Au lendemain de l'annonce de Jean-Michel Aulas et de Véronique Sarselli sur le projet de construction d'un méga-tunnel de 8 kilomètres pour désengorger le tunnel sous Fourvière, Yves Crozet, économiste lyonnais spécialiste des questions d'infrastructures routières, revient sur cette proposition.
Un méga-tunnel de 8 kilomètres entre Tassin et Saint-Fons : c'est la proposition faite ce lundi 5 janvier par Jean-Michel Aulas, candidat à la mairie de Lyon, et Véronique Sarselli, candidate à la Métropole. Les deux candidats unis sous la bannière de (Grand) Cœur Lyonnais espèrent, avec cette nouvelle infrastructure, "faire sauter le bouchon de Fourvière". Un vœu pieux selon Yves Crozet, économiste et professeur émérite à Sciences Po Lyon, spécialisé dans les questions de transports et d'infrastructures routières.
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Lyon Capitale : Comment avez-vous accueilli cette proposition de méga-tunnel de Jean-Michel Aulas et de Véronique Sarselli ?
Yves Crozet : Ce que proposent Aulas et Sarselli est un exercice classique des campagnes électorales. Mais un exercice généralement vain. Leur but est de créer un événement, un sujet de débat. Ici, c'est même un bon sujet car les écologistes sont tout à fait hostiles à cette proposition et eux ont choisi de s'adresser directement aux automobilistes.
"La congestion, c'est une solution, pas un problème"
Vous trouvez-vous donc que leur idée de méga-tunnel est bonne ?
En réalité, ce qu'ils proposent est une occurrence impossible. Mais encore une fois, c'est comme ça que ça fonctionne dans les campagnes électorales. C'est le schéma classique de ce que j'appelle le fétichisme des infrastructures routières.
Le tunnel sous Fourvière est un formidable aspirateur à trafic pour une seule et unique raison : c'est un gain de temps incroyable. Même si vous avez 15 minutes de bouchons, c'est toujours plus rapide que de contourner Lyon.
Que faire alors, selon vous, pour faire sauter ce bouchon de Fourvière ?
En réalité, il faut oser dire que le bouchon de Fourvière n'est pas un problème mais une solution. C'est un axe formidable et une solution pour éviter que les Belges et les Parisiens passent par Fourvière alors qu'ils devraient faire le tour. Le bouchon est un mode raisonnable de régulation du système. La congestion, c'est une solution, pas un problème.
Il ne faudrait pas toucher au bouchon de Fourvière ?
Si demain vous faites disparaître le bouchon et que vous laissez le tunnel actuel en l'état, l'aspirateur à trafic va fonctionner à fond. Il faut bien comprendre qu'en zone urbaine, si vous faites de la fluidité, vous attirez mécaniquement le trafic. C'est un peu le serpent qui se mord la queue.
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Ce qui est vraiment intéressant, c'est de savoir ce qu'on fait pour l'actuel tunnel de Fourvière. La proposition d'Aulas et Sarselli de faire une voie réservée aux transports collectifs est d'ailleurs intelligente.
Ce qui est vraiment intéressant, c'est de savoir ce qu'on fait pour l'actuel tunnel de Fourvière. La proposition d'Aulas et Sarselli de faire une voie réservée aux transports collectifs est d'ailleurs intelligente.
Les deux candidats ont chiffré leur projet à 2 milliards d'euros. Cette somme vous paraît-elle réaliste ?
Le montant me paraît relativement sous-estimé. Surtout qu'ils veulent traverser le Rhône, donc ça implique un tunnel assez profond. Il faut quand même se rappeler des difficultés rencontrées lors de la construction du musée des Confluences et le surcoût phénoménal que les travaux avaient engendré. Tabler sur 2 milliards pour ce tunnel, ça me paraît quand même très faible.
Ce projet ressemble par ailleurs à l'Anneau des sciences, abandonné en 2020 à l'arrivée des écologistes.
Oui, complètement. En vérité, Aulas et Sarselli n'ont fait que ressortir ce projet, avec quelques changements. Pour moi, ce qu'ils proposent est daté. Aujourd'hui, la question est de savoir comment on parvient à réguler les flux, et ce n'est pas en créant de nouvelles infrastructures qu'on va y parvenir.
Ils nous promettent de régler le problème de cette autoroute urbaine en créant d'autres infrastructures. Mais dans l'histoire des infrastructures routières, on se rend compte que créer de nouvelles capacités génère souvent de nouveaux déplacements. Ici, ça va juste créer de nouveaux aspirateurs à trafic. L'exemple du tunnel périphérique au nord de Lyon en est la parfaite illustration.
Une proposition "simpliste"
Vous ne pensez pas qu'une partie du trafic qui passe actuellement sous Fourvière pourrait se déporter dans ce nouveau tunnel ?
Si vous avez une baguette magique et que dès demain vous construisez ce méga-tunnel et qu'en même temps vous fermez quasiment le tunnel sous Fourvière, là le trafic va se reporter sur la nouvelle infrastructure. Mais en attendant, la question est de savoir ce qu'on fait pour les 10 ou 15 prochaines années dans le tunnel actuel.
Comment financer cette future infrastructure selon vous ? Le péage urbain est-il une bonne solution ?
Ce n'est pas la seule solution, mais elle est obligatoire. Le financement, c'est ce sur quoi Gérard Collomb s'était cassé les dents pour l'Anneau des sciences. Et le péage ne pourrait pas tout financer. Il faudra aussi financer avec les impôts.
C'est pour ça que je trouve cette proposition un peu simpliste. On fait rêver les électeurs avec des projets d'infrastructures, mais on ne parle pas des vrais sujets. Qui va payer ? Ils annoncent qu'ils veulent demander de l'argent à l'État… C'est vrai que l'État est en bonne santé financière. Selon moi, cette proposition est un brouillon fait par des gens qui ne sont pas très compétents sur ces sujets. C'est un projet de débutant.

Ben oui, qui va payer ?
Où serait la belle sortie autoroutière pour desservir la presqu'île?
Qui va avoir les nuisances en klaxons et pollution ?
Autant de questions sans réponse.
Bien , le sujet est réglé ! Une autre proposition Mme Sarselli ?