Mercredi 21 décembre, après un rassemblement devant un service de la préfecture, les familles logées au gymnase Cusset à Villeurbanne, ont obtenu une prise en charge par la Croix-Rouge. Photo : Marie Allenou

À Villeurbanne, soulagement pour les familles logées au gymnase Cusset, devenu lieu d'hébergement d'urgence

Les enseignants de l’école Renan se mobilisent depuis plusieurs semaines pour une vingtaine d’élèves à la rue. Vendredi 17 décembre, ils ont occupé le gymnase Cusset pour loger des familles. L’épuisement de tous se faisait sentir. Après plusieurs manifestations et interpellations des pouvoirs publics, ils ont obtenu la transformation du lieu en centre d’hébergement d’urgence, encadré par la Croix-Rouge. Reportage.

Au gymnase Cusset, à Villeurbanne, ce n'est pas vraiment l'heure des vacances pour les enseignants de l'école. Nuits et jours, ils se relaient pour veiller sur 27 enfants et leurs familles, sans abris, mis à l'abri dans le gymnase. À côté de l'agitation des adultes qui tentent de maintenir un semblant d'organisation, les enfants courent en zigzagant entre leurs aînés, et montrent fièrement les bigoudis qu'ils viennent de tresser. Depuis le 17 décembre, ces familles vivent ici, dorment sur les tapis de gym et se douchent dans les vestiaires.

Depuis le 17 décembre, une cinquantaine de personnes vivent dans le gymnase de Cusset à Villeurbanne, soutenues par le collectif Renan sans toit. Photo : Marie Allenou

Après plusieurs semaines de mobilisation, le 21 décembre, les familles et leurs soutiens ont pu souffler un bon coup. Le gymnase restera ouvert pour les accueillir, et la Croix-Rouge viendra assurer tous leurs besoins, pour plusieurs semaines. Car la vie dans ce petit bâtiment sportif n'était jusque là pas idéale.

Conditions précaires

"On voudrait avoir une habitation, un appartement, avec une douche et pouvoir rester en famille", demande Báchelan Ilie, père de deux enfants scolarisés à l'école Renan. Avant d'arriver à Cusset, il vivait avec sa femme et ses enfants dans une "cabane", autrement dit, un bidonville, non loin de l'école. S'il préfère la vie au gymnase, car il fait chaud, "vivre ça, ce n'est pas facile, il n'y a pas beaucoup de tranquillité", admet le père de famille. Car dans le petit bâtiment, une cinquantaine de personnes, de 18 mois à 73 ans, s'entassent.

En très grande majorité venus de Roumanie, elles peuvent rester en France à condition qu'elles y trouvent un travail. Difficile, "car on a pas de domiciliation", explique Báchelan Ilie. Il nous montre le petit coin où il dort avec sa famille, séparé par des tapis et des blocs de bois pour créer un semblant d'intimité. Sur un tapis de gym à peine plus grand qu'un matelas deux places, il dort avec toute sa famille.

Pour créer un semblant d'intimité, des espaces de nuit ont été délimité pour chaque famille. Photo : Marie Allenou

Dans un coin, une grande table réunit quelques vivres, dons de particuliers ou de restaurateurs, pour nourrir les familles. Une partie des repas est aussi assuré par les restos du coeur. Jusqu'ici, pour assurer les meilleures conditions de vie possible, même rudimentaires, ce sont des enseignants et des habitants du quartier qui se mobilisaient.

Une mobilisation qui paye

Mardi 21 décembre, un étonnant cortège se met en branle depuis le gymnase. Les enfants se sont enveloppés dans des couvertures de survie, qui représente l'urgence de leur situation. Le bruissement du papier doré et argenté se mêle aux cris des enfants. "Un toit, un toit !", lance un parent d'élève. Ils se dirigent vers le rassemblement organisé par le comité de soutien Renan Sans toit, devant un service de la préfecture, la Direction Départementale de l'Emploi, du Travail et des Solidarités (DDETS). Objectif : demander le relogement de ces familles, par la préfecture, ou la mairie de Villeurbanne.

Anne-Sophie Huchard et Viviane Brunel, toutes deux enseignantes, sont reçues par une responsable du service. "On est tous bénévoles, mais on a pas les compétences nécessaires pour gérer l'accompagnement des familles", nous expliquait Viviane peu avant. Les enseignantes entrent dans le bâtiment, encouragées par des slogans. "Un toit c'est un droit, pas d'enfants dans le froid", scande un habitant du quartier venu se mobiliser.

Les familles et leurs soutiens attendent devant la DDETS, un service de la préfecture, alors que deux enseignantes sont en train d'être reçues. Photo : Marie Allenou

Au bout de quelques minutes, les deux femmes sortent. Anne-Sophie Huchard fond en larmes et annonce la bonne nouvelle : la Croix-Rouge va venir prendre le relai pour assurer les besoins des familles. Et la mairie de Villeurbanne laisse à disposition le bâtiment pour le transformer en centre d'hébergement d'urgence. Les enfants et parents d'élèves l'entourent, la prennent dans les bras. S'ils n'ont peut-être pas tout à fait compris ou entendu les annonces, ils comprennent qu'il s'agit de bonnes nouvelles. "C'est du soulagement que les enfants ne retournent pas dehors, et une grande joie pour les familles parce qu'ils étaient vraiment dans des conditions de vie qu'on imagine pas", conclut Anne-Sophie, toujours émue.

"L'État finance l'opérateur social qui gérera l'équipement communal mis à disposition par la Ville de Villeurbanne. Dès aujourd'hui, mercredi 22 décembre, une cinquantaine de personnes qui dorment sur site bénéficieront de l'accompagnement sanitaire et social de la Croix-Rouge", confirme par communiqué la préfecture du Rhône, mercredi 22 décembre. Un diagnostic social devrait être réalisé pour chacune des familles, et leur permettre, peut-être, d'accéder à un logement plus pérenne.

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