Gare, 34 rue Casimir-Périer, Lyon 2e/Confluence.

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Cet article est extrait de Lyon Capitale 729 (janvier 2014), en vente en kiosques jusqu’au 30 janvier, et dans notre boutique en ligne.

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