Pierre-Jérôme Biscarat, président de la LICRA Auvergne-Rhône-Alpes, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
La publication récente d’un sondage IFOP révélant que 46 % des Français ont été confrontés au racisme confirme une réalité déjà bien ancrée, selon Pierre-Jérôme Biscarat. "Malheureusement non, ce chiffre ne nous étonne pas", affirme-t-il, évoquant une situation perceptible à tous les niveaux du territoire. Dans un contexte de crises multiples, il souligne une montée des tensions : "Il n’y a probablement pas besoin aujourd’hui de sondage pour constater que le pays est fracturé". Pour le président de la LICRA Auvergne-Rhône-Alpes, racisme, antisémitisme et xénophobie forment un ensemble indissociable, un "triangle de la haine" qui fragilise la société et appelle une réponse globale.
Un climat de tensions amplifié par le contexte international
L’invité pointe également les effets du contexte géopolitique, notamment au Proche-Orient, sur les dynamiques internes françaises. "Une partie de la gauche instrumentalise et favorise, d’une certaine manière, cet antisémitisme", déplore-t-il, appelant à une prise de responsabilité politique. Il insiste sur la nécessité de ne pas confondre débats politiques et stigmatisation, rappelant que "l’antisémitisme existait bien avant la création de l’État d’Israël". À l’échelle locale, Lyon n’échappe pas à ces phénomènes, marquée récemment par des événements violents et une mobilisation notable de l’extrême droite, même si celle-ci reste marginale en nombre. "On reste une ville républicaine", tempère-t-il néanmoins, soulignant l’importance de ne pas surestimer ces groupes tout en restant vigilant.
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La retranscription complète de l'émission avec Pierre-Jérôme Biscarat :
Bonjour à tous, bienvenue dans l’émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, on reçoit Pierre-Jérôme Biscarat, qui est président de la LICRA Auvergne-Rhône-Alpes. Bonjour Pierre-Jérôme Biscarat. On vous reçoit aujourd’hui parce que la LICRA a publié la semaine dernière un sondage IFOP indiquant que 46 % des Français ont été victimes de racisme ou y ont été exposés. C’est un chiffre très élevé. Pour vous, on va entrer dans le vif du sujet : est-ce que ce chiffre vous surprend ou confirme ce que vous observez sur le terrain en Auvergne-Rhône-Alpes ou à Lyon ?
Malheureusement non, ce chiffre ne nous étonne pas. Que ce soit au plan national, régional ou local, le racisme est bien présent. Je ne sais pas s’il augmente, mais nous sommes dans une période de crise et, dans ces moments-là, cela suscite des peurs et des réactions. Il n’y a probablement pas besoin aujourd’hui de sondage pour constater que le pays est fracturé et que le racisme et l’antisémitisme sont deux fléaux dans notre pays et dans notre ville.
Vous ne faites pas de distinction entre les problématiques liées au racisme et celles liées à l’antisémitisme ?
Nous sommes la LICRA, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, donc évidemment il y a des causes communes.
Sur les phénomènes structurels qui amènent au racisme, aux discriminations raciales et racistes ?
Il y a ces deux phénomènes qui peuvent être analysés séparément. Mais ce que l’on remarque, c’est que, généralement, les racistes sont antisémites et les antisémites sont racistes. La lutte contre le racisme ne se segmente pas. C’est-à-dire que, si vous luttez contre l’antisémitisme, il faut forcément lutter contre le racisme et la xénophobie. C’est ce que j’appellerais un triangle de la haine : racisme, antisémitisme et xénophobie. C’est ce triangle qui, aujourd’hui, pose problème et fracture le pays. L’objectif de la LICRA est de lutter avec la même énergie et la même détermination contre ces trois phénomènes.
Vous avez dit qu’il n’y a pas besoin de sondage pour sentir qu’il y a une augmentation de ce triangle de la haine. Peut-on parler d’une banalisation du racisme et de la xénophobie ? Et quelles en sont les causes ? Vous avez évoqué brièvement les crises : pouvez-vous préciser ce que vous entendez par là ?
Par exemple, si l’on parle de l’antisémitisme, le contexte de guerre au Proche et au Moyen-Orient suscite un certain nombre de fantasmes. Une partie de la gauche instrumentalise et favorise, d’une certaine manière, cet antisémitisme. J’appelle cette partie de la gauche à se ressaisir pour éviter cette instrumentalisation. Quand vous dénoncez et utilisez politiquement le terme de génocide, ou quand vous parlez des Juifs en France en les associant au sionisme, vous reprenez des mécanismes déjà utilisés par Alain Soral. Cela ajoute une couche à l’antisémitisme. Mais il faut rappeler que l’antisémitisme existait bien avant la création de l’État d’Israël, notamment lors de l’affaire Dreyfus et dans l’entre-deux-guerres.
Vous pointez une partie de la gauche, souvent critiquée. Pour vous, s’agit-il d’un basculement historique ? Vous êtes aussi historien, spécialiste de la Shoah.
Je ne sais pas si c’est un basculement historique. En revanche, je pense que c’est une fausse route pour la gauche. Ceux qui ont choisi cette orientation sont, à mon sens, parfaitement irresponsables.
On va revenir à des éléments plus concrets. Y a-t-il des spécificités locales du territoire lyonnais ou de la région Auvergne-Rhône-Alpes ? Sur le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, existe-t-il des caractéristiques propres à ce territoire ?
Sur le racisme, il y a un racisme du quotidien qui n’est pas spécifique à un territoire. Il est relativement homogène, aussi bien dans les villes que dans les campagnes. En revanche, concernant l’antisémitisme, il faut rappeler certains événements à Lyon, comme le lynchage de Quentin de Ranc, ainsi que la manifestation qui a suivi. De mémoire, il s’agit probablement de la plus grande manifestation organisée par l’extrême droite à Lyon depuis l’après-guerre. C’est un vecteur de racisme, d’antisémitisme et de xénophobie. Cela restera une date noire dans l’histoire de la ville, un marqueur important.
Il faut aussi rappeler que l’extrême droite à Lyon est peu représentée parmi les élus. On reste une ville républicaine. Par ailleurs, les militants d’extrême droite liés à ces événements sont peu nombreux. Certains évoquent 500 personnes, mais il s’agit plutôt d’une soixantaine de militants actifs. Il y a donc des actions à mener de ce côté-là.
Très bien, ce sera le mot de la fin. C’est trop court, c’est le format 6 minutes chrono, mais en tout cas merci d’être venu sur notre plateau présenter ce sondage et les problématiques qu’il soulève, au niveau local comme national. Merci Pierre-Jérôme Biscarat. Quant à vous, merci d’avoir suivi cette émission. Vous pouvez retrouver plus de détails sur ces phénomènes sur le site lyoncapitale.fr ainsi qu’auprès de la LICRA Auvergne-Rhône-Alpes. Merci et à très bientôt.

Liliane Daligand, professeure émérite de médecine légale