Philippe Dorier, membre du collectif ZTL pour tous et commerçant en Presqu'île de Lyon, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Un peu moins d'un an après son entrée en vigueur, la ZTL (zone à traffic limité) de Lyon pourrait être remise en cause par la nouvelle majorité à la tête de la Métropole de Lyon. En réaction, un collectif citoyen s'est constitué pour défendre cette mesure qui a piétonisé une partie de la Presqu'île. "En tant qu'habitant, je constate que la Presqu'île est beaucoup plus agréable à vivre. On peut s'y promener beaucoup plus tranquillement, avec un peu moins de circulation, même s'il y en a toujours. C'est très agréable de pouvoir circuler à pied entre les différentes rues. C'est vraiment une nouvelle façon de découvrir la ville", retient Philippe Dorier, membre du collectif ZTL pour tous.
A titre individuel, il a aussi participé à la campagne municipale des écologistes en 2026. "Lors des municipales, je me suis retrouvé face à deux projets différents : l'un proposait un retour en arrière avec davantage de voitures, de circulation et une remise en cause des pistes cyclables ; l'autre proposait de poursuivre dans la voie engagée. En tant que commerçant et citoyen, j'ai regardé mes intérêts et ceux de mon cadre de vie. J'ai considéré que les choses allaient dans la bonne direction et j'ai donc soutenu ceux qui souhaitaient poursuivre cette trajectoire", justifie-t-il.
En tant que commerçant dans le secteur du loisir, il dresse un bilan moins négatif de la ZTL que certains de ses confrères, retenant d'abord l'affluence en Presqu'île : "le mode de consommation a peut-être évolué. Les gens se promènent, prennent un verre, mangent une glace, achètent de petits produits, des bijoux ou des objets du quotidien. Ils ne repartent pas forcément avec une télévision grand écran".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Philippe Dorier
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, nous sommes avec Philippe Dorier. Vous êtes membre du collectif ZTL pour tous qui, comme son nom l'indique, milite pour que la ZTL de Lyon perdure dans le temps. Elle a été mise en place par les écologistes à la Métropole et à la Ville de Lyon lors du mandat précédent. Une partie de cette équipe n'a pas été reconduite par les électeurs lors des élections de mars dernier, la partie métropolitaine. La ZTL peut donc être revue, corrigée, aménagée ou annulée par la majorité Grand Cœur Lyonnais menée par Véronique Sarselli. La Ville de Lyon souhaite la maintenir et a lancé une concertation qui s'est achevée le dimanche 31 mai. Vous y avez participé et vous avez indiqué vouloir son maintien. Qu'avez-vous constaté comme changements depuis un an et son entrée en vigueur ?
Plein de choses. Déjà, j'ai la chance d'habiter le 2e arrondissement et d'y avoir un commerce dans le secteur du loisir. En tant qu'habitant, je constate que la Presqu'île est beaucoup plus agréable à vivre. On peut s'y promener beaucoup plus tranquillement, avec un peu moins de circulation, même s'il y en a toujours. C'est très agréable de pouvoir circuler à pied entre les différentes rues. C'est vraiment une nouvelle façon de découvrir la ville.
Et pourtant, toute une partie était déjà piétonne ?
Oui, toute une partie était déjà piétonne. Je parle surtout du secteur de la place des Jacobins, de la rue de l'Ancienne-Préfecture et de toutes ces zones-là. Ce sont désormais des secteurs très agréables à vivre. Avant, c'étaient des rues où l'on passait rapidement pour aller à Saint-Jean ou ailleurs, notamment dans la rue où se trouvent de nombreux restaurants. Ce n'étaient pas des rues où l'on vivait réellement. Aujourd'hui, ce sont des rues où l'on flâne et où il est très agréable de passer du temps. Bien sûr, il y avait déjà le grand axe de la rue de la République, piétonne depuis des années. D'ailleurs, à l'époque, les commerçants s'étaient battus pour qu'elle le reste plutôt que d'y remettre des voitures. Mais aujourd'hui, on découvre d'autres parties de la Presqu'île qui étaient auparavant beaucoup moins attractives.
Les commerçants s'étaient pourtant fait entendre plutôt contre la ZTL. Vous êtes également commerçant. Avez-vous l'impression qu'aujourd'hui une majorité de commerçants est convaincue par la ZTL et que les réticences ont été levées par l'expérience ?
Oui. Je pense déjà que beaucoup de commerçants en profitent énormément. Je pense notamment à tout ce qui concerne les cafés, hôtels, restaurants et bars. Si vous venez en Presqu'île le week-end, vous constaterez que les places sont pleines et que les terrasses sont remplies. Beaucoup d'établissements ont récupéré des espaces de terrasse qu'ils n'avaient pas auparavant ou ont pu les agrandir grâce à la ZTL. Ils en profitent pleinement. Après, certains commerces ont peut-être eu le sentiment de ne pas avoir bénéficié directement de ce projet. Mais je pense qu'il faut laisser du temps au temps et permettre aux habitudes de s'installer. Beaucoup de phénomènes se superposent. Quand certains commerçants disent avoir perdu 30 % de chiffre d'affaires, il faut aussi prendre en compte le contexte économique national, qui est compliqué pour tout le monde. J'ai des amis commerçants à l'extérieur de Lyon qui enregistrent également des baisses de 30 à 35 %, alors qu'ils sont situés sur des places avec des parkings gratuits. Il existe donc un contexte économique général qui joue un rôle important. La question s'est cristallisée autour de la ZTL, mais il faut mesurer les choses avec prudence.
Ce que l'on entend souvent chez les commerçants, et que l'on peut constater en se promenant en Presqu'île le samedi, c'est qu'il y a énormément de monde. En revanche, on voit peu de personnes avec des sacs. Selon certains commerçants, un nouvel usage s'installe : celui de la promenade et de la déambulation, davantage que celui de l'achat. Il y a du monde, mais pas forcément des consommateurs ni des clients.
Je pense qu'il y a malgré tout des consommateurs. En revanche, le mode de consommation a peut-être évolué. Les gens se promènent, prennent un verre, mangent une glace, achètent de petits produits, des bijoux ou des objets du quotidien. Ils ne repartent pas forcément avec une télévision grand écran.
Mais les clients qui venaient en Presqu'île précisément pour acheter quelque chose dont ils avaient besoin, s'ils se détournent désormais du centre-ville, cela peut représenter un enjeu pour les commerçants.
Cela peut être un enjeu, bien sûr. Mais la réalité, c'est qu'aujourd'hui beaucoup d'achats de gros équipements se font via Internet ou des plateformes de livraison à domicile. Il existe toujours de grandes enseignes en centre-ville qui proposent ce type de produits. Boulanger est présent depuis des années et, à ma connaissance, ne s'est pas plaint publiquement d'un impact majeur sur ses ventes. La fréquentation de la Presqu'île est très importante tous les week-ends. Quand on se promène, on ne se balade pas avec des charges volumineuses. Cela influence sans doute la manière de consommer, mais la consommation reste bien présente. Personnellement, en tant que commerçant, je préfère avoir un centre-ville très fréquenté qu'un centre-ville vide. Je préfère voir mon lieu de commerce entouré de monde.
Vous avez également une particularité : vous êtes commerçant, mais vous étiez proche des écologistes pendant la campagne municipale, notamment sur la liste du 2e arrondissement menée par Valentin Lungenstrass. N'y a-t-il pas aussi un biais politique dans votre perception des choses ?
Je peux répondre sans difficulté à cette question. À l'origine, je suis plutôt de centre droit. Je me suis rapproché des écologistes lors des municipales parce que je suis quelqu'un de pragmatique. J'ai constaté que la vie en Presqu'île s'était améliorée au cours des six dernières années, en tout cas selon mon expérience personnelle. Mon commerce se porte bien et mon chiffre d'affaires augmente, ce qui est une chance. Plus globalement, je considère que la situation s'est améliorée. Lors des municipales, je me suis retrouvé face à deux projets différents : l'un proposait un retour en arrière avec davantage de voitures, de circulation et une remise en cause des pistes cyclables ; l'autre proposait de poursuivre dans la voie engagée. En tant que commerçant et citoyen, j'ai regardé mes intérêts et ceux de mon cadre de vie. J'ai considéré que les choses allaient dans la bonne direction et j'ai donc soutenu ceux qui souhaitaient poursuivre cette trajectoire.
Mais votre collectif est-il apolitique ou écologiste ?
Il est apolitique. Son objectif est de défendre le maintien de la ZTL. Bien sûr, la ZTL est devenue un symbole du clivage entre les écologistes et la droite. Mais au-delà de ce débat politique, elle existe aujourd'hui, elle fonctionne, et les citoyens comme les commerçants en profitent.
