© Thermador Groupe

Isère : Thermador tourne le dos à la clim et mise sur l'eau froide

Les canicules de juin ont fait s'envoler les ventes d'équipements de rafraîchissement. Le distributeur isérois Thermador Groupe refuse pourtant d'investir ce marché. Une prudence qui interroge en pleine adaptation climatique.

Axelair a facturé 5,47 millions d'euros au premier semestre 2026, soit 25,8 % de plus qu'un an plus tôt. La filiale ventilation du groupe isérois vient de franchir son seuil de rentabilité, treize ans après sa création. Les fortes chaleurs y sont pour beaucoup.

Installé à Saint-Quentin-Fallavier, le groupe distribue robinetterie, pompes et accessoires pour la circulation des fluides. La société cotée a publié le 29 juillet 2026 un chiffre d'affaires semestriel de 288 millions d'euros, en hausse de 11,3 %.

Le mois de juin a tout emballé. Chez les grossistes en chauffage et en électricité, les ventes de pompes à chaleur air-air, de ventilation et de climatiseurs ont bondi. Les grandes surfaces de bricolage ont même renoué avec la croissance, une première depuis longtemps. Guillaume Robin, directeur général de Thermador Groupe, jugeait pourtant l'épisode purement conjoncturel, et non appelé à durer, le 30 juillet 2026.

Patricia Mavigner, directrice générale déléguée, nuançait l'effet météo. Elle attribuait le redressement d'Axelair autant au travail mené sur la ventilation qu'à sa petite gamme de climatiseurs mobiles.

Un marché verrouillé par les géants

« Nous ne sommes pas un intervenant majeur du marché de la clim, et nous n'avons pas l'intention de le devenir », détaillait Guillaume Robin le même soir. Il décrivait un secteur dominé par des géants mondiaux, où son groupe n'a rien à faire hors des accessoires.

Le raisonnement tient au modèle de l'entreprise. Axelair vend des appareils d'appoint, calibrés pour une pièce de taille modérée. Thermador équipe les pompes à chaleur sans les fabriquer, tandis qu'Isocel fournit des composants aux industriels. Autrement dit, le groupe vit des accessoires, pas des machines.

Ce positionnement le protège aussi des revirements publics. Le rabotage de MaPrimeRénov' n'a pas empêché ses ventes d'équipements pour pompes à chaleur air-eau de progresser : le directeur général estime son groupe affranchi du dispositif. Le solaire thermique, lui, décroche avec la baisse des aides.

L'eau froide plutôt que l'air brassé

La réponse au confort d'été se trouve ailleurs. Deux filiales, Thermacome et PBtub, commercialisent des plafonds rayonnants : de l'eau froide circule dans la dalle haute et maintient 24 à 25 degrés sans le moindre flux d'air. Guillaume Robin y voit une solution d'avenir, à condition que le bâtiment soit bien isolé. Le marché reste une niche, précisait-il.

Le paradoxe est là. PBtub a facturé 11,9 millions d'euros au premier semestre, en progression de 6,2 %. Thermacome atteint 8 millions, en hausse de 7,9 %, mais reste déficitaire. Patricia Mavigner lui reconnaît « la particularité d'être lié au logement neuf, un marché qui est relativement tendu ».

La canicule a aussi ses perdants

Le dérèglement ne profite pas à tout le groupe. Jetly, filiale de pompes et de stations de relevage, a facturé 30,5 millions d'euros au premier semestre, en hausse de 2,2 % seulement. L'arrosage, son moteur historique, n'a pas retrouvé ses niveaux d'avant. Guillaume Robin impute ce retard aux variations violentes du printemps, qui découragent l'achat de matériel d'irrigation.

Une activité progresse pourtant plus vite que toutes les autres chez Jetly : la récupération de l'eau de pluie et la réutilisation des eaux non potables. Plus l'eau se raréfie et renchérit, plus ces équipements s'amortissent vite, résumait le dirigeant, à mesure que le stress hydrique gagne les régions françaises.

La lettre aux actionnaires range d'ailleurs la « climatisation efficiente » parmi les niches à travailler. Le groupe ne quitte donc pas le sujet : il choisit par où l'aborder.

Cette prudence a une histoire. « Vous pouvez dépenser l'argent de l'entreprise pour des projets, mais uniquement l'argent que vous avez », lui avait dit un jour Guy Vincent, son prédécesseur à la tête du groupe, rapportait Guillaume Robin. Le refus du marché de la clim relève de la même école.

Le pari a pourtant un point faible. Thermacome vit de ce même logement neuf : les mises en chantier repartent à peine, et les permis de construire stagnent, un point que Guillaume Robin juge lui-même inquiétant. La solution que le groupe présente comme sa meilleure réponse à la canicule dépend ainsi d'un marché que la canicule ne relance pas. Premier verdict le 15 octobre 2026, à la publication du chiffre d'affaires au 30 septembre.

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