Littérature : 5 sélections pour la coupe du monde

Face au déluge de livres footeux opportunément publiés pour la coupe du monde, Lyon Capitale a joué les sélectionneurs.

Recherche Joseph désespérément

Si vous êtes un amateur de football, vous vous souvenez sans doute de Joseph Diop. Il fut pourtant une star du grand Liverpool FC après un parcours insensé qui le tira de la misère de son enfance à Dakar.

Son erreur fut sans doute de partir en Chine, puis au Qatar, puis de nouveau en Chine, où il termina sa carrière dans une sombre atmosphère de matches arrangés. Avant surtout de disparaître.

Ça ne vous dit vraiment rien ? C’est normal : Joseph Diop n’a jamais existé. Il vit pourtant dans le livre de Nicolas Cartelet où un journaliste enquête sur ce joueur disparu et retrace le parcours hors norme de cet homme qui devient l’archétype de bien des footballeurs, notamment africains, arrachés à leur famille à 12 ans pour embrasser des destins plus ou moins accomplis, entre mensonges sur l’âge, gros sous et, quand même, joie du jeu.

Des jeunes parfois mangés vivants par un système dont Cartelet dresse aussi le profil froid. On n’est pas près d’oublier ce Joseph Diop.

Qui se souvient de Joseph Diop ? – Nicolas Cartelet, Flammarion, 250 p. 20 €.

Petite mort, grands effets

On parle beaucoup de la carrière des footballeurs, rarement de l’après. Normal, une fois les crampons raccrochés, ils n’intéressent ni ne font plus rêver personne. Ils rentrent dans le rang.

Certains deviennent consultants, coaches, mais combien ? Beaucoup sont happés par ce vide. Quelques-uns ont raconté cela dans un coin d’une biographie plus large.

Il est possible que Steve Mandanda (près de vingt ans de carrière dans les buts et trente-cinq sélections en bleu) soit le premier à écrire un livre qui ne parle que de cette petite mort.

Du moment qui suit le coup de frein à main, et le coup du lapin mental qui va avec : le vide, l’indécision, les rendez-vous avec France Travail alors qu’on a été champion du monde.

Une vie “sur l’aile gauche du canapé” qui en devient presque surréaliste. Jusqu’au salut de la reconstruction qui pointe son nez, à 40 ans, et l’acceptation d’avoir à faire un deuil.

Les Jours d’après – Steve Mandanda, Flammarion, 256 p., 20 €.

Bleus depuis toujours

À ceux qui penseraient qu’un livre sur l’équipe de France de foot n’est pas une chose tout à fait sérieuse, éloignez-vous immédiatement de cet ouvrage, vous pourriez vous blesser.

Il est tiré de la thèse soutenue par l’auteur il y a maintenant sept ans sur l’histoire de l’équipe de France, remaniée et complétée pour cet écrit très attendu en librairie. Bleus retrace le parcours de l’équipe de France depuis ses origines, aux balbutiements du foot, jusqu’à la machine mondialisée qu’il est devenu.

Avec quelques moments clés : la fin de la Première Guerre, où les internationaux sont enfin recrutés hors de Paris, le début de la professionnalisation en 1932, la coupe du monde 1938, la Charte du joueur professionnel et la mise en place d’une direction technique nationale dans les années 70, dont en gros les premiers fruits sont récoltés avec les Verts puis Platini, la grève de Knysna, que l’auteur considère comme un conflit du travail récupéré politiquement dans une atmosphère hostile aux étrangers sous Nicolas Sarkozy et son ministère de l’Identité nationale.

Enfin, la France de DD, sélectionneur à la longévité de Roi-Soleil qui a mis les Bleus sur le toit du monde pour ce qu’on jurerait être toujours.

Une œuvre remarquable à classer parmi les grands livres sérieux sur le foot, aux côtés par exemple, dans un autre genre, de La Pyramide inversée, sur l’histoire de la tactique.

Bleus – Histoire de l’équipe de France de football depuis 1904 – François da Rocha Carneiro éditions du Détour, 344 p., 25 €.

Enfance du foot

Pablo a 12 ans et comme beaucoup de garçons de son âge n’a d’yeux que pour les Bleus, en passe de se qualifier pour la coupe du monde 2026.

D’autant plus qu’il pourrait bientôt rejoindre lui-même un centre de formation. Problème, son père, ex-futur pro déchu par une blessure, s’y oppose, alors que sa maman le soutient.

La tension monte tandis que les Bleus s’apprêtent à jouer un match de barrage lui aussi décisif. Avec cette histoire à double détente, l’autrice lyonnaise Yamina Benahmed Daho renoue avec le football sur lequel elle a écrit par le passé (Poule D et, pour la jeunesse déjà, Rien de plus précieux que le repos) et livre une jolie fable familiale et footballistique qui n’oublie pas l’envers de ce sport et des espoirs frustrés qu’il peut engendrer quand on l’embrasse de trop près.

Une Coupe du monde en famille – Yamina Benahmed Daho, illustré par Hubert Poirot-Bourdain, Joie de Lire, 120 p.12,90 €.

Le match du siècle

Ce n’est sans doute pas le meilleur livre jamais écrit sur l’équipe de France de cette époque – on lui préféreraQuand le jeu était à nous de Patrick Lemoine, sur le carré magique, par exemple.

Mais Karl Olive, s’il est aujourd’hui un homme politique qui brille essentiellement pour sa langue de bois, a au moins trois mérites : il est un ancien journaliste de football et connaît son sujet, son sujet est inclassable puisqu’il évoque ce qui est sans doute l’un des plus beaux matches de l’histoire de la coupe du monde, et enfin il est un membre suffisamment important du Variétés Club de France pour avoir accès facilement à tous les grands protagonistes français de ce match.

De quel match parle-t-on ? Du France-Brésil de 1986 bien sûr, quart de finale magique, épique et étouffant du parcours quasi royal des Bleus au Mexique. Un souvenir dans lequel on se replonge avec nostalgie et gourmandise aux côtés de ceux qui l’ont vécu, joueurs et Michel Platini en tête.

Pour les 40 ans de ce morceau d’histoire, on peut difficilement passer à côté.

Sous le soleil de Guadalajara – Karl Olive, Hugo Sport, 160 p., 14,95 €.

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