Photo prise le 12 février 1989 au stade Vélodrome de Marseille. (Photo AFP)

Mort de Bernard Tapie : il a marqué la région avec La Vie Claire, Manufrance et le Crédit Lyonnais

L'ex-homme d’affaires Bernard Tapie s’est éteint dimanche à 78 ans, des suites d’un cancer. Les hommages n’ont pas tardé à pleuvoir, y compris à Lyon par la voix du président de l’Olympique Lyonnais, Jean-Michel Aulas, qui a salué la mémoire d’un homme, qui a également marqué la région lyonnaise avec La Vie Claire, l’affaire du Crédit Lyonnais et la reprise de Manufrance à Saint-Étienne.  

Tour à tour entrepreneur, chanteur, président de l'Olympique de Marseille, ministre, acteur ou encore patron de presse, Bernard Tapie a marqué la France de son empreinte tout au long de sa vie. Un temps érigé en symbole de la réussite sociale avant d'être rattrapé par les ennuis judiciaires, l’ex-homme d’affaires est mort dimanche 3 octobre à 78 ans d'un cancer dont il souffrait depuis 2017. 

"Dominique Tapie et ses enfants ont l’infinie douleur de faire part du décès de son mari et de leur père, Bernard Tapie, ce dimanche 3 octobre à 8h40, des suites d’un cancer", a fait savoir sa famille dans un communiqué cité par La Provence. "Il a fait part de son souhait d’être inhumé à Marseille, sa ville de coeur".

Celui qui a "tout appris" à Aulas

Par ses succès, mais aussi sa gestion controversée des sociétés qu’il reprenait et ses démêlés avec la justice, Bernard Tapie n’a jamais laissé indifférent, suscitant même l’admiration et la reconnaissance auprès des personnes qui l’ont côtoyé. C’est le cas, notamment, du président de l’Olympique Lyonnais, Jean-Michel Aulas, qui a salué la mémoire de l’ex-dirigeant de l’Olympique de Marseille, un homme dont il était proche.

Sur Twitter, le dirigeant du club lyonnais lui a livré un touchant hommage, en déclarant "Tu nous manques beaucoup Bernard. Avec ta disparition, c’est un pan entier du football français qui s’éteint. Ta passion était un phare. Tu as montré la voie à bon nombre d’entre nous et sans toi, rien ne serait comme aujourd’hui, y compris pour l’Olympique Lyonnais".


"Tu as montré la voie à bon nombre d’entre nous et sans toi, rien ne serait comme aujourd’hui, y compris pour l’Olympique Lyonnais", Jean-Michel Aulas, président de l'Olympique Lyonnais


En février 2021, dans l’émission "Aulas, comme jamais", diffusée sur RMC, Bernard Tapie avait alors salué le travail de l’entrepreneur Lyonnais : "Il est là au bout de 34 ans, avec une équipe féminine formidable. Et puis il a sorti un nombre incalculable de stars, de joueurs qui sont devenus des grands joueurs. […] Bravo Jean-Michel. Je t’aime." Un message fort qui avait ému le créateur de Cegid, qui reconnaissait que l’ex-dirigeant Marseillais lui avait "tout appris et donné l’envie. Et donner l’envie c’est important".

Les coups de pédales de La Vie Claire

Avant de toucher Jean-Michel Aulas, figure emblématique de Lyon, Bernard Tapie a également posé sa patte sur la région Lyonnaise. Et bien avant le football et l'OM, l’homme né à Paris en 1943, s'est fait connaître du grand public par le cyclisme  dans les années 1980. 

En 1983, Bernard Tapie est propriétaire depuis près de trois ans de La Vie Claire, une entreprise du Rhône spécialisée dans l’alimentation et installée à Montagny, à une vingtaine de kilomètres de Lyon. Il se sert du nom de cette société pour créer une équipe cycliste et relancer le légendaire Bernard Hinault, déjà quadruple vainqueur du Tour de France, mais qui vient d’être lâché par Renault. 

En deux ans, sous les couleurs de La Vie Claire il construit la meilleure équipe cycliste du monde autour de Hinault et de l'Américain Greg LeMond, qu'il recrute à prix d’or. Avec ce maillot, le "Blaireau" s’offre d’ailleurs son 5e Tour de France en 1985. 

L’épisode Manufrance à Saint-Étienne

Au début des années 1980, alors que la célèbre entreprise stéphanoise Manufrance est en règlement judiciaire, l’homme d’affaires parisien se déplace à Saint-Étienne pour tenter de la racheter. Bernard Tapie ambitionne alors de redresser la manufacture d’armes et de cycles. En 1980, l’entreprise dépose le bilan et si Tapie ne réussit pas à mettre la main sur les actifs de la société, il obtient l’exploitation de la marque. 

À partir de là, il se spécialise dans le rachat, pour un franc symbolique, d’entreprises de renom, mais au bord de la faillite. C’est comme ça qu’il récupère Look, Testut ou encore La Vie claire (en 1980). Son aventure stéphanoise est toutefois de courte durée puisque la société coopérative ouvrière de production et de distribution (SCOPD) qu’il monte pour s’occuper de Manufrance est placée en liquidation judiciaire en 1986. 

L’affaire du Crédit Lyonnais, la chute

Quelques années plus tard, en juillet 1990, Bernard Tapie signe un coup retentissant en rachetant l'équipementier sportif Adidas pour l'équivalent de 362 millions d'euros, grâce à un financement d'une filiale du Crédit lyonnais (CL), la banque fondée à Lyon. Trois ans plus tard, en février 1993, il revend la société pour 441 millions d'euros à un groupe d'investisseurs dont fait partie le Crédit Lyonnais.

La marque allemande est rapidement revendue pour 701 millions d’euros, alors que, dans le même temps, Bernard Tapie est placé personnellement en liquidation judiciaire. S’en suivent alors des années d'un combat judiciaire féroce entre l’homme d’affaires et la banque lyonnaise à laquelle il réclame 229 millions d’euros, s’estimant floué. 

Le CL est condamné en 2008 à verser 285 millions d'euros à l'homme d'affaires (plus de 400 millions avec les intérêts), dont 45 millions pour "préjudice moral". Mais l’affaire rocambolesque ne s’arrête pas là et se poursuivra finalement jusqu’à la fin de sa vie. En effet, en 2015, la sentence arbitrale de 2008 est annulée, car jugée frauduleuse par la Cour d’appel de Paris, et Bernard Tapie est condamné à rembourser 400 millions d’euros. 

Également poursuivi au pénal pour "escroquerie" et "détournement de fonds publics" il est d’abord relaxé en 2017, avant un nouveau procès en appel, qui avait débuté en mai 2021 et dont le verdict était attendu ce mercredi 6 octobre. L'action de la justice s'éteint automatiquement avec le décès de l'homme d'affaires, qui aura marqué la France de son empreinte et plus localement la région lyonnaise.

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