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Pourquoi le réaménagement de la rue Garibaldi va aggraver la pollution

Selon les simulations réalisées par la Dreal, la réduction de la voirie automobile et la suppression des trémies va causer une augmentation de la pollution aux abords de cet axe routier. En cause : la vitesse inférieure et la création de 13 carrefours. Et si la politique d’encombrement routier aggravait la situation ?

Un nouvel exemple de greenwashing ? Une tromperie écologique ? Ou pire : un paradigme urbanistique qui tombe ? L’un des projets phares de l’écologie urbaine prônée par Gérard Collomb n’en est pas un. C'est en tout cas la conclusion du rapport d'enquête publique réalisé par la DREAL. Explications.

Plus que trois voies automobiles

Haro sur les autoroutes urbaines, la voiture-roi, la vitesse folle en ville. Le réaménagement de la rue Garibaldi qui va commencer dès janvier 2012 symbolise la ville apaisée souhaitée par les élus comme par les citoyens. Le contre-modèle de Pradel. Cet axe qui comporte jusqu’à six voies va être redimensionné à trois voies automobiles, avec suppression des trémies, création d’une piste cyclable à l’Ouest en double sens, et d’un site propre accueillant les bus à l’Est. Or en attendant l’avis du commissaire enquêteur, le rapport de l’enquête publique réalisé par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) cache tant bien que mal une bombe. Non le réaménagement de la rue Garibaldi ne va pas réduire la pollution. Il devrait même l’augmenter. C’est le conseiller d’arrondissement Eric Lafond (MoDem) qui lève le lièvre.

Intersection Trafic (véhicules/jour aujourd’hui)
Départ 13 100
Cours Vitton 15 000
Cour Lafayette 16 300
Rues Servient et Paul Bert 28 100
Cours Gambetta 30 300
Grande rue de la Guillotière 28 100
Rue Domer 24 300

Le point noir de la pollution : la piscine Garibaldi

Le constat est connu. La rue Garibaldi est l’un des axes routiers les plus fréquentés de Lyon : entre 13000 et 30 000 véhicules/jour l’empruntent. Le trafic gagne en intensité à mesure que l’on descend vers le sud : le point noir est atteint à la sortie sud de la trémie Gambetta avec 30 300 véhicules/jour. La pollution est à l’avenant. A cause des autos. A cause aussi de certains riverains pas vraiment verts : quatre stations services, deux pressings, une station de distribution et de stockage de gaz liquéfié, plusieurs immeubles et bureaux équipés de chaufferies, pompes à chaleur ou systèmes de refroidissement... Des relevés de dioxyde d’azote ont par exemple été effectués au bord de la rue Garibaldi en mars 2011. Tous dépassaient le seuil des 40 µg/m3 qu’il est recommandé de ne pas excéder en moyenne annuelle. Le pire est atteint face à la piscine Garibaldi : 92,6 µg/m3.

Baisse attendue du trafic

Les riverains peuvent souffler : d’ici à 2030, la pollution va reculer. C’est l’effet mécanique d’une réduction globale du trafic routier – la part des déplacements automobiles est déjà passée de 34 à 25% entre 1995 et 2006 à Lyon et Villeurbanne. C’est ainsi qu’au sud de l’avenue Gambetta, le trafic va passer de 30 300 véhicules/jour à 27 078, et de 26300 véhicules/jour à 24320 entre la rue d’Arménie et celle de l’Abondance. De ce point de vue, le projet de la communauté urbaine est une réussite. Les habitants vont pouvoir compter aussi avec des voitures de moins en moins polluantes. Mais ils n’ont rien à espérer des aménagements prévus. "Il n’y a pas d’amélioration notoire de la qualité de l’air à attendre du projet", euphémise le rapport. Des simulations ont été réalisées à horizon 2030, selon que l’on exécute ces travaux ou qu’on laisse l’axe en état. Surprise : le laisser-faire vaut mieux.

Sur l’ensemble de la rue Garibaldi, les émissions de monoxyde de carbone sont ainsi de 51.65 kg sans projet, de 57.51 kg avec ; celles d’oxydes d’azote de 33.09 kg sans, de 34.57 avec ; et celles de particules de 1.99 kg sans, de 2,17 kg avec. Au final calcule l’étude, sur la portion réaménagée, la pollution augmente de 9 à 25% selon les gaz, si l’on fait l’aménagement plutôt que si on ne le fait pas.

Monoxyde de carbone Oxyde d’azote Composés organiques volatils Particules
Etat actuel 2010 99.81 kg 39.49 kg 9.21 kg 2.71 kg
Horizon 2030 sans projet 51.65 kg 33.09 kg 5.17 kg 1.99 kg
Horizon 2030 avec projet 57.51 kg 34.57 kg 5.52 kg 2.17 kg

Faible vitesse = plus d’émissions de polluants

L’étude donne des pistes d’explication à ce résultat inattendu : la suppression des trémies provoque un ralentissement de la circulation. Or une voiture pollue plus à 40 km/h qu’à 50 km/h (voir graphique ci-dessous). Il faut aussi prendre en compte le rétablissement de 13 carrefours "dont le régime pulsé induit une augmentation des émissions (de 75% à 10 km/h pour un véhicule léger)". L’étude comptabilise le nombre d’heures de trajets quotidiens effectués par les automobilistes sur la rue Garibaldi. Il est aujourd’hui de 1896. Il sera en 2030 de 1754h/jour sans aménagement, de 1906h/jour avec. Soit une perte de 152 heures de trafic supplémentaire avec la réduction à 3 voies. C’est cet engorgement qui est à l’origine de la pollution supplémentaire. Le pari de la municipalité lyonnaise et de nombreuses villes françaises – engorgement des voies = baisse de la pollution - est battu en brèche. Eric Lafond y voit une cause : l’absence d’alternative en transport en commun. Car à la différence de l’avenue Berthelot qui a amélioré la qualité de son air avec l’arrivée du tram, le projet de réduction de voiries automobile n’est pas ici couplé avec la mise en service d’un transport collectif performant. D’où la proposition de l’élu centriste de n’aménager que "deux voies automobiles" avec de vraies alternatives en transport en commun.

Plus d’accidents aussi !

On dénombre aujourd’hui 30 accidents par an. Après le réaménagement, ce sera là aussi pire : sur une tranche de six ans, comparée à la période 2004-2010, on comptera + 0.45 tués (sic), + 4,82 blessés graves et + 19,13 blessés légers. Des drames qui surviendront notamment aux abords des 13 nouveaux carrefours.

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