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Éducation : reconnectons nos enfants à la nature

Journaliste au Monde, auteure de L’Enfant dans la nature (1) et Emmenez les enfants dehors ! (2), Moïna Fauchier-Delavigne nous explique pourquoi il faut remettre la nature au cœur de l’éducation des enfants, et nous donne des clés afin de reconnecter les jeunes à leur environnement.


La nature ne fait plus partie de la vie des enfants. En 2015 déjà, quatre enfants sur dix ne jouaient jamais dehors en semaine (3). Selon une étude publiée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation en 2020, la sédentarité explose chez les 11-17 ans : 66 % d’entre eux pratiquent moins de 60 minutes d’activité physique quotidiennes, pourtant recommandées par l’OMS. Pourquoi les jeunes ont-ils troqué la balade à vélo et les jeux de plein air contre leur lit et les écrans ? Quelles sont les conséquences de cette évolution ? Entretien avec Moïna Fauchier-Delavigne.

Lyon Capitale : Aujourd’hui, les enfants jouent moins en extérieur que leurs aînés. Certains semblent même avoir perdu un certain contact avec la nature. Partagez-vous ce constat ?

Moïna Fauchier-Delavigne : Oui, et on peut même aller plus loin en affirmant que la plupart des jeunes sont véritablement coupés de la nature. Les enseignants et éducateurs rapportent de nombreuses anecdotes concernant les enfants avec lesquels ils sont en contact et qui ne savent pas que les étoiles existent pour de vrai, qui n’osent pas marcher pieds nus dans l’herbe, qui n’ont jamais sauté dans une flaque d’eau, joué avec un bâton ni grimpé à un arbre… Toutes ces expériences au contact de la nature pouvaient sembler évidentes et normales pour la génération précédente. Elles apparaissent aujourd’hui totalement extraordinaires chez la plupart des enfants. Sans compter que ce phénomène s’accentue au fil du temps.




 “Les parents préfèrent que leurs enfants soient à la maison pour éviter ce qu’ils considèrent comme les potentiels dangers du monde extérieur...”




Pour quelles raisons les jeunes se sont-ils éloignés de la nature ?

Les enfants ont un emploi du temps surchargé, entre l’école, les devoirs et les activités extrascolaires. Ce qui leur laisse peu de temps libre pour jouer dehors notamment. Ils ont également moins de liberté de mouvement qu’auparavant. Il y a 40 ans, un enfant de CE1 pouvait aller seul à l’école, alors qu’aujourd’hui c’est inimaginable. Il y a aussi une obsession du risque zéro de la part des parents, des enseignants, des directeurs d’école, des maires… Beaucoup de bacs à sable ont été enlevés des cours d’école par souci hygiéniste, les parents préfèrent  également que leurs enfants soient à la maison pour éviter ce qu’ils considèrent comme les potentiels dangers du monde extérieur... Les écrans sont autant d’opportunités en moins d’aller jouer dehors. Sans oublier les confinements à répétition, qui ont fini d’éloigner les enfants de la nature et les ont ancrés dans leur sédentarité.

Quels sont les impacts négatifs de cette coupure avec la nature sur le développement des enfants ?

On parle souvent du risque d’être à l’extérieur car on a une peur panique de l’accident physique – l’enfant peut se blesser avec un bâton, se faire mal en tombant de la balançoire ou d’un arbre… – mais rester à l’intérieur, bien souvent immobile et seul derrière un écran, c’est dangereux ! L’enfant rate en effet des expériences favorisant son développement physique et psychique, et les conséquences de la sédentarité sont toujours désastreuses, à court et long terme. Cela engendre des problèmes de surpoids et de myopie, freine le développement des capacités physiques, de la motricité… Si l’enfant n’est pas en mouvement, en contact avec les éléments naturels, avec d’autres êtres humains, cela altère son bien-être, il ne peut pas développer ses compétences sociales…

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