Hospices civils de Lyon
Centre des brûlés Pierre Colson @Hospices civils de Lyon 2026

Incendie de Crans-Montana : "la peau est un organe essentiel à la survie"

Le Dr Olivier Martin est responsable médical du centre des brûlés des Hospices civils de Lyon Pierre Colson. Il expose la prise en charge des grands brûlés, suite à l'accueil de plusieurs blessés de Crans-Montana.

Après l’incendie mortel survenu le soir de la Saint-Sylvestre dans un bar de Crans-Montana, en Suisse, cinq victimes sont actuellement reçus au Centre des brulés des Hospices Civils de Lyon, Pierre Colson.

Les HCL précisent que les transferts de patients ont été organisés en tenant compte de plusieurs critères : la spécialisation des services d’accueil (centres de traitement des grands brûlés), la disponibilité des lits spécialisés, l’évaluation clinique des patients, le nombre de places disponibles dans les moyens de transport médicalisés ainsi que le lieu de résidence des patients transférés. 

Les transferts de grands brûlés et leur répartition dans les hôpitaux français, ont été coordonnés par le CORRUSS (centre opérationnel de régulation et de réponse aux urgences sanitaires et sociales) du Centre de crises sanitaires, en étroite collaboration avec un médecin spécialiste des grands brûlés et les Agences régionales de santé, tout en veillant à maintenir une offre de soins cohérente sur l’ensemble du territoire national.

Le Dr Olivier Martin est responsable médical du centre des brûlés des Hospices civils de Lyon Pierre Colson. Il expose la prise en charge des grands brûlés.

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Dans la banque de tissus et cellules des HCL, intégrée au centre des brûlés @Hospices civils de Lyon 2026

Pourquoi les HCL ont-ils accueilli des patients de Crans-Montana ?
Dans les situations où il y a beaucoup de brûlés, on en connaît assez régulièrement, en particulier dans des situations comme celle qu'on vient de vivre, il y a des grandes quantités de brûlés qui vont nécessiter des traitements qui sont très spécifiques, des techniques qui sont très particulières et qui sont très rares. Aucun pays dans le monde n'a la capacité d'accueillir 50, 100, 150 brûlés en même temps, c'est quelque chose qui est impossible. Ce qui a été mis en place depuis quelques années, c'est un mécanisme qui s'appelle le mécanisme européen de sécurité civile, qui consiste à mettre en place une entraide, un partage des moyens dans tous les pays d'Europe et dans les pays limitrophes de l'Europe. Et ce système, sous l'égide de l'Union européenne, permet de partager des moyens. Ces moyens, c'est d'une part des centres de brûlés qui vont offrir des soins spécialisés, comme on a ici au Centre Pierre-Colson, et d'autre part des moyens de transport, d'évacuation, de transport aérien, et enfin ce qu'on appelle des burn assessment teams, c'est-à-dire des équipes de praticiens qui sont spécialisés, expérimentés dans la brûlure, et de pompiers qui vont aller sur place, aider les autorités, aider les équipes soignantes, et trier les patients pour les orienter vers les centres les plus adaptés à leur situation. Le Centre Pierre-Colson, comme tous les centres de brûlés européens, fait partie de ce système-là. On a aussi en France deux burn assessment teams qui peuvent partir à tout moment dans des situations comme celle-là. Dans la situation que nous venons de vivre, il y a une équipe française qui est partie, et en fonction de nos capacités, nous accueillons des patients, en général brûlés graves, adultes comme enfants.

Comment s'organise la coopération européenne ?
Le mécanisme européen de protection civile, il existe depuis peu de temps, il est en train de se mettre en place depuis 2023-2024. La plupart du temps, le mécanisme européen de sécurité civile, il est mis en place pour des moyens de logistique lourds. C'est les Canadair pour les incendies, c'est des pompes, c'est des moyens de protection anti-pollution, etc. Et pour la première fois, on a mis en place dans ce mécanisme européen une structure et un plan qui concerne une part médicale. Et la première chose qui a été mise en œuvre, c'est le traitement des brûlés, vu la complexité de leur prise en charge et la nécessité d'une aide internationale. Donc tout ce mécanisme là est en train de se mettre en place. Il a été activé pour la première fois lors de l'incendie en Macédoine du Nord en 2024, si je me souviens bien. Et il vient d'être mis en œuvre pour la deuxième fois pour les secours à Crans-Montana à la demande de la Suisse. Et c'était la première demande de la Suisse pour une aide internationale via le mécanisme européen de sécurité civile.

Quelles sont les priorités des soins donnés dans l'accueil des grands brûlés ?Quand on accueille des patients brûlés, il peut y avoir plusieurs priorités. Quand on est en première ligne, c'est-à-dire qu'on est le site où s'est produit l'accident, la priorité, c'est la survie du patient et on va faire, comme dans toute situation grave, des gestes de première urgence qui vont consister à maintenir en vie les patients, en les endormant si nécessaire, en assurant des techniques de réanimation, en assurant des gestes d'assistance respiratoire, en évaluant les blessures. Ça, ça se fait sur place et chaque pays s'organise pour ça. Après, il y a des soins qui sont spécialisés et là, les 48 premières heures sont critiques, essentielles pour assurer la survie des patients. Et c'est pour ça qu'il y a tout ce système qui consiste à envoyer, dans les 48 premières heures, les brûlés dans des centres spécialisés où ils vont pouvoir bénéficier de techniques beaucoup plus spécifiques qui sont de la réanimation spécialisée et puis qui va être, au fil du temps, la gestion des brûlures elles-mêmes, avec l'excision des brûlures, des techniques de greffe, des techniques de substitut cutané, qui là sont des techniques très spécifiques et qui se font dans très peu d'endroits.

« La peau est un organe essentiel à la survie. Et quand la peau a disparu, on perd toute protection contre le froid, contre le chaud, contre les infections, contre ce qu'on appelle l'homéostasie du corps, c'est-à-dire le maintien de notre eau et de nos sels minéraux. @Hospices civils de Lyon 2026

Quels sont les principaux soins apportés aux brûlés ?
Les soins dans les centres de brûlée sont des soins très spécifiques. Ils sont multiples, ils sont très techniques. Il y a d'abord des soins de réanimation. Il va falloir maintenir des gens en vie. On oublie souvent que la peau est un organe essentiel à la survie. Et quand la peau a disparu, on perd toute protection contre le froid, contre le chaud, contre les infections, contre ce qu'on appelle l'homéostasie du corps, c'est-à-dire le maintien de notre eau et de nos sels minéraux. Tout ça est extrêmement désorganisé pendant 48-72 heures, quelquefois une semaine, et donc ça va demander des soins de réanimation très complexes. Dans une seconde phase, on va s'occuper des brûlures elles-mêmes. Il va falloir arriver à retirer la peau brûlée et à la remplacer par autre chose. Autre chose, ça peut être la peau du propre patient. C'est ce qu'on fait, des greffes de peau. Ce sont des techniques chirurgicales particulières. On prélève la peau du patient et puis on s'en sert pour recouvrir les zones qui sont brûlées. Et puis quand les brûlures sont très étendues, on va utiliser des techniques particulières qu'on appelle des techniques de substitut cutanée. Ça veut dire qu'on va utiliser soit de la peau, ce qu'on appelle la peau de donneur, et ça c'est important de savoir qu'on parle du don d'organe, mais il faut parler aussi des dons de tissu. On a ici, au centre Pierre Colson, un centre qui stocke la peau de donneur d'organe et de donneur de tissu. Et cette peau peut servir temporairement à recouvrir les grands brûlés pour assurer leur survie. Et puis on va aussi utiliser des techniques avec des peaux de synthèse ou des cultures cellulaires qui sont des reconstitutions à partir des cellules de la peau du patient qui sont mises en culture, qui vont nous permettre de faire des substituts cutanés qui vont permettre d'attendre que les greffes soient possibles. Donc toutes ces techniques-là sont complexes et nécessitent de multiples intervenants qu'ils soient chirurgiens, réanimateurs, biologistes, pour arriver au fil du temps à reconstituer la peau des patients.

Une solution pour remplacer la peau brûlée a été développée aux HCL...
Au sein des HCL nous avons une grande spécificité, on est les seuls en France et il y a peu de centres en Europe qui ont cette capacité-là. Nous avons à proximité le laboratoire des substituts cutanés du docteur aux enfants qui s'occupe à la fois d'être une banque de tissus, c'est-à-dire qu'ils vont mettre à disposition nos équipes chirurgicales des pots qui ont été donnés par des personnes décédées et d'autre part va mettre en œuvre des techniques de culture cellulaire pour reconstituer des cultures de cellules de la peau du patient qui vont permettre de reconstituer progressivement la couverture cutanée.

Quels sont les différents types d'incendies ?
Alors dans les situations d'incendie, on va rencontrer des choses très différentes selon le type d'incendie. Il peut y avoir des incendies qui se font progressivement, des incendies classiques d'immeubles, d'habitations, de choses comme ça, où on va associer des gens qui vont avoir des brûlures parce qu'ils ont été proches du feu, et puis on va avoir des problèmes d'intoxication, d'intoxication en particulier avec des fumées ou avec des gaz toxiques, où on va combiner à la fois des atteintes cutanées et des atteintes respiratoires et des intoxications. Et puis il y a des situations différentes où on va faire face à des explosions quelques fois, où on va combiner des brûlures liées à l'explosion elle-même, et des blessures soit par projection, soit par criblage, et donc on va avoir des patients qui sont à la fois polytraumatisés et brûlés, ce qui va complexifier leur prise en charge. Et la dernière chose, on a quelques fois des brûlures par flash, par embrasement brutal, où il y a un embrasement très rapide, et des brûlées qui sont brûlées par irradiation, par une production de chaleur très intense et très brève, qui va faire des brûlures très profondes, très étendues, mais sans les intoxications associées qu'on voit dans les incendies.

Quel est le temps de guérison d'un brûlé ?
La prise en charge d'un brûlé dans le temps est extrêmement variable. Ici, au centre de traitement des brûlés de Lyon, on reçoit des brûlés de toute gravité. Il y a des gens qui peuvent venir après s'être renversés un café sur le bras, qui vont bénéficier de soins, de pansements, et puis qu'on va renvoyer chez eux avec un suivi qui va être effectué par la médecine de ville, et on va travailler en lien avec la médecine de ville. Il va y avoir des gens qu'on va traiter le temps d'assicatrisation. Ça peut durer 8 jours, ça peut durer 15 jours, ça peut durer 3 semaines. Et puis il y a des gens qui vont rentrer dans des processus plus complexes, avec en particulier de la greffe cutanée. Et ça, c'est des processus qui peuvent être beaucoup plus longs. On a l'habitude de dire qu'un grand brûlé, il va passer dans des services de soins critiques, c'est-à-dire de la réanimation ou des soins continues, une journée par pourcentage de surface cutanée brûlée. Donc ça veut dire qu'il peut y avoir des soins de réanimation qui vont durer plusieurs mois. Et à l'issue de ça, il va y avoir des soins spécialisés, de chirurgie, de rééducation, qui vont durer plusieurs mois, plusieurs années. Quand il s'agit d'enfants, on va suivre ces enfants pendant toute leur croissance, jusqu'à ce qu'ils arrivent à l'âge adulte. Et quand il s'agit de grands brûlés qui vont avoir besoin, qui vont avoir des blessures qui vont être évolutives, des cicatrices qui vont être évolutives, quelquefois pendant toute leur vie, ils vont revenir ici au centre de traitement des brûlés pour bénéficier de traitements complémentaires, de chirurgie réparatrice.

"Ce qui est très impressionnant, c'est de voir la capacité de récupération et l'envie de vivre et la joie de vivre de grands brûlés qui ont été extrêmement touchés." @Hospices civils de Lyon

Quelle est la vie après une brûlure ?
Il y a un impact majeur au quotidien pour la plupart des brûlés. Il y a des petites brûlures qui guérissent spontanément et qu'on oublie. Mais la plupart des brûlés vont avoir un impact au quotidien sur leur vie quotidienne. Ça peut être une modification de projets professionnels. Ça peut être des vies familiales qui vont être modifiées, désorganisées. Ça peut être des capacités physiques qui vont être modifiées. La brûlure, elle modifie profondément la vie et elle modifie profondément le regard qu'ont les autres sur les brûlés. Et c'est une des grandes difficultés de la vie au long cours des brûlés. C'est d'avoir une image qui rend leurs relations sociales souvent difficiles, alors que eux ont gardé souvent des capacités intellectuelles, affectives, professionnelles, tout à fait normales. Mais ils vont avoir du mal à s'intégrer dans la société parce qu'on a du mal à accepter ces gens-là. Et pour tout ça, on travaille beaucoup, d'une part, avec des équipes de psychologues, d'accompagnateurs sociaux, mais également énormément avec des associations de patients et avec des patients experts qui vont amener leur expérience et qui vont accompagner les brûlés dans tout ce processus qui est extrêmement long de reconstruction, à la fois physique, mais aussi psychologique et sociale.

Qu'est-ce qui fait la réussite des soins ?
La brûlure impacte beaucoup la vie des brûlés, elle impacte beaucoup le regard de la société, le regard des autres gens sur eux, mais ce qui est très impressionnant, c'est de voir la capacité de récupération et l'envie de vivre et la joie de vivre de grands brûlés qui ont été extrêmement touchés. Et c'est ça qui est un grand moteur de notre métier, c'est qu'on voit des gens dont on imagine difficilement comment peut être leur vie et qui viennent nous dire leur joie de vivre, leur capacité à rebondir, à renaître malgré leur brûlure, malgré leurs cicatrices, malgré le regard pas toujours bienveillant des gens sur eux et c'est probablement des choses qu'il faut apprendre, nous, bien portant à travailler pour avoir un autre regard sur les gens brûlés. Après la brûlure, il y a beaucoup de choses qui se passent, il y a souvent une phase difficile et il y a une phase de deuil de sa vie d'avant et très souvent les brûlés nous disent qu'ils se reconstruisent une autre vie, un autre corps, ils sont une autre personne. On voit de plus en plus, et ça c'est peut-être un des bons côtés des réseaux sociaux, on voit de plus en plus de nos patients qui communiquent sur les réseaux sociaux pour dire ce que c'est que la vie d'un brûlé, pour dire en général qu'ils ont une vie avant, une vie après, que la vie d'après n'est pas pire, elle n'est pas mieux, elle est différente de la vie d'avant. Ils se reconstruisent une nouvelle vie, ils se reconstruisent de nouvelles relations, ils se reconstruisent de nouveaux projets et souvent avec un courage et une résilience qui sont impressionnants. Et c'est très réconfortant de voir la capacité, la joie de vivre de beaucoup de grands brûlés quand ils ont réussi à traverser cette épreuve et à se reconstruire.

Pourquoi avoir choisi ce métier ?
On imagine souvent que c'est difficile de travailler dans un centre de brûlés, que c'est éprouvant. Il y a déjà une grosse différence entre les brûlés, leurs familles et les soignants. C'est que nous, on a choisi d'être là et qu'on leur répète souvent que c'est un choix de notre part. Ce n'est pas la médecine la plus facile, ce n'est pas le travail le plus valorisant dans l'immédiateté, mais le fait de travailler au long cours, de créer des liens avec les patients, d'avoir un suivi, de voir comment au fil du temps ils se reconstruisent, ils rebâtissent une vie, ils reconstruisent des vies qui sont riches et qui reviennent nous voir et qui reviennent nous le dire, ça c'est extrêmement réconfortant et ça motive énormément pour faire ce travail. Et puis on imagine que soigner des brûlés, ça n'est que soigner la brûlure, ce n'est pas du tout ça. C'est très varié, c'est très divers, il y a des côtés extrêmement techniques, il y a des côtés extrêmement pointus, il y a des côtés extrêmement humains, il y a des relations qui sont extrêmement riches, complexes, aussi bien pour les médecins que pour les infirmières. Et donc on a un travail qui est tous les jours différent, qui n'est pas du tout centré sur la brûlure, mais qui est plein de diversité.



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