Ci-contre la dernière photo qu'il a pu prendre. Entretien ci-dessous avec Frédéric Dufour et en vidéo avec son confrère Jean-Philippe Ksiazek.
Photographe à l'AFP, vous et votre confrère Jean-Philippe Ksiazek (en vidéo) avez été empêchés hier par les forces de police de prendre des photos de l'intervention des CRS contre les manifestants lycéens. Comment cela s'est passé ?
Frédéric Dufour : Hier avec Jean-Philippe, on surveillait les manifestations lycéennes. En fin de journée, on a repéré un rassemblement impressionnant de forces de police place Bellecour, avec la gendarmerie, la BAC... On est allé voir. Il y avait une soixantaine de jeunes qui bloquaient le passage des voitures devant la rue Victor Hugo. Au moment où les CRS sont arrivés avec leurs boucliers pour faire reculer les manifestants, Jean-Philippe a été bousculé violemment par des policiers et amené vers l'arrière des camions de CRS. Il a montré sa carte de presse. La supérieure nous a alors dit : "Vous n'avez pas le droit de photographier des fonctionnaires de police." On a interrompu notre discussion, quand la tension est montée entre lycéens et policiers. Suite à deux-trois jets de bouteilles en plastique, les CRS ont chargé. J'ai alors décidé de suivre trois d'entre-eux, qui sont partis à la poursuite d'un jeune. Pendant ce temps, Jean-Philippe a été entouré par deux policiers qui lui ont fait une clé de bras et l'ont emmené à l'arrière. Ils lui ont demandé d'effacer ses photos. Comme il a refusé, ils lui ont arraché son appareil et ont vidé sa carte mémoire. Tout cela alors qu'il avait bien montré sa carte de presse.
Et vous ?
Moi, de loin j'ai vu un jeune plaqué au sol et menotté. J'ai voulu m'approcher pour faire des photos quand deux policiers m'ont repoussé contre le mur à l'aide de leurs matraques en me disant que je n'avais pas le droit de faire des photos. C'est d'autant plus stupide qu'autour de nous, il y avait plein de lycéens qui prenaient des photos ou faisaient des vidéos avec leurs portables... On ne sait pas ce qu'elles deviennent ensuite, quand elles sont mises sur internet. L'amateurisme, ce n'est pas une source fiable. On ne peut pas savoir ce qui s'est vraiment passé. Alors que nous, nous sommes professionnels, avec une déontologie, un sens de l'image. Nous sommes journalistes, nous sommes là pour redonner aussi le contexte.
Légalement, peut-on vous interdire de prendre en photo des policiers en uniforme, comme cela vous a été dit ?
Non, bien sûr. Ce qui m'énerve, c'est que j'étais en Chine cet été. Finalement, j'étais plus libre de faire des photos qu'en France ! J'ai pu faire n'importe quelle image de militaires ou de policiers, ils ne nous disaient rien. C'est sans doute le contexte des JO qui explique ça, mais c'est quand même un comble...
Quelles ont été les suites de cette affaire ?
On a prévenu notre direction, qui a décidé de faire une dépêche. Tous les syndicats de l'AFP vont faire un texte pour demander des explications. D'autant que ce n'est pas la première fois cette année que des journalistes sont empêchés de faire leur travail en France. Ils estiment que l'effacement des photos sur une carte mémoire représente une atteinte grave au droit à l'information et demandent une enquête pour déterminer si les policiers ont agi de leur propre chef ou s'ils ont reçu l'ordre de nous empêcher de travailler.
Allez-vous continuer à suivre les manifestations lycéennes ?
Il y a une manif lycéenne demain, j'espère qu'on aura le tapis rouge (rires)... En tout cas qu'on pourra faire notre travail normalement. Déjà que ce n'est pas toujours facile avec les manifestants, qu'il y a toujours besoin de discuter avec eux...
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