Vincent Guilly, secrétaire CSE de Symbio, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale
Vincent Guilly, secrétaire CSE de Symbio, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale

Symbio : "L’arrêt du programme a été rapide et violent pour les équipes"

Vincent Guilly, secrétaire CSE de Symbio, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Symbio, industriel stratégique de la filière hydrogène française, subit de plein fouet l’arrêt brutal des programmes hydrogène de Stellantis, son principal client et actionnaire. Dans l’émission 6 minutes chrono, Vincent Guilly décrit un choc industriel majeur : "L’arrêt du programme a été rapide et violent pour les équipes" explique-t-il, rappelant que l’usine inaugurée en 2023 avait été dimensionnée pour Stellantis. "On a mobilisé 600 personnes pour développer la mobilité hydrogène, et aujourd’hui le projet est quasiment totalement à l’arrêt."

Une filière fragilisée

Si une procédure de conciliation a évité la liquidation judiciaire, les perspectives restent tendues. "On échappe à la liquidation, mais le business plan est revu à la baisse de manière drastique", avertit Vincent Guilly. Symbio, pourtant soutenue par des centaines de millions d’euros d’aides publiques françaises et européennes, craint un impact systémique : "Si un des leaders devient transparent dans l’économie française, c’est potentiellement toute la filière hydrogène qui tombe à l’eau."

Plus de détails dans la vidéo :

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Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, on va parler d'une actualité lyonnaise, on va parler de Symbio, cet industriel de piles à hydrogène qui était censé être le leader, a minima français, à maxima européen. L'entreprise est en difficulté depuis que l'un de ses principaux actionnaires, le constructeur automobile Stellantis, a annoncé en juillet dernier l'arrêt de ses programmes. Et pour en parler, nous recevons Vincent Guilly, secrétaire CSE de Symbio. Bonjour Vincent Guilly. Merci d'être venu sur notre plateau. On va rentrer dans le vif du sujet : qu'est-ce qui cloche pour vous dans la situation actuelle à Symbio ?

Ce qui cloche en premier lieu, c'est l'arrêt du programme, qui a été rapide et violent pour les équipes. On a investi depuis 2023 dans une nouvelle usine qu’on a dimensionnée pour Stellantis, notre client principal. On a mobilisé 600 personnes dans un projet qui devait développer la mobilité hydrogène et qui est aujourd’hui quasiment totalement mis à l'arrêt.

Voilà. Juste pour donner un peu de contexte : Stellantis, c’était 80 % du prévisionnel du chiffre d’affaires de Symbio. Donc c'était le principal client, pas seulement l’actionnaire, mais aussi le principal client des piles à hydrogène de votre entreprise.

Au moins sur les prochaines années, oui.

Voilà. Vous l’avez dit, l’entreprise est composée de 530 CDI actuellement, donc des postes mis en danger par l'arrêt, ou au moins par la diminution de la production. Je crois qu'une procédure judiciaire de conciliation a abouti dernièrement. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que c’est et sur quoi elle a abouti ?

Alors, ce qui a abouti, c'est le fait que Stellantis, a priori, accepte de payer une partie des dommages-intérêts liés à l’impact qu’a eu l'arrêt pour Symbio. L’impact total était de 400 millions d’euros de préjudice pour Symbio. On n’a pas le montant exact qui serait payé, mais on sait que cela correspond à une partie de ce chiffre-là, et ça va permettre à Symbio de ne pas entrer en procédure de liquidation judiciaire.

Ce qui est plutôt une bonne nouvelle.

Ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Pourtant, il faut rester vigilant : on échappe à la liquidation ou, au minimum, au redressement judiciaire. Il manque toutefois, par rapport au budget des années précédentes, une grosse partie. Donc nos actionnaires ont revu un business plan, un plan budgétaire, qui est revu à la baisse de manière drastique.

Voilà. Et je continue sur les éléments de contexte, mais cette fois financiers. Les trois actionnaires sont Stellantis, Michelin — qu'on connaît bien dans la région Auvergne-Rhône-Alpes — et Forvia. Mais c’est aussi, au-delà des actionnaires, une entreprise sur laquelle les acteurs publics ont beaucoup misé : l’État français, mais aussi l’Union européenne. On parle de plusieurs centaines de milliers… de millions, pardon, d’euros investis, de l’argent public, dans ce secteur et dans votre entreprise.

Depuis 15 ans, on est perfusé à la fois par nos actionnaires, qui nous permettent de tenir le budget au fil des mois, et par l’État français et l’Union européenne via des aides qui ont d'abord porté sur les véhicules qu’on vendait, comme les Kangoo, ou ceux qu’on allait vendre avec Stellantis, les Jumpy et Jumper. Et on bénéficie d’une aide de l’IPCEI — un projet d’importance économique européen — sur le fonds hydrogène. Le fonds européen représentait 2 milliards ; on en a à peu près 600 millions.

Voilà, donc ce sont des sommes énormes, colossales, on peut le dire, par des programmes européens pour simplifier. Sachant que ces piles à hydrogène étaient destinées à des véhicules de transport plutôt professionnels, même s’il y avait une ouverture possible vers les véhicules particuliers, si j’ai bonne mémoire.

Alors, le business plan global était vraiment tourné vers les véhicules utilitaires avec Stellantis. À côté, on avait un peu de bus, de poids lourds, et on a testé le maritime et le ferroviaire. Mais il faut des clients, il faut du monde derrière.

Voilà. Qu'est-ce que vous demandez actuellement ? Vous avez organisé une manifestation la semaine dernière, à la mi-novembre. Quelles sont vos réclamations aujourd’hui ?

Nos réclamations actuelles, c’est de rester vigilants. Aujourd’hui, on échappe — comme je le disais — aux questions judiciaires. Pourtant, on risque d’avoir un plan social, un plan de sauvegarde de l’emploi, pour pérenniser Symbio au détriment de l’emploi, au détriment de la souveraineté industrielle. Et notre souhait, c'est d’alerter nos concitoyens et nos actionnaires sur le fait qu'aujourd'hui la filière hydrogène est en danger en France. On a voulu faire de Symbio un des leaders. Si aujourd’hui un des leaders devient transparent dans l’économie française, c’est potentiellement toute la filière qui tombe à l’eau.

C’était ma dernière question : l’hydrogène, trop tôt, trop vite ? Finalement, le choix stratégique fait par les acteurs, c'est plutôt l’électricité pour les véhicules de transport. On a l’impression qu’après des investissements énormes, des inaugurations gigantesques avec des ministres — on avait Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, qui était là en 2023 pour l’ouverture ; on y était aussi à Lyon Capitale — finalement, trois ans plus tard, la bulle explose ?

Alors, trop tôt, trop vite, pas forcément. On a voulu se dimensionner pour répondre à des demandes, avec une émergence de marché qu’on voyait. On voulait éviter le retard qu'on a eu sur l’électrique, avec le monopole asiatique qu’on connaît aujourd’hui. Donc, c’était aller vite pour se dimensionner et être demain parmi les premiers au monde. On n’était pas trop tôt… peut-être trop vite.

Très bien, ce sera le mot de la fin. C'est très difficile de synthétiser un secteur aussi grand, aussi complexe, avec autant de dynamiques, en si peu de temps, mais merci d'avoir donné votre témoignage et expliqué ce qui se passe aujourd’hui à Symbio. Quant à vous, merci d’avoir suivi cette émission. Plus de détails sur le secteur de l’hydrogène en Auvergne-Rhône-Alpes sur le site lyoncapitale.fr : il y a de nombreux articles et dossiers. Je vous dis à très bientôt.

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