Broiler, 2024-2026 de Maja Fredin © Thomas Lannes

18e Biennale d’art contemporain de Lyon : une scène émergente enthousiasmante à l’IAC

L’IAC (Institut d’art contemporain) de Villeurbanne expose dix jeunes artistes autour d’œuvres politiques et originales. À ne pas rater !

Dans le cadre de la 18e Biennale d’art contemporain de Lyon (Passer d’un rêve à l’autre), l’IAC expose la scène émergente avec la nouvelle édition de “Jeune création internationale”, invitant cinq artistes issus de la scène régionale et cinq autres de l’internationale. S’appuyant sur l’installation, la vidéo, la sculpture, le dessin ou le textile, très politiques, empreints d’humour pour certains, poétiques pour d’autres, tous les projets démontrent une génération qui s’est emparée de la thématique avec des formes inédites ! Pour Isabelle Reiher, directrice de l’IAC, cette plateforme est fondamentale.

“L’objectif, nous dit-elle, est de mettre en avant des artistes plutôt jeunes, issus depuis environ cinq ans des écoles d’art de la région, qu’elle soit un tremplin car en sortant de l’école, ils ont souvent des difficultés à s’insérer dans la vie professionnelle, à se faire un réseau. Il est important qu’une structure comme la nôtre puisse leur offrir des temps stratégiques pour leur carrière, qu’ils puissent émerger dans la mesure également où on les voit peu ailleurs en France. Et comme nous sommes aussi un Frac, certains rentreront peut-être un jour dans notre collection. Pour ce qui est de la thématique, il n’est pas question uniquement du rêve, la commissaire Catherine Nichols souhaitait que les œuvres soient centrées sur les notions de circulation et de transmission. Il est ainsi beaucoup question des utopies, des circulations des valeurs, de l’économie individuelle, sociale ou celle liée au capitalisme, de la transmission, des échanges. Des thèmes qui faisaient déjà partie de leur recherche et qu’ils abordent tous de manière différente, à la fois pensée et subliminale.”

Mandala-Cartographie, 2024-2026 de Haonan He © Thomas Lannes

Des projets marquants…

Si tous les projets sont à découvrir sans exception, d’aucuns sont particulièrement marquants. Ainsi la Suédoise Maja Fredin avec deux installations (Broiler, 2024-2026 et Humonculi, 2026) évoque l’élevage industriel de poulets en même temps que le bodybuilding (qu’elle s’est mise à pratiquer), sport où la consommation de protéines participe au gavage et à la glorification du corps. Au centre de la salle se trouvent trois sculptures de corps/poulet sans tête, en textile et silicone qui portent des talons, l’un d’eux étant dans la position idéale pour passer à la broche. Autour, elle expose une série de squelettes humains réalisés avec des os de poulets qu’elle a mangés après avoir renoncé à son régime végétarien. C’est un peu glauque, plein d’humour et très percutant !

Avec Mandala-Cartographie, 2024-2026 et Opium-Arium, 2024-2026, le Chinois Haonan He nous embarque dans un univers poétique qui relate l’histoire du pavot, plante utilisée dans sa culture, servant notamment à la fabrication de médicaments, exploitée par la suite pour devenir une drogue (l’opium). Dans une première salle, sont suspendues trois cartes-mandalas rondes sur lesquelles il écrit, dessine, peint, colle, retrace sa circulation à travers les siècles depuis les régions du Triangle d’or jusqu’à l’Europe et où se croisent histoires coloniales, économiques et imaginaires. Dans la seconde, emplie de pénombre, une très belle installation en forme de triangle au sol et faite de sculptures en céramique nous incite étrangement au recueillement, évoquant la croissance du pavot de la graine jusqu’à sa fleur rouge sublime tandis que nous sommes enrobés d’une légère fumée odorante. L’artiste aime travailler avec les odeurs, considérant qu’elles font partie de la reconstitution d’une histoire.

Who Gets to Be Seen, 2026 est l’œuvre spectaculaire de la Coréenne Yehwan Song,composée de tuyaux, réservoirs, fontaines et smartphones avec des pages web projetées sur des structures fragiles en carton. Elle fait circuler l’eau entre les éléments avec des gouttes qui tombent sur les smartphones (au risque de les griller), mêlant flux d’eau et flux d’informations pour interroger la fragilité des outils numériques mais aussi la manipulation invisible d’Internet.

Récompensé par le prix de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Charles-Arthur Feuvrier Fok-Shan impressionne dès le début du parcours avec Pyramid 7,2026, constituée de cinq écrans géants de smartphones et d’une pyramide gonflable suspendue à l’envers au-dessus qui illustre une pyramide en pierre située sur l’île Maurice où il a vécu et qui fut créée avec d’autres dans les années 1940 sans que personne ne sache comment elles sont arrivées là. À partir de ce mystère, il diffuse des témoignages de gardiens qui se sont attribués son histoire, élaborant des récits mêlant culture populaire, spéculations ésotériques et archives, à l’instar d’informations qui circulent sur les réseaux sociaux, jouant du fake et du vrai.

… Et un coup de cœur !

Artiste basé entre Lyon et Istanbul, Sirag Sesetyan (26 ans, diplômé de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon en 2023) mérite à lui seul le détour à l’IAC ! Son œuvre architecturale Il n’est pas vraiment possible de ne pas penser à vous ici, 2026, interroge la manière dont on traverse et regarde les espaces publics et nous fait découvrir au travers d’une extraordinaire expérience sensorielle d’autres manières de les appréhender et de les ressentir. Il a ainsi créé une plateforme en bois de 40 centimètres de hauteur qui permet des circulations avec des niveaux différents et où il est possible de s’asseoir ou regarder dessous. Deux sculptures métalliques la prolongent à la verticale comme à l’horizontale tandis qu’un chien errant, en plâtre (et terriblement présent), s’est enroulé autour de la tige, histoire d’éprouver le regard à hauteur d’animal. Enveloppés par une musique vibratoire qui infuse la moindre cellule de notre peau et amplifie l’espace autour, notre regard comme notre corps se laissent porter par des architectures invisibles et instables où il faut trouver sa place, provoquant un étrange sentiment de solitude propice à un imaginaire rempli d’émotions mais aussi de poésie.

Jeune création internationale – Jusqu’au 13 décembre à l’IAC de Villeurbanne

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