Romain Frémont, CEO de DC Max, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Dardilly, près de Lyon, accueillera le premier data center dédié à l'intelligence artificielle de DC Max, opérateur pan-européen de centres de données.
Le chantier devrait démarrer en septembre pour environ dix-huit mois de travaux.
Le site, un entrepôt avec bureaux situé le long de la nationale 7, a été repéré il y a deux ans. Il disposera de 18 mégawatts de puissance disponible, dont 12 mégawatts effectivement dédiés au calcul IA sur une surface de 4 000 m2. "Les sites destinés à accueillir de l'intelligence artificielle doivent avant tout disposer d'une forte connectivité, notamment à la fibre et aux réseaux électriques" explique Romain Frémont, directeur général de DC Max France. Des critères que Dardilly remplit, selon lui, avec en prime les atouts industriels et les capacités électriques importantes de la métropole lyonnaise.
Ce data center dit "edge" (de proximité) se distingue des hyperscalers, ces immenses infrastructures installées en périphérie des grandes villes. Sa vocation est de servir au plus près des entreprises locales comme internationales, la connectivité fibre permettant à un client de n'importe où dans le monde d'exploiter la puissance de calcul en quelques millisecondes.
La souveraineté numérique, argument central malgré les capitaux étrangers
Le projet est financé dans le cadre d'un partenariat stratégique de plusieurs centaines de millions d'euros avec Phoenix Group, opérateur coté à Abu Dhabi. Une origine des capitaux qui interroge sur la notion de souveraineté, pourtant centrale dans le discours de DC Max. Frémont répond sans détour : "ce n'est pas parce que les capitaux viennent de l'étranger que nous ne sommes pas souverains dans la gestion opérationnelle des données." Contrairement aux opérateurs américains soumis à l'extraterritorialité de leur droit, aucune administration étrangère ne pourrait ici contraindre DC Max à livrer les données qu'il héberge.
Dardilly n'est qu'un début. Bordeaux suivra, puis d'autres sites en région lyonnaise et parisienne, avec l'objectif de construire un réseau français, voire européen, de data centers de proximité sur cinq à sept ans.
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La retranscription intégrale de l'entretien avec Romain Frémont
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui Romain Frémont, CEO de DCMAX France. DCMAX vient de signer un partenariat stratégique de plusieurs centaines de millions d’euros avec Phoenix Group, basé à Abu Dhabi. C’est à Dardilly, près de Lyon, qu’a été choisi le premier site européen pour créer un important data center. J’allais vous demander : votre siège est à Paris, pourquoi Lyon, et plus précisément Dardilly, plutôt que Paris ?
Disons que Lyon est entre les deux. C’est la deuxième ville de France. Les data centers sont très souvent positionnés à Paris et à Marseille, où il y a beaucoup d’activité. Nous estimons que le potentiel lyonnais mérite d’être développé, d’où notre implantation ici, sachant que nous avons déjà d’autres activités dans la métropole lyonnaise.
Oui, c’est justement ce que j’allais vous demander. Finalement, la métropole lyonnaise n’a pas forcément plus d’atouts que les autres, mais il existe un véritable potentiel, selon vous ?
Je pense qu’elle a davantage d’atouts que certaines autres villes, notamment grâce à son caractère industriel et à sa myriade de PME locales, avec un riche passé industriel. Elle dispose également de capacités électriques importantes. Pour nous, elle présente donc de nombreux avantages.
Parlons concrètement de ce projet de data center à Dardilly. Je crois que les travaux ont commencé, ou vont bientôt commencer. Dites-nous tout.
Concrètement, il s’agit d’un site comprenant un entrepôt et des bureaux, situé le long de la nationale 7 et bénéficiant d’une très bonne desserte. Aujourd’hui, les sites destinés à accueillir de l’intelligence artificielle doivent avant tout disposer d’une forte connectivité, notamment à la fibre et aux réseaux électriques. Nous avons repéré ce site il y a deux ans avec un partenaire, et nous cherchons à le développer sur les 24 prochains mois. L’opération devrait être finalisée en juin, pour un lancement des travaux probablement en septembre de cette année. Nous prévoyons environ 18 mois de chantier.
Dix-huit mois de travaux. Et ce data center, concrètement, représentera quoi en termes de puissance ?
Il y a 18 mégawatts disponibles sur le site. En fonction des arbitrages techniques actuellement menés avec nos équipes, la puissance réellement délivrée pour le data center et les capacités de calcul devraient se situer autour de 12 mégawatts. C’est en tout cas l’objectif fixé avec les ingénieurs qui travaillent à nos côtés.
Il est vrai que 18 mégawatts, ce n’est pas très parlant pour les Lyonnais. Cela représenterait quoi concrètement ? Est-ce déjà un gros data center ? À quoi cela peut-il être comparé ?
Dix-huit mégawatts représentent une capacité de calcul importante, compte tenu du volume du site, qui s’étend sur 4 000 mètres carrés. C’est donc un équipement relativement dense en puissance. Nous le classons comme un data center de proximité, dit edge. On parle beaucoup aujourd’hui, dans les grands projets d’investissement, des hyperscalers, ces immenses data centers installés à proximité des grandes villes, mais souvent plus éloignés en raison de leur taille. Ici, nous sommes sur un data center de proximité, situé au plus près des clients qui auront besoin de cette puissance de calcul.
Les clients, typiquement, qui sont-ils ? Peut-on donner des exemples ? Des industriels, par exemple ?
Cela peut être n’importe quelle entreprise, locale ou internationale. Puisqu’il s’agit d’un data center dédié à l’intelligence artificielle, toute entreprise ayant besoin de puissance de calcul dans les 18 prochains mois peut être concernée. Il existe une demande très forte à l’échelle européenne et mondiale.
Ce data center de Dardilly sera-t-il principalement destiné à des clients de l’agglomération lyonnaise ?
Non, pas du tout. Grâce à la connectivité et à la fibre, un client international peut parfaitement utiliser cette puissance de calcul et envoyer les résultats ou les données vers un autre centre, partout dans le monde, en quelques millisecondes. Nous échangeons déjà avec de nombreux acteurs, pas nécessairement lyonnais.
Est-ce que Lyon, et Dardilly en particulier, va constituer le premier maillon d’une chaîne plus vaste pour vous ?
Exactement. C’est le premier site. Nous en avons d’autres en développement, à différents stades d’avancement. Celui-ci sera le premier chantier lancé en septembre. Ensuite, nous enchaînerons avec un projet à Bordeaux. Nous avons également d’autres projets à Lyon, plus ou moins avancés, car nous apprécions particulièrement l’agglomération lyonnaise, ainsi que des projets en région parisienne. L’idée est de construire, avec Phoenix Group, un réseau de data centers de proximité à l’échelle française, voire européenne, sur un horizon de cinq à sept ans.
Nous avons dépassé les six minutes, mais je souhaite tout de même vous poser une dernière question, car elle est importante : celle de la souveraineté. C’est un mot qui revient beaucoup dans votre communication. Or, ce data center est financé par des capitaux d’Abu Dhabi, via une société cotée en bourse là-bas. Comment faut-il comprendre cette notion de souveraineté dans ce contexte ?
La souveraineté peut s’exercer au niveau opérationnel, de différentes manières. La problématique de souveraineté liée aux entreprises américaines provient notamment de l’extraterritorialité de leur système juridique, qui peut obliger un opérateur américain à transmettre les données qu’il héberge si l’administration américaine le demande. Ici, ce n’est pas du tout le cas. Ce n’est pas parce que les capitaux viennent de l’étranger que nous ne sommes pas souverains dans la gestion opérationnelle des données.
D’accord. Merci beaucoup. En tout cas, merci Romain Frémont de nous avoir présenté ce futur data center à Dardilly. Pour plus d’informations : www.lyoncapitale.fr. À très bientôt, au revoir.
