Le discounter allemand Lidl vient de s'installer dans l'ancien garage Citroën, inscrit à l'inventaire des monuments historiques... qui devient le temple du discount.
2 354 m² de surface de vente. C'est le chiffre qui résume l'ambition du Lidl nouvelle génération qui ouvre jeudi 26 février à la Guillotière, dans l'immeuble New Deal (ancien garage Citroën). Un espace trois fois et demi plus grand que l'ancien Lidl de la rue de Marseille, juste en face, ouvert il y a une vingtaine d'années, devenu trop étroit pour ses 18 000 clients hebdomadaires.
"Cela faisait seize ans ans que Lidl n'avait pas ouvert un supermarché à Lyon, s'enthousiame Thibaut Barth, responsable immobilier du groupe Lidl en Auvergne-Rhône-Alpes, un projet assez ambitieux, jamais réalisé dans la région, qui n'a rien à voir avec tout ce qu'on a pu faire en France." Un chantier contraint de toutes parts, dans un bâtiment inscrit à l'inventaire des monuments historiques en 1992, entre les exigences des architectes des bâtiments de France et celles de la DRAC (direction régionale des affaires culturelles), avec un sol aux motifs damiers à préserver, un plafond auquel on ne pouvait rien accrocher, et des écoles d'enseignement supérieur en vue plongeante sur le magasin. "Pas simple de redonner vie à un rez-de-chaussée fermé depuis très longtemps." Les travaux auront nécessité dix mois.
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Derrière le bâtiment, le fonds allemand Deka Immobilien Investment, 49 milliards d'euros d'actifs gérés dans 26 pays, pour 12 millions de m² de patrimoine, avec, à l'échelle française, un portefeuille de 5,4 milliards d'euros et de 38 immeubles, dont le New Deal (l'ancien garage Citroën), cédé en 2017 par 6e Sens Immobilier.
Pour ce nouveau Lidl, "notre plus grand à Lyon et l'un de nos plus grands en France", vingt-deux personnes ont été recrutées localement, "soit un personnel de 44 CDI et 7 CDD au total". Une équipe recrutée localement, à l'image de "l'engagement de Lidl sur le made in France et les filières agricoles françaises, avec des livraisons de frais quotidiennes". "Le meilleur au prix le plus bas, venir chez nous ça vaut le coup", résume Melissa Ndiaye, directrice régionale du discounter allemand.
À l'entrée, une Citroën coach type C4G de 1931, prêtée par le musée Malartre, ancre le lieu dans l'histoire du quartier. Un clin d'œil assumé à l'architecture art déco du bâtiment, "témoignage Art Déco, l'un des derniers à Lyon de cette taille" se félicite Clarisse Despierres, directrice du musée de l'automobile Henri Malartre, à Rochetaillée-sur-Saône.
Ce Lidl, c'est aussi un signal, explique le disconnter, celui d'une "dynamique retrouvée sur Lyon avec un beau programme à venir dans les prochaines années sur Lyon".
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Le Garage Citroën de Lyon, histoire d'un monument
À l'angle de la rue de l'Université et de la rue de Marseille, là où se trouvait autrefois une vitriolerie, naît en 1928 le projet d'une enseigne Citroën à Lyon. André Citroën, polytechnicien devenu industriel visionnaire, avait fondé sa marque en 1919 et révolutionné l'automobile avec ses engrenages à chevrons en V.
Les travaux démarrent en mars 1930, sous la direction de Maurice-Jacques Ravazé (1885-1945), architecte du service architecture de Citroën, assisté du génial Jean Prouvé (1901-1984) pour la conception technique (rampes, escaliers, cabines d'ascenseur, verrières). De 1923 à 1934, Ravazé supervise la construction de 40 garages en France et à l'étranger, faisant des vitrines géantes exposant les voitures sur plusieurs étages une signature architecturale reconnaissable entre toutes.
En mars 1932, le bâtiment s'élève, colossal : 130 mètres de long, 52 mètres de large, 5 étages. Les chiffres donnent le vertige : 40 000 m2 de surface utile, 8 300 m2 de béton armé, 700 m2 de surface vitrée. C'est alors la plus grande station-service du monde. Pour l'inauguration, un train spécial Paris-Lyon transporte 360 concessionnaires étrangers venus admirer l'édifice.
Le bombardement du 26 mai 1944 épargne presque entièrement le bâtiment, hormis les vitrages. En 1992, il est classé à l'inventaire des Monuments Historiques. Il est racheté en 2011 par 6 Sens Immobilier. Entre 2012 et 2017, une vaste campagne de rénovation lui redonne vie : structures en béton consolidées, façades restaurées, verrières et porte monumentale remises en valeur. Aujourd'hui, le bâtiment abrite une diversité d'activités (commerces, bureaux, écoles supérieures, parkings) dont, depuis ce 26 février 2026, un Lidl en rez-de-chaussée.
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