Lundi 12 février, à St Fons, une course-poursuite entre la police et quatre adolescents au volant d'une voiture volée, s'est terminée dans le sang. Deux adolescents sont décédés et une troisième est entre la vie et la mort, après avoir violemment percutés la pile d'un pont, au milieu de nulle part, dans un virage à 90 degrés. La police dit ne pas avoir pris de risque, ne pas avoir poussé à la faute et avoir suivi les adolescents sans tenter de les interpeller. Le Procureur de la République affirme que les adolescents avaient consommé de l'alcool et du haschich. Nous avons rencontré Monsieur Taïtaï, le père de Raouf, le conducteur. Pour lui, rien ne s'est passé comme on l'a raconté dans la presse.
Lyon Capitale : Votre fils est mort, la semaine dernière, dans des conditions tragiques. Comment expliquez-vous cet incident ?
Monsieur Taïtaï : Le jour où il est mort, Raouf était sorti avec un ami pour manger une pizza. Je lui avais donné la permission de 22 heures. Le lendemain, il allait au ski. Il faisait froid, ils ont repéré cette voiture qui traînait dans le secteur, tout le monde le savait, pour se mettre au chaud. Voilà c'est tout. Si ça se trouve, ils étaient dans cette voiture, ils ont eu peur de la police et ils les ont pris en chasse. Mais Raouf ne buvait pas et il ne fumait pas.
Votre fils savait-il conduire ?
Mais non ! Il avait 16 ans ! Comment voulez-vous savoir conduire à cet âge-là !? Je ne comprends pas... jamais je ne lui ai appris à conduire, jamais il n'a touché une voiture. Vous n'allez pas me dire qu'un gamin qui ne sait pas conduire, on ne peut pas le doubler, pour l'arrêter ? J'en suis sûr et certain, la police l'a emmené délibérément là-bas.
Avez-vous des éléments troublants ?
Il n'avait aucune chance là-bas. La police connaissait la route, mon fils non. Et puis il n'y avait pas de gyrophare. J'au vu le corps de mon fils : il n'avait absolument rien, juste une égratignure. On m'a pourtant dit que la voiture était broyée.
Etes-vous un homme en colère ?
Pour le moment, je suis un homme qui doute. Le Procureur a décidé de ne pas mettre en examen le petit qui s'en est sorti. Ça veut dire qu'il n'y a pas d'enquête. L'affaire est classée. Mon fils est français. Il est né le 31 décembre 1991 à l'hôpital Edouard Herriot, dans le 3e arrondissement. Mais quand je vois comment des choses comme ça, c'est impensable. On n'est rien ! On ne m'a pas donné les moyens de m'exprimer. J'ai été honnête avec la République : les jeunes voulaient tout brûler jusqu'à Vaise. Je suis descendu, je leur ai parlé. J'ai calmé les jeunes en leur disant que la justice allait faire une enquête. Je ne veux pas que ça recommence. Aujourd'hui, c'est moi, demain ce sera un autre.
Pourquoi avoir inhumé Raouf à Constantine, en Algérie ?
Mon fils ne fait plus partie de la République ! Je l'emmène ailleurs. Comment voulez-vous que trois gamins qui meurent, il n'y a pas d'enquête ! ? On ne peut pas faire n'importe quoi en 2007, on n'est pas en 45. On a organisé une marche silencieuse, on a convoqué la presse. Aucun média de Paris n'était là. Je suis abattu, je n'ai plus d'existence.
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