Face à la multiplication des mégafeux à travers le monde, une question s'impose : comment les combat-on vraiment ? La réponse tient en une stratégie contre-intuitive, qui ne consiste pas à éteindre les flammes, mais à les priver de combustible.
Depuis le 22 juillet 2026, un mégafeu ravage la Gironde et les Landes. Près de 42 000 hectares brûlés et environ 220 000 personnes évacuées, un bilan que le ministre de l'Intérieur qualifie de "record historique" à l'échelle nationale.
Cet embrasement n'est pas isolé. En juillet 2022, la forêt des Landes de Gascogne, dans sa partie relevant du département de la Gironde, avait connu les deux plus grands incendies de son histoire, simultanément. Le bilan officiel de la préfecture de la région Nouvelle-Aquitaine des incendies 2022, avait comptabilisé 30 000 hectares brûlés et 50 000 évacuations préventives organisées. Depuis quelques années, des mégafeux comparables frappent régulièrement le Canada, l'Australie ou la Californie, confirmant une tendance mondiale à l'intensification de ces incendies hors normes. Face à ce type de sinistre, la lutte ne consiste plus à éteindre les flammes une à une, mais à priver le feu de sa capacité à progresser.
Lorsqu'un mégafeu se déclare, la vraie bataille ne se joue pas sur les flammes elles-mêmes : elle consiste à couper l'incendie de ce qui lui permet de se propager.
Toute combustion repose sur trois ingrédients indissociables : un combustible, de l'oxygène et de la chaleur. Retirer l'un des trois suffit à stopper le feu. Or, dans une forêt en feu, l'oxygène est partout et rien ne permet de l'évacuer. La chaleur, elle, peut en théorie être neutralisée par l'eau, qui l'absorbe en s'évaporant, une méthode redoutablement efficace… sur un incendie de maison.
Un mégafeu désigne un incendie de très grande ampleur, aux conséquences graves pour l'environnement et les populations, mais sans définition scientifique unique : les seuils varient selon les régions (de 1 000 ha en Europe à 100 000 ha en Australie), tout comme les causes (foudre, brûlis volontaire) et les types de végétation concernés (forêts, savanes, prairies). Le lien avec le changement climatique, bien que réel à l'échelle globale, reste complexe et variable selon les contextes locaux.
Source : Geoconfluences / ENS Lyon

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Le problème, c'est que l'échelle d'un mégafeu n'a rien à voir. Face à un front de flammes qui s'étend sur plusieurs kilomètres, la chaleur dégagée est si intense qu'une bonne partie de l'eau larguée par avion se vaporise avant même de toucher les arbres. Arroser directement le brasier s'avère donc beaucoup moins payant qu'on ne le penserait spontanément.
Il y a également un mécanisme mal connu à saisir : ce n'est pas le bois lui-même qui brûle. Chauffé, il se dégrade et libère des gaz inflammables et ce sont précisément ces gaz qui prennent feu et forment les flammes que l'on voit. En clair, le feu ne consume pas le bois directement, il consume les émanations gazeuses qu'il produit sous l'effet de la chaleur.

Voilà pourquoi la stratégie de lutte se concentre sur le seul facteur réellement maîtrisable : le combustible.
Les canadairs et autres bombardiers d'eau n'interviennent donc pas au cœur du sinistre. Leur largage cible une zone en avant du front, parfois à plusieurs centaines de mètres, là où la végétation n'a pas encore été touchée par les flammes.
Quant au produit rouge que l'on voit tomber du ciel, il n'a pas pour fonction d'éteindre quoi que ce soit. C'est un retardant, à base de sels chimiques, qui pénètre la végétation. Quand le feu atteint une zone traitée, ces sels bloquent le processus normal de combustion : plutôt que de dégager des gaz inflammables, le bois se carbonise directement. Beaucoup plus difficile à enflammer, il n'alimente plus la progression de l'incendie.
Sa teinte rouge, en revanche, n'a aucun rôle chimique, elle vient d'un pigment à base d'oxyde de fer, ajouté simplement pour que les pilotes repèrent visuellement les zones déjà couvertes. Des couleurs comme le blanc, le jaune ou le bleu se fondraient trop facilement dans le paysage.
En définitive, combattre un mégafeu revient moins à éteindre des flammes qu'à ériger une frontière que le feu ne pourra pas franchir. Retardants, pare-feux et intervention au sol des pompiers poursuivent tous le même but : affamer progressivement l'incendie en combustible, jusqu'à ce qu'il s'éteigne faute de pouvoir avancer.
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